Loyers : quels impacts sur nos retraites

Avions cloués au sol, restaurants et écoles fermés, événements annulés, la société tout entière s’immobilise au fur et à mesure que le COVID-19 progresse. L’atmosphère anxiogène qui règne dans nos villes suscite bon nombre d’incertitudes. Incertitudes sur la gravité de la pandémie, incertitudes sur la capacité de la Suisse à contenir sa propagation, incertitudes sur la santé des marchés financiers, incertitudes enfin sur la durée de ces incertitudes.

Le Conseil Fédéral joue son rôle protecteur en annonçant chaque jour de nouvelles mesures. Le 18 mars, il déclare la suspension des poursuites afin de soulager les entreprises suisses mises à mal par cette situation exceptionnelle. Le même jour, l’Exécutif municipal de la Ville de Genève dit vouloir renoncer aux loyers des commerces et des établissements publics – qui appartiennent à la Gérance immobilière municipale – contraints de fermer. Enfin, en signant, ce jeudi, un protocole d’accord, le Conseiller d’État Pierre Maudet s’est engagé à aider les entreprises en incitant les milieux immobiliers à faire preuve de civisme face aux payements des loyers. Un accord a également été conclu avec certaines banques pour faciliter et accélérer l’obtention de crédits cautionnés. À situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles dit-on.

Ces moyens mis en œuvre sont louables, et je remercie les autorités pour la rapidité de leurs décisions, mais je m’interroge, en tant qu’entrepreneur, sur leur pertinence à répondre aux besoins immédiats. Un seul élément taraude la majorité des entreprises : comment disposer de liquidités pour payer mes charges ? Toutes les interrogations tournent autour de cette question centrale.  Les entrepreneurs se demandent comment survivre et ne pas faire naufrage au cœur de cette crise. Les règles n’ont pas été définies ou sont sujettes à interprétation.

Les recours au chômage partiel, le cautionnement d’une dette par l’État sont des soutiens impliquant des règles simples, même si leur mise en place peut s’avérer compliquée. En revanche, le non-paiement de son loyer est plus problématique.

L’immobilier est une valeur refuge dans des périodes de crise comme celle que nous traversons actuellement. La solidité des investissements immobiliers repose notamment sur le règlement régulier des loyers. Ne plus payer enverrait un signal aux investisseurs que la Suisse n’est plus le pays sûr qu’il connaisse et dans lequel il faut continuer à investir. Cela rendrait la reprise économique encore plus difficile qu’elle ne le sera déjà. La confiance en notre pays est l’un de ses atouts majeurs. Il ne faut en aucun cas l’ébranler, spécialement en période de crise aigüe.

Il faut donc défendre l’idée de prêts facilités, sans intérêt si nécessaire, pour aider les entreprises à régler leur loyer ces prochains mois, mais il est aberrant de demander aux propriétaires de faire preuve de « civisme » en renonçant à leur revenu. L’appui de la Fondation d’aide aux entreprises (FAE) permettra d’alléger quelque peu la situation des locataires commerciaux, mais cela ne sera pas non plus suffisant. Les bailleurs, qu’ils soient étatiques ou privés, ont aussi des délais à respecter, des salariés ou des charges à payer. Ils ne peuvent pas se priver d’un claquement de doigts de plusieurs mois de loyers. D’autant que, dans le cas des gérances municipales, se seront les habitants qui finalement régleront, avec leurs impôts, ce manque à gagner. Sans parler des caisses de pension qui détiennent une grande part des propriétés immobilières de Genève. Si les loyers ne sont plus honorés, quel en sera l’impact sur nos retraites ?

Il faut donc en appeler à la responsabilité des décideurs politiques et leur enjoindre d’éviter des effets d’annonces dont la portée économique n’est pas toujours bien calculée. Demander aux propriétaires de faire preuve de « civisme », c’est se tirer une balle dans le pied à moyenne échéance.

Évitons donc que le remède ne soit plus dangereux que le mal !

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Robert Curzon Price, a débuté sa carrière dans l’immobilier en 1997 après des études de commerce, de génie civil et d’architecture d’intérieur. Il travaille plusieurs années dans différentes régies genevoises. En 2006, il rejoint la direction de SPG Intercity. En 2013, il crée sa propre société et acquiert PARTNER REAL ESTATE.

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