Le marché de l’emploi se retourne (déjà)

Si la pénurie de main d’œuvre qualifiée est structurelle, liée notamment au départ à la retraite des babyboomers, elle semble déjà se résorber dans certains domaines clés comme la restauration. Plombés par la pandémie, de nombreux établissements ferment les uns après les autres, déversant sur le marché des profils expérimentés qui ne se retrouvent (déjà) plus en position de force.

 

La restauration en première ligne

Autant le dire d’emblée : les années postpandémie étaient, dans la restauration en particulier, une anomalie sur un marché de l’emploi déréglé. Les employés exigeaient de nombreuses adaptations de leurs conditions de travail, préférant parfois les contrats saisonniers ou à l’heure pour une meilleure flexibilité. Le secteur, particulièrement touché par la pandémie, est encore sonné par le remboursement des prêts Covid couplé à une baisse de la fréquentation due à l’incertitude économique. Ajoutez à cela l’inflation et la hausse des taux, et vous obtenez un cocktail explosif mettant en danger ces activités. Il suffit de jeter un œil aux offres sur les portails immobiliers ou de se balader dans nos agglomérations pour constater que dans de nombreuses régions, les vitrines se vident. Corollaire de cet environnement ; les salariés concernés cherchent un nouvel employeur. Un mouvement qui s’est accéléré depuis la rentrée estivale.

 

Retour à la normale

Cette situation ne concerne toutefois pas que la restauration et signe le retour timide d’une normalisation du marché du travail. On revient ainsi à une relation de travail à long terme, tant du côté de l’employeur que du salarié, avec par exemple des plans de formation et des avantages octroyés sur la durée, liés à la fidélité. Une loyauté réciproque qui avait été quelque peu perdue, et qui laisse aujourd’hui place à une perspective à long terme qui devrait perdurer dans ce contexte économique morose – même si la Suisse se porte mieux que de nombreux autres pays.

 

Chômage des jeunes

Dans le fond, cette situation annonce peut-être aussi un renversement du rapport au travail de la jeune génération. Dans un climat de plein-emploi et avec l’insouciance propre à la jeunesse, on change volontiers de job comme de chemise. Mais lorsque la machine économique se grippe, l’insouciance s’envole. Regardez la Chine qui, après avoir connu un taux record de chômage des jeunes, a suspendu cet été la publication des chiffres concernant ce segment.

 

Finalement, la génération Z qui se riait tant de ces papys n’ayant connu qu’un seul employeur durant leur carrière, pourrait bien changer leur regard. Et apprécier davantage l’intérêt de la sécurité du travail.

La victoire du capitalisme

Moment historique ce mardi – un de plus. Les actionnaires de Credit Suisse sont réunis à Zurich pour leur probable dernière Assemblée générale avant la reprise par UBS. Ils sont naturellement déçus, fâchés, en colère et on peut les comprendre. Mais qu’on ne s’y trompe pas : la perte de leur argent, quelle qu’en soit son ampleur, n’a rien de scandaleux. Elle démontre même que le système capitaliste fonctionne à merveille.

 

Les fondamentaux de l’économie de marché

Un rappel de quelques fondamentaux de l’économie de marché s’impose tant ils semblent avoir été oubliés par certains. D’abord, lorsqu’on investit dans une société, on prend une responsabilité individuelle : celle du risque qu’on est prêt à assumer. Le risque de potentiellement (tout) perdre. Ces actionnaires romantiques s’imaginaient qu’en mettant tous leurs œufs dans le même panier (autre erreur), aussi grand soit-il, ils auraient l’assurance de ne pas perdre. Quelle idée ! C’est faire preuve d’une grande naïveté et mal connaître la réalité du marché. C’est oublier aussi l’histoire. Celle, notamment, de la disparition d’un autre fleuron de l’économie suisse : feu Swissair.

Ainsi, au vu des graves manquements de la direction de Credit Suisse ces dernières années, ces actionnaires devraient s’estimer heureux de ne pas avoir tout perdu. En ce sens, leur calcul n’était pas si mauvais : ils ont au moins réussi à limiter la casse en misant sur un « too big to fail ». L’avidité de certains d’entre eux n’a toutefois pas grand-chose à envier à celle des anciens dirigeants de la banque, issus d’une culture anglo-saxonne visant à maximiser les risques pour toujours plus de gains – et donc de bonus.

 

Et maintenant ?

Maintenant que la chute de Credit Suisse est actée, à défaut d’être encore digérée, il convient de s’intéresser à l’avenir. Sa fusion avec UBS aura d’innombrables conséquences sur le marché suisse. L’un des aspects les plus gênants aux yeux des grands comptes, c’est le manque de concurrence qui s’annonce sur des secteurs spécifiques comme celui des obligations ou de la bourse. Dorénavant, il n’y aura ici plus que deux véritables players : UBS et la Banque cantonale de Zurich (ZKB). Certains poussent pour mener une IPO de la branche suisse de Credit Suisse mais cette option n’a pas les faveurs de la cote. 

Autre conséquence : la grande concentration des fonds immobiliers suisses annonçant de nouveaux problèmes –  CS et UBS en détenant aujourd’hui plus de la moitié. En revanche (petit rayon de soleil), sur le segment du wealth management et du private banking, la fusion peut favoriser de meilleures conditions pour les clients.

 

FINMA & Co

Quant aux autorités, elles ont bien sûr assumé leur rôle, celui de parachute. On aurait toutefois apprécié une meilleure anticipation, en particulier de la part de la FINMA qui, après avoir participé à l’embrasement de l’incendie par son inaction, vient jouer les pompiers (pyromanes, donc). Si elle avait contrôlé les grandes banques avec le même zèle qu’elle s’applique à surveiller les acteurs de la cryptomonnaie, peut-être n’en serions-nous pas là ?

 

Souriez, vous ne serez pas filmés

«L’affaire» des caméras à reconnaissance faciale connaît son épilogue. Sous pression, les CFF renoncent à mener des relevés de clientèle selon l’âge, le sexe ou la taille, pour se contenter de mesurer l’affluence. Une occasion manquée pour l’ex régie fédérale d’améliorer l’expérience des clients de ses gares, et de renforcer son attrait commercial.

 

Vous êtes déjà traqués

Certes, on parle ici du monde « réel », mais chacun d’entre nous est déjà épié au quotidien, sur internet. Notre navigation, des pages consultées aux clics, en passant par les mouvements de notre souris, tout y est déjà ausculté, analysé, décortiqué. A tel point que les géants de la tech en savent plus sur nous que nous-même ! Et ça ne semble pas heurter tant de monde que cela. Les CFF envisageaient simplement d’intégrer à leurs infrastructures une fraction des moyens de traçage possibles numériquement, et de manière anonyme. Surtout, les acteurs immobiliers d’importance songent aujourd’hui, si ce n’est déjà fait, à équiper leur parc de capteurs identiques.

 

Le train est en marche

Le train, lui, est en marche – du moins dans le privé. Toujours plus de lieux publics, comme les centres commerciaux, seront installés de ces systèmes. D’abord pour améliorer l’expérience des clients avant l’étape suivante : l’intégration du monde numérique dans la réalité, et vice-versa, pour une personnalisation accrue. Ensuite, pour améliorer la rentabilité des espaces loués aux enseignes. Cette approche commerciale s’intègre plus globalement dans une tendance de fond qui vise à rendre les bâtiments intelligents – le fameux smart building. Les immeubles seront ainsi équipés de milliers de capteurs pouvant servir à réguler la température, optimiser les dépenses énergétiques ou contrôler la qualité de l’air.

 

Double discours

Le cas des CFF est symptomatique d’un double discours. D’un côté, on se plaint de ses prix exorbitants et, de l’autre, on s’offusque que la vénérable institution cherche à diversifier ses sources de revenus, ou à les améliorer. N’en déplaise à certains, la seule activité de transport ne saurait assurer sa pérennité, encore moins en vue de l’ouverture annoncée du marché ferroviaire. La volonté d’une entreprise de service public, propriété de la Confédération, de se développer en adéquation avec le marché (et donc avec la concurrence) est à saluer. Si les CFF ne sont pas une société comme les autres, elle évolue tout de même dans le même monde que toutes les autres. En ce sens, nous devrions être rassurés de constater qu’elle tente, tant bien que mal, de prendre le train en marche.

Ces 5% que je ne verrai (toujours) pas

Avec la hausse des taux, nombreuses sont les personnes qui m’interpellent au sujet d’un article rédigé à l’automne 2020. J’affirmais que jamais de ma carrière je ne connaîtrai des taux d’intérêt à 5%. Afin de clarifier mon propos, et même après une pandémie et une guerre en Europe qui ont rebattu tant de cartes, je tiens ici à clarifier mes propos (ou à enfoncer le clou) : je reste convaincu que je ne verrai pas de taux aussi élevés.

 

Du taux directeur…

Commençons par souligner que je parle ici essentiellement de l’îlot qu’est la Suisse. Elle ne peut lever ses taux plus haut que l’inflation. Outre-Atlantique, les effets des hausses répétées du taux directeur de la FED se font ressortir plus fortement, pour ne pas dire violemment. L’époque de l’argent facile y est bien révolue. Par conséquent, les investisseurs préfèrent-ils acquérir un immeuble avec un rendement de 3% ou prêter à l’État américain via des obligations à 3,5% ? Les obligations étant plus liquides, poser la question, c’est y répondre. Si la situation n’est pas (encore) comparable en Suisse, elle ne peut être totalement exclue dans quelques années. Chez nous, la conséquence la plus rapide et la plus claire de la hausse du taux directeur de la BNS concerne en premier lieu le leasing.

 

…au taux interbancaire

C’est toutefois sur le taux interbancaire, corrélé au taux directeur, qu’il convient de se pencher. Établi actuellement à 0,5%, c’est le taux d’intérêt de prêts à court terme accordés aux banques entre elles. Dans le cas des hypothèques à court terme (trois à cinq ans), les taux pourraient en théorie – je le reconnais volontiers – monter un jour à 5% si ce taux interbancaire venait à se situer à 3%. Il suffirait par exemple que la BNS augmente trois fois son taux directeur de 0,75 point pour y arriver. A noter que les établissements bancaires sont beaucoup plus enclins à adapter leur taux à celui de la BNS lorsqu’il monte, mais de manière moins rigoureuse lorsqu’il baisse. Et l’histoire nous montre justement que lorsque les taux montent, c’est la spirale .

Quoiqu’il en soit, des taux d’intérêt autour de 5% comme ceux connus au début des années 1990 restent peu probables, me confortant dans ma position. A cette époque, les taux hypothécaires ont atteint plus de 7% ! La situation exceptionnelle que l’on a connue ces dernières années peut d’ailleurs avoir une incidence importante, bien que contenue depuis la crise des subprimes : beaucoup de propriétaires se sont endettés alors qu’ils n’en avaient pas forcément les moyens.

 

La cote des banques

Un dernier point de détail, important, est encore à connaître : les banques sont notées auprès de la BNS selon un rating qui lui est propre, en fonction du risque qu’un établissement représente à ses yeux. Actuellement, Crédit Suisse dont la presse relaie les difficultés, a vu le cours de son action baisser fortement. Conséquence directe : la deuxième banque du pays n’emprunte plus au même taux que ses concurrentes.

Mon ami banquier

Les établissements financiers s’intéressent de près aux générations Y, les fameux milléniaux mais surtout à la Z qu’ils peinent à fidéliser. C’est que le rapport de ses derniers aux services bancaires diffère sensiblement des autres. Petit tour, non exhaustif, des pratiques.

 

OK boomer

Commençons par rappeler la relation classique entre un client traditionnel, né avant les années 1980, et sa banque tout aussi traditionnelle. Autant le dire tout de suite : ce rapport empreint de fidélité et d’une certaine méfiance tend à disparaître à mesure que les baby-boomers quittent la vie active. Le banquier était avant tout un partenaire de vie du client qu’il rendait captif dès la naissance en visant les parents pour qu’ils constituent un petit livret qui deviendra grand. Le même banquier était la porte d’entrée pour tous ses projets financiers, de l’achat immobilier à l’investissement. Aujourd’hui, il est devenu un prestataire de service (presque) comme un autre.

 

Milléniaux

La numérisation, toujours en cours dans les établissements bancaires, est probablement le point le plus important pour la génération Y, dont je fais tout juste partie. Si j’ai souvent mon banquier au téléphone ou par message, je me rends de moins en moins dans ses bureaux feutrés du centre-ville, préférant le rencontrer autour d’un bon repas. Je gagne du temps et joins l’utile à l’agréable. L’e-banking me permet d’ailleurs d’accéder à la majorité des services et de mener mes opérations de façon totalement autonome. Toutefois, mon rapport à la banque reste bien différent de celles et ceux, plus jeunes, qui m’entourent.

 

Génération Z

Le choix du partenaire financier par les plus jeunes, la génération Z, équivaut parfois à un choix politique. Ils ne signent pas un contrat, ils s’engagent, ils votent. La banque investit dans les énergies fossiles ? Ciao. Ils cherchent une banque proche de leurs valeurs, une approche facilitée par des taux proches de zéro. Si les moins de 25 ans voient également dans leur banquier un partenaire, ce n’est pas forcément pour les mêmes raisons que leurs aînés. Plus qu’une banque, ils recherchent une marque qui leur parle, une « love brand ». Bonne chance pour y parvenir. D’ailleurs, sont-ils encore nombreux, ces jeunes, à rêver d’embrasser une carrière bancaire ?

 

Retour aux fondamentaux

Cela étant dit, le pouvoir d’achat grandissant avec les années, on finit toujours par revenir aux fondamentaux, à la recherche d’un partenariat financier fiable et durable. Par exemple lorsqu’il s’agit de financer l’achat de son logement ou le développement de son entreprise. Dans ces cas, l’historique de la relation est largement pris en compte par le banquier, probablement plus aujourd’hui qu’hier. Et cela pèse beaucoup dans les négociations. En prenant compte de cette relation à long terme, le banquier sera en mesure de proposer des offres bien plus intéressantes. Car qui, sérieusement, ferait un cadeau à un client qu’il ne connaît pas et dont il sait qu’il ira voir ailleurs à la moindre contrariété ?

Ces 17 heures qui ont changé ma vie

Un petit couac peut parfois provoquer de grands changements. Constamment sollicité via une multitude de canaux, le regard plongé dans d’innombrables écrans, je me suis retrouvé bien seul lors d’un récent vol entre Dubaï et Miami. Au moment d’attacher ma ceinture, je constate avec effroi que l’écran placé sur le siège en face de moi ne fonctionne pas ! Pas moyen de changer de place, l’avion est plein. Vertige. Que vais-je donc faire durant les 17 heures de vol qui m’attendent ? Faute d’alternatives, je replonge dans les livres, un plaisir que j’avais brièvement retrouvé lors du premier confinement. Puis, à mesure que les pages et les heures défilent, cette évidence : je dois revenir à l’essentiel, m’éloigner (un peu) des écrans et, surtout, surtout : revoir mon emploi du temps, ma manière de travailler et donc, de vivre.

 

Génération multi-task

Tout est actuellement question d’efficience, de productivité. De nombreux services proposent de gagner du temps ou, à défaut, d’éviter d’en perdre. Prenez par exemple cette application qui nous promet de parcourir un livre entier en 10 minutes. Aussi pratique que dénué de charme, mais révélateur de notre propension à faire tout trop vite et par petit bout. Je suis de cette génération « mutli-task » et pourtant, incapable de réaliser plusieurs tâches en même temps. A force de vouloir surnager, on finit par se noyer.

 

Souffler

Prendre un peu de hauteur est indispensable pour souffler. C’est vrai pour tout le monde, et à plus forte raison pour les dirigeants qui doivent pouvoir réfléchir à leur stratégie et se poser les bonnes questions, de préférence au bon moment. Bien sûr, on peut y arriver en s’entourant des bonnes personnes. Bien sûr, on peut y arriver en s’organisant de manière optimale. Mais cela ne suffit pas. Du moins, cela ne me suffit plus. J’ai besoin de dégager du temps. Pour moi. Cela passe par une réorganisation complète de ma manière de vivre. Et par un vol de 17 heures donc, sans escale ni écran.

Aujourd’hui, j’assume un rythme distinct dévolu à différentes activités : deux ou trois semaines de travail intensif ponctuées par de nombreuses rencontres professionnelles, suivies de plusieurs jours « off », dans un lieu calme et reposant, sur une plage de Tulum ou au coin du feu dans mon chalet. A chacun de trouver son propre rythme, ses propres aspirations, de la semaine dédiée à lecture prônée par Bill Gates, à celle de quatre jours revendiqués par Tim Ferriss.

 

Revoir la temporalité du travail

Voilà justement une idée qui fait son chemin au sein de certaines entreprises, et pas des moindres : passer d’une semaine de travail de 5 à 4 jours. Sur le papier, cela paraît séduisant : on se donne à fond (en acceptant souvent de travailler plus d’heures par jour), mais à quel prix ? Et surtout, dans quel but ? Que faire de sa journée ainsi libérée ?

Il faut aussi être lucide : ces nouvelles formes d’organisation du travail, aussi attractives soient-elles, ne sont envisageables qu’auprès d’une minorité et n’aident en rien à pacifier les rapports sociaux entre les différentes catégories de travailleurs. Les cols blancs ont aujourd’hui le privilège d’adapter leur travail à eux, alors que les cols bleus, eux, n’ont d’autre choix que de s’adapter à leur outil de production. La crise n’aura fait que creuser ce fossé, parmi tant d’autres.

L’influence des influenceurs

Loin d’être anecdotique, la force de frappe des influenceurs sur les réseaux sociaux a fait d’eux un canal marketing incontournable. Tous ne parviendront pas à pérenniser leurs activités et les marques ont, de manière générale, intérêt à s’engager dans de telles campagnes qui s’avèrent plus intéressantes que Google Ads pour atteindre un maximum d’impressions ou d’interactions. De grands noms tels que Porsche, Ralph Lauren ou H&M l’ont bien compris, ils ont investi fortement dans les campagnes TikTok en 2021.

 

Petits et grands influenceurs

Les influenceurs ne sont pas réservés aux marques internationales, loin de là. Si vous cherchez à vous faire connaître rapidement auprès d’un public particulier, parfois de niche, cibler les bons influenceurs peut même être indispensable ! Dans un premier temps, il convient de choisir les bons ambassadeurs et l’exercice peut s’avérer périlleux tant ils sont nombreux, surtout les « micro-influenceurs » suivis par quelques milliers de personnes.

Parmi les grands influenceurs, ceux avec plusieurs centaines de milliers de « followers », il y a deux écoles : ceux qui prennent tout ce qu’il y a à prendre (ou presque), et les très (trop ?) sélectifs dans le choix de leurs partenariats. C’est avant tout un choix stratégique. Pour les uns, l’objectif est d’obtenir des « leads » à long terme, gagner des abonnés sains et créer une communauté. Pour les autres, il s’agit simplement de faire des ventes rapidement.

 

Une industrie établie

Les agences spécialisées vous aideront à y voir plus clair. Si elles prennent quelque 20% de commission, les frais peuvent vite grimper selon l’influenceur choisi et inclure d’autres coûts (comme des frais liés à un agent personnel). L’industrie est déjà particulièrement bien établie, chaque influenceur disposant de son « kit média » avec profilage complet de sa communauté, statistiques et listes de prix établis (mais tout à fait négociables). Au terme de la campagne, un audit complet des « reach » est présenté, permettant de connaître avec détail son impact sur la notoriété de votre marque, produit ou service.

Dans le cadre d’une campagne commerciale, l’application d’un code promo propre à chaque influenceur permet de connaître son taux de conversion et de le comparer à d’autres pour affiner de futures opérations marketing. Un code promo actif sur plusieurs mois, voire pour une durée indéterminée, représente aussi une pratique intéressante pour les deux parties. Si, pour la marque, il permet de mesurer la fidélisation d’un client, il motive également l’influenceur à créer du contenu sur le long terme. C’est, en somme, une sorte de parrainage amélioré.

 

500 euros investis pour 17’000 engrangés

L’autre grand intérêt du marketing d’influence sont les tarifs encore particulièrement abordables pratiqués par nombre d’influenceurs. Pour la vente d’un produit de l’une de nos marques, nous avons convenu d’une rémunération de 500€ pour 1 story Instagram (visible 24h) auprès d’une influenceuse française suivie par un million de personnes. En quelques heures, cette mini séquence vidéo a engrangé plus de 17’000€ de vente. Un ratio plutôt intéressant avec une belle cerise sur le gâteau : elle a tellement apprécié le produit que celui-ci s’est retrouvé sur de nombreuses autres publications (non rémunérées).

Pour envisager une campagne d’influence, il faut d’abord casser certains préjugés qui collent à la peau des influenceurs, notamment leur impact commercial supposément limité. Il est ensuite primordial, outre leur sélection, de les intégrer dans une stratégie à moyen et long terme pour optimiser ses résultats. A vous de voir si vous avez (encore) le luxe de vous en passer.

Black Friday ou le roi client

C’est parti ! L’effervescence des fêtes monte (déjà) à mesure que les températures baissent. Comme chaque année à la même période, les hostilités ont été ouvertes par Halloween et le prochain événement exclusivement commercial à venir est le fameux Black Friday. Pour le meilleur et pour le pire.

 

On marche sur la tête

Au départ, tout partait d’un bon sentiment : les commerçants bradaient leurs produits pour déstocker en un temps record, une journée. Aujourd’hui, on crée carrément des stocks pour l’occasion et fait des rabais sur plusieurs jours tant la demande et les attentes du client sont importantes. Cette situation a une cause majeure : l’appétit grandissant des consommateurs pour la « bonne affaire ». Mais qu’on ne s’y trompe pas : la bonne affaire est surtout réalisée par les commerçants qui ont très vite compris leur intérêt, même si cette « journée » ne représente qu’une part infime de leur revenu annuel. Elle leur permet surtout de marquer le coup et de répondre, encore une fois, à l’attente du client qui sera forcément déçu si ses attentes ne sont pas comblées. Avec un risque important : qu’il aille voir ailleurs, pas seulement lors du Black Friday mais également le reste de l’année. Voilà l’autre grand intérêt des enseignes : attirer et fidéliser une nouvelle clientèle. Par conséquent, il n’est pas étonnant que ce type de promotions s’étoffe avec les « Cyber Monday » et autres « Amazon Day ».

 

A contre-courant

A l’inverse, d’autres grands acteurs du commerce ont pris depuis longtemps le contre-pied, à l’image de Pangaia ou de Patagonia. Cette dernière a notamment marqué le coup avec son fameux slogan durant le Black Friday : « Don’t buy this jacket ». Si leur positionnement est en adéquation avec leur image et leurs valeurs, il n’en reste pas moins que c’est un joli coup marketing qui leur aura permis, justement, de vendre leur produit… sans rabais !

En somme, tout le monde semble être heureux de cette situation, quelle que soit sa position. A part peut-être La Poste qui, elle, est encore et toujours sous l’eau en attendant l’adaptation de sa logistique. Avec la hausse incroyable de l’envoi des colis durant la pandémie, le Black Friday risque de donner encore des sueurs froides à ses responsables.

Du côté des commerçants, la préparation à un événement comme le Black Friday exige une grande anticipation pour un résultat commercial tout relatif. Finalement, si le service ou le produit proposé est de qualité, les promotions ne sont pas nécessaires. A-t-on déjà vu Porsche brader ses voitures ?

Les NFT : de l’absurde à la révolution

La folie des NFT, ces « jetons numériques non fongibles », ne faiblit pas. Malgré son absurdité apparente liée à une forte spéculation, celles et ceux qui n’y voient qu’un effet de mode se trompent : ces certificats d’authenticité basés sur la blockchain et attribués à une œuvre numérique sont une révolution sur le marché de l’art et au-delà.

 

L’intérêt des NFT

Quel intérêt y a-t-il donc à acquérir un objet virtuel alors même qu’il peut être vu, partagé et disponible en un nombre d’exemplaires infini ? L’intérêt premier est d’en être le détenteur unique, certifié. Dans le monde « réel », l’heureux propriétaire de l’original d’une œuvre de Monnet exposée aux yeux de tous dans un musée ne peut être comparé à un autre propriétaire, tout aussi heureux, d’une copie – très réussie – de ce même tableau. Si vous comprenez ce principe, vous saisissez l’intérêt des NFT. Quant à savoir si l’œuvre en question est de l’art ou du cochon, c’est un autre débat.

 

 

Une industrie en manque de crédibilité

Actuellement, les NFT font l’objet d’une forte spéculation, minant leur crédibilité à court terme. Si l’acquisition d’un NFT est motivée par un hypothétique rendement financier, comme toute œuvre d’art, les fondamentaux restent, ou devraient rester inchangés : on acquière d’abord une œuvre parce qu’on l’aime et qu’elle nous procure de l’émotion. Si elle peut nous rapporter de l’argent ou en éblouir quelques-uns, c’est du bonus.  Ainsi à l’époque, acquérir une œuvre de Warhol était un bon moyen d’impressionner ses pairs. Aujourd’hui, avoir un personnage stylé, certifié unique par un NFT, relève du même mécanisme : je kiffe mon perso et j’impressionne mon cercle, ma communauté. Et c’est là qu’intervient l’un des intérêts majeurs des NFT et de la blockchain en général : la démocratisation de tout une industrie réservée jusque-là à des nantis. L’autre intérêt, dans le domaine de l’art, concerne les artistes eux-mêmes : grâce aux NFT, ils contrôlent mieux leur production et leurs prix, percevant des royalties à chaque revente.

 

De multiples applications possibles

Toujours pas convaincu ? Les exemples ne cessent de se multiplier : Dolce & Gabbana a lancé sa première collection en NFT, proposant des vêtements virtuels (certifiés, donc) pour vêtir… son avatar, la version numérique de soi-même. Quant à la vénérable Poste suisse, elle vient de créer une série de crypto-timbres de collection sous forme de NFT.

On aurait tort de cantonner les NFT aux seuls domaines artistiques car ils offrent de nouvelles perspectives dans de nombreux secteurs. Pour bien comprendre le potentiel, il convient de différencier la tokénisation (jetons numériques « classiques ») des NFT. Avec ces derniers, nous pouvons connaître le propriétaire de chaque jeton individuellement, ce qui n’est pas le cas des simples tokens. Sachant également que chaque NFT est unique et non reproductible, on peut imaginer de nombreuses applications business. Par exemple, un site e-commerce peut émettre un bon unique donnant droit à des avantages directement liés à ce jeton. Le champ des possibles étant immense, il n’est pas étonnant que ces nouveaux actifs numériques donnent le vertige – ou des boutons – à tant de monde.

T’as pas de bitcoin ?

Ça y est, c’est reparti de plus belle. Le bitcoin revient en force, joue aux montagnes russes et monopolise les discussions autour de la machine à café (virtuelle). Ne pas en avoir dans son portefeuille, c’est passer pour un has-been. Si le roi des cryptos joue à merveille son rôle d’éclaireur, il ne faut se leurrer sur son application quotidienne. Celle-ci sera opérée par d’autres monnaies virtuelles dont le potentiel est plus grand encore.

 

Une techno pas assez aboutie

Soyons clair : l’acceptation du bitcoin par le grand public et les acteurs institutionnels est tout aussi passionnante à suivre que sa volatilité. A long terme, après plusieurs chutes inévitables de son cours, je suis convaincu que sa valeur continuera d’augmenter. Même s’il sera possible d’acheter sa baguette de pain plus facilement qu’aujourd’hui en bitcoin, il jouera plutôt un rôle de protection en cas d’inflation galopante. La réalité est que son architecture technologique n’est pas aussi aboutie que d’autres cryptomonnaies.

 

D’autres cryptos plus intéressantes

Prenons le cas de l’ether, monnaie issue de la blockchain Ethereum dont le processus est bien plus abouti, avec de multiples fonctions. Ethereum a une vocation claire, celle d’être l’infrastructure des futures monnaies stables. De nombreux crypto-assets, des titres de propriété, vont être basés sur sa technologie : capital-actions de sociétés, vins, œuvres d’arts, collections de voitures, et j’en passe. Ajoutez à cela les contrats intelligents, permettant de vérifier ou de mettre en application une convention mutuelle, et vous obtenez un écosystème qui est bien plus intéressant que le déjà has-been, mais néanmoins respecté, bitcoin. On pourrait aussi donner l’exemple de Diem (ex libra) de Facebook, tant il a le potentiel de chambouler l’ordre établi. Et surtout, ces cryptos peuvent concurrencer les monnaies établies – j’en veux pour preuve les levées de boucliers des États face au projet de Mark Zuckerberg. A cet égard, le bitcoin se présente comme un très mauvais remplaçant du dollar encore roi.

Alors, n’est-il pas déjà trop tard pour investir dans le bitcoin ? La vraie question est plutôt de savoir combien êtes-vous prêt à mettre pour un bitcoin. En somme, elle revient à se demander combien on serait prêt à mettre pour un Picasso.