Ces 5% que je ne verrai jamais

La Fed a baissé une nouvelle fois ce printemps son principal taux directeur. La situation repart donc de plus belle et la planète est inondée de cash : pour la première fois selon le FMI, il y a plus de billets de $100 en circulation dans le monde que de $1 ! Des vérités douloureuses en ressortent. D’une part, un message très clair : il n’y a plus de croissance réelle ni aux USA, ni en Europe. D’autre part, le fossé des inégalités se creuse, rendant les pauvres toujours plus pauvres, et les riches toujours plus riches. Et une évidence : je ne verrai jamais, de ma carrière, des taux d’intérêts à 5%.

Je plains ceux qui ont du cash

Aujourd’hui, garder son cash à la banque coûte cher alors que l’argent n’a jamais été aussi bon marché. Cette situation pousse une partie de la population à jouer la carte de la thésaurisation, mais elle est surtout intéressante pour ceux qui peuvent investir au bon moment et au bon endroit, ou qui ont un bon credit rating. Beaucoup d’entrepreneurs n’en comprennent d’ailleurs pas la réelle implication pour leur business. Il n’est pas anodin de penser qu’une société qui a de l’argent peut emprunter à 0% car les banques ne prêtent plus si le débiteur représente un quelconque risque. Aux États-Unis, les sociétés concernées s’endettent à tour de bras, mais non pas pour investir. Elles rachètent leurs propres actions (i.e. shares buyback) et les redistribuent, pour une partie d’entre elles, à leurs employés.

Paradoxes et aberrations

Les particuliers constatent aussi des paradoxes flagrants. Prenez les taux hypothécaires : ils sont historiquement bas, les salaires stagnent et, par conséquent, les banques refusent bon nombre de financements. La situation globale provoque aussi des aberrations dans les prix, que ce soit dans l’immobilier ou le private equity où la tendance est à la (sur)valorisation.

Je me suis fait une raison car cette situation va durer. La question n’est pas tant de savoir jusqu’à quand, mais jusqu’où ? Un aspect me rassure toutefois : les taux ne peuvent pas descendre continuellement. A -0,75%, on est déjà à la limite. Alors imaginez à -2% ! Non, car cela aurait un effet destructeur pour toute la société, et mettrait ni plus ni moins que l’entier du système en péril.

Repreneur cherche PME

Repreneur cherche PME

Il existe plusieurs marchés dans le marché de la succession d’entreprises en Suisse. Les TPE à remettre sont légion et ne m’intéressent guère, à moins d’un fort potentiel et de son intégration dans mon écosystème. Pour les PME réalisant entre 5 et 10 millions d’EBIT, on entre dans un marché très concurrentiel dans lequel les private equity ont la fâcheuse tendance à surpayer les cédants en visant l’investissement financier. Ils déploient beaucoup de ressources en due diligence et autres frais d’avocats et, une fois rassurés sur les atouts de la mariée, ils se montrent impatients. Entre ces deux marchés de la vente d’entreprises se trouve celui des PME avec un EBIT de moins de 5 millions et une valeur n’en dépassant pas 20. C’est ce segment qui m’intéresse.

 

Trouver des secteurs à haute valeur ajoutée

J’ai grandi dans une industrie, l’immobilier, nécessitant d’importants capitaux. Je suis à la recherche de secteurs plus dynamiques, à haute valeur ajoutée, sans un apport monstrueux de capital et à fort potentiel. J’ai donc naturellement jeté mon dévolu sur l’e-commerce. Dès mon retour en Suisse, j’ai repris le site valaisan KissKiss.ch, leader de la vente en ligne d’articles érotiques avec comme objectif de créer un pôle de compétences dans le commerce et le marketing digital. J’ai été surpris de constater que nous ne sommes pas beaucoup à nous intéresser aux sociétés suisses actives dans l’e-commerce. Tant mieux. Mes acquisitions suivantes ont été deux plus petites entreprises : StickerKid et StickerYeti, spécialisées dans la vente en ligne d’étiquettes personnalisées.

Les dossiers de ces PME nyonnaises m’ont été présentés par ma banque. J’ai tout de suite vu les fortes synergies possibles avec KissKiss.ch et signé une lettre d’intention. Figurant dans le top 3 des offres, on m’a ouvert la data room. A moi de faire la due diligence, d’affiner l’offre et de me rendre attractif auprès du vendeur. Et là, on a beau être entouré, tout se joue sur le facteur humain. Je dois pouvoir m’imaginer partager une pizza et une bière avec le vendeur dans quelques années. Voilà ce qui fait la différence.

 

Comprendre avant d’agir

L’acquisition de StickerKid s’est faite en avril 2019. Je me présente alors à l’équipe en annonçant d’emblée que je ne souhaite pas chambouler les choses. J’aime m’imprégner de l’état d’esprit des gens, comprendre le fonctionnement de la société. Je suis curieux, j’apprends aux côtés de celles et ceux qui savent bien mieux que moi comment tourne leur business, j’aime ces échanges. Cet aspect est souvent sous-estimé par les nouveaux acquéreurs, nombre d’entre eux voulant se jeter immédiatement à l’eau sans forcément savoir nager. Le plus important reste, sans conteste, le shift avec le management. Il faut s’entendre, adhérer à une vision commune.

Après cette phase d’apprentissage, vient celle du changement. En l’occurrence, les modifications de structure, son optimisation et l’intégration à venir de la société dans la plateforme d’e-commerce. Aujourd’hui, StickerKid est présente dans 15 pays contre 9 l’an dernier, avec une croissance de plus de 50% ! Nous dépasserons les 6,5 millions de chiffre d’affaire en 2019.

 

Les erreurs à ne pas commettre

A l’acquisition d’une société, il est judicieux de signer une clause de non-concurrence avec le cédant. Ce dernier doit aussi être ouvert à la stratégie de l’acheteur qui est peut-être plus jeune, avec une autre vision, et qui comprend donc le marché différemment. Dans mon cas, je n’ai acheté des sociétés qu’à des quarantenaires avec qui je me suis facilement entendu. Trop de baby-boomers vendent leur boîte comme des cow-boys, pistolet à la ceinture. Malheureusement pour eux, nous ne sommes plus au Far West.

Enfin, dans le cadre d’un achat par emprunt, via la banque ou les cédants eux-mêmes, il est capital de vérifier en priorité le cash-flow. Ce critère est plus important que l’EBIT ou le chiffre d’affaire, car c’est lui qui va permet d’assurer le remboursement de la dette en cas de difficulté.

Avec les taux d’intérêts actuels, l’argent est quasi gratuit. Une opportunité pour l’investisseur qui oublie parfois de regarder à deux fois le prix de vente tant il est facile de payer trop cher. Surtout quand on a un coup de foudre.

Valais, le plus beau pays au monde

Valais, le plus beau pays au monde

J’ai troqué mes 300 jours de pluie londonienne contre les 300 jours de soleil de mon Valais natal. Un bon deal ! Avec en prime, le bonheur de retrouver ma famille et mes amis. Un retour qui se fait néanmoins avec un constat amer, celui de voir cette Suisse, trop belle et trop paisible, ronronner si fort.

Le goût pour la compétition

Je dois le reconnaître : si j’étais resté en Suisse, j’aurais probablement moins d’ambition aujourd’hui. Mes études à Londres et mon passage à New York ont souligné à mes yeux ce qui manquait à mon pays : un véritable goût pour la compétition. Des jeunes femmes et des jeunes hommes prêts à tout pour réussir face à une concurrence mondialisée où il est, par définition, plus difficile de percer que dans notre petit coin de pays. Une claque pour le petit Suisse que j’étais.

La stratégie du requin recèle toutefois un inconvénient majeur dans la conduite des affaires, car on ne construit pas un business sur le long terme avec pour seule attitude celle du prédateur. Oui, il faut chercher le bon deal, négocier avec ses tripes et rester ferme. Mais gagner tout le temps et à tout prix n’a jamais été un bon calcul. Mettre de l’eau dans son vin – le comble pour un Valaisan ! – est bien une force. A cet atout helvétique majeur, il conviendrait d’ajouter un peu de courage pour ne pas se laisser dépasser.

On forme en Suisse des employés très compétents au bénéfice d’une excellente formation. Un (très) bon point pour un patron, me direz-vous. Oui mais. On pousse encore très peu l’entrepreneuriat, pas pour former des startupers mais pour inciter à voir plus loin, plus haut. Il est par exemple normal pour un employé anglo-saxon de mettre au défi ses collègues, son chef. On manque ici d’appétit du risque et cela impacte notre économie.

Attitude de gagnant

Car il faut le dire, on se prend un peu pour les rois du monde. Si la majorité d’entre nous se porte aussi bien aujourd’hui, c’est grâce à notre capacité d’adaptation, celle de nos aînés, en bref, notre résilience. Osons prendre l’initiative et le risque de se mettre en avant. Je prends chaque jour comme un nouveau défi à relever alors que j’aurais pu me contenter d’une vie de nanti.

Cette attitude de gagnant, le Valais commence à l’avoir et cela me rend fier. Il se positionne comme une terre promise et s’en donne les moyens. De plus en plus d’entreprises, et donc de travailleurs et de familles, s’y établissent grâce à une politique active. Ajoutez à cela la douceur d’y vivre et l’air frais de ses montagnes, et vous obtenez le plus beau pays au monde !