Gagner en visibilité : ça s’apprend !

Un travailleur n’est jamais un simple exécutant.

Tout travailleur est en quête de visibilité à la différence d’un robot: visibilité sur l’évolution de ses tâches, sur les changements impactant son travail (facteurs technologiques, culturels, stratégiques, configurationnels etc.), sur les opportunités de carrières à saisir.

Or la visibilité se gagne au prix d’un triple effort.

  1. Une visibilité qui grandit pas à pas

Quand on n’y voit rien, que rien ne peut nous éclairer à porter de main (tout nu version 2020 => sans smartphone !) et que cela ne sert à rien de chercher un interrupteur qui n’existe pas, le choix est limité. Ce dernier se restreint à deux options : rester sclérosé dans la stupeur de l’inconnu et la soumission à l’immobilisme ou se mettre en mouvement, pas à pas pour trouver à tâtons une issue. Chaque pas dans une direction -fut-elle mauvaise- nous donne des informations sur notre environnement immédiat. Cet effort du refus de l’immobilisme est déjà un gain en visibilité que nous allons pouvoir mesurer dans la vie professionnelle après avoir décrit les deux efforts complémentaires.

2. Une visibilité assurée par une attention

Avancer c’est bien, distinguer vers où c’est mieux ! Même en cas de visibilité très réduite, il faut savoir mettre ses mains en avant pour avancer avec précaution en limitant les surprises. Les airbags et autres systèmes de protection/sécurisation de notre époque semblent avoir anesthésié la conscience du danger de certains. Etre précautionneux n’est pas une faiblesse et ceux qui en doutent encore méditeront ces mots -seulement 6- du génie de Vinci ” Ne pas prévoir, c’est déjà gémir”. L’effort de concentration et d’attention nous fait lever notre tête en activant tous nos sens et assure une vision plus nette de notre propre mouvement et de ce qui se passe autour de nous.  La vision, l’écoute, le toucher, l’odorat, l’intuition, tous ces sens doivent être travaillés en coordination sans négliger la moindre parcelle d’information la plus infime soit-elle. Du reste, des mécanismes spécifiques comme les lunettes de soleil permettent d’adapter sa visibilité en fonction des contraintes.

3. Une visibilité qui s’accroît en se donnant

Le peu que je vois, malgré le flou et l’incertitude doit être communiqué de la façon la plus structurée possible : en partant de l’information la plus fiable vers la plus hasardeuse. Prenons l’exemple illustré par la photo de cet article: vous vous retrouvez cernés par la brume lors d’une sortie raquette en montagne, plus de batterie sur votre smartphone (c’est fou ce que les basses températures peuvent faire descendre rapidement le niveau de charge d’une batterie !), le sentier n’est plus visible depuis longtemps (la neige a masqué ses traces), mais vous avez été assez précautionneux pour définir votre itinéraire à l’avance et prendre une carte du massif sur lequel vous vous trouvez (carte + boussole auraient été plus secure mais bon personne n’est parfait !).

Communiquez en premier les informations les plus fiables:  “Ok il est 16 h 12, il nous reste donc environ deux heures de luminosité avant la nuit.  Nous avons suivi le sentier et avons dépassé le massif X vers 15 h 30, le prochain massif Y avant la descente se trouve normalement dans cette direction. Par là ça monte et par là ça descend donc le nord devrait être par là.”

Remarquez que les mots “normalement” et “devrait” induisent une assurance de plus en plus limitée… Le reste de l’information devient beaucoup plus hasardeux. Le fait de communiquer le peu qu’on sait a un effet salvateur. Ainsi un membre du groupe a pu dire un peu plus tard “mais tu as avais dit tout à l’heure que le Nord était à notre gauche” empêchant ainsi que le leader ne perde vraiment le groupe !

   Visibilité Transposée à la dimension professionnelle de nos vies

Néanmoins la visibilité au travail c’est trop souvent un bon mot employé à tort et à travers autant par les managers que les managés. Combien de fois a-t-on entendu ce fameux souhait d'”avoir plus de visibilité” qui sonne creux et est outrageusement passif ? Construisons tous ensemble cette visibilité implacable et partagée par le seul moyen valable qui soit : un bien tangible. Les paroles s’envolent, les écrits restent (et même les dessins en fait). Les consultants aiment parler de “livrables” dans le cas de projets mais en réalité tous documents -schéma ou texte, post-it ou paper-board, tableau excel ou photo, etc.- donnent une visibilité réelle car tangible. Ces documents sont le fil d’Ariane qui nous permet de nous diriger assurément vers la sortie -même au prix de détours et d’impasses-. Vous voulez gagner en visibilité ? Commencez par tracer la carte de votre labyrinthe !

Avancer, se concentrer, communiquer, documenter voilà comment allumer nos phares pour gagner en visibilité ajustée dans nos vies professionnelles !

Pour conclure, le vieux sage se trouve toujours sur une montagne dans la tradition commune:  cela veut bien dire qu’une bonne visibilité et une hauteur de vue sont des prémices de sagesse.

Vous souhaitant à tous la meilleure acuité visuelle et bien sûr professionnelle !

 

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Thibaut Gallineau

Thibaut Gallineau

Thibaut Gallineau est Consultant Indépendant à Genève pour les Services Financiers et les PME, sa curiosité intellectuelle l'a aussi poussé à devenir Enseignant-Chercheur à l’EDHEC Value Creation Research Centre by EDHEC Business School, Professeur Associé dans plusieurs Business School. Marié et père de 4 enfants l'ennui ne fait heureusement pas partie de sa vie.

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