Parlons d’Europe, haut et fort!

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Le 6 décembre prochain, la Suisse «commémorera» les 30 ans du rejet de l’accord sur l’Espace économique européen, qui lui aurait permis de participer dans une large mesure au marché intérieur de nos voisins du continent. Le fameux «dimanche noir» comme l’avait décrit le conseiller fédéral Jean-Pascal Delamuraz appartient à l’Histoire. Depuis lors, notre pays a trouvé un chemin de traverse et tracé une voie bilatérale comprenant que l’Union européenne représentait son principal débouché économique. Les accords bilatéraux conclus en deux vagues, au tournant du siècle, ont permis à notre économie de prospérer comme jamais, en dépit de crises mondiales à répétition.

A l’image, parfois, d’un vieux couple, la Suisse et l’Europe ont pris depuis lors des chemins différents – enfin, surtout la Suisse – pour tout dire. En renonçant à l’accord-cadre l’an dernier, qui aurait permis de consolider nos relations avec l’UE, le Conseil fédéral a brisé cette entente pourtant si fructueuse. Sans accord institutionnel, notre industrie souffre désormais d’un accès toujours plus difficile au marché d’exportation européen, et l’économie de notre pays commence à en pâtir. Les accords risquent de s’éroder lentement, faisant peser la menace qu’ils tombent les uns après les autres. Et pendant ce temps, nos édiles fédéraux tergiversent et font même mine de bomber le torse. Une tactique que le Royaume-Uni de Boris Johnson, après le Brexit, a payé au prix fort. Aujourd’hui d’ailleurs, Albion songe à des relations à la Suisse avec Bruxelles.

En Suisse, corollaire du rejet de l’accord-cadre, celui sur l’électricité n’a pas pu être conclu, faisant craindre à notre pays des risques de pénurie que le conflit russo-ukrainien a encore exacerbés. Château d’eau de l’Europe, la Suisse souffre d’un manque chronique de production hydroélectrique en hiver, ce qui rend nécessaires des importations de courant européen pendant cette période. La sécurité de notre approvisionnement dépend donc en grande partie de la bonne entente avec nos grands voisins.

Un bilan assez désastreux

On le voit, ces relations compliquées et la décision abrupte du gouvernement débouchent sur un bilan pas loin d’être désastreux. Le dossier européen piétine et la perspective des élections fédérales dans moins d’une année ne va pas inciter les politiques à la témérité. Les appels des milieux économiques et académiques en faveur d’une relance de la voie bilatérale se brisent sur les murs d’un Palais fédéral dont les locataires semblent se complaire dans l’attentisme et les contradictions. Alors oui, il est plus que jamais temps de parler d’Europe!

C’est la mission que s’est fixé cet automne l’Alliance pour une Suisse ouverte+souveraine, dont fait partie la CVCI. Dans le but de sensibiliser l’opinion publique à l’importance des relations CH-EU ainsi que de maintenir la pression sur le Conseil fédéral, elle organise plusieurs événements. L’un d’eux, une conférence publique sur le thème «Suisse – UE: comment sortir de l’Impasse?», se tiendra le 1er décembre prochain à Lausanne, à18h à la Fondation ISREC. L’occasion de parler Europe et de faire entendre sa voie… bilatérale.

Philippe Miauton

Philippe Miauton dirige depuis le 1er mai 2022 la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI), après en avoir été directeur adjoint et secrétaire général durant cinq ans. Ce printemps, il a également été élu député PLR au Grand Conseil vaudois. Agé de 42 ans et père de deux enfants, il a précédemment été journaliste et correspondant fédéral, ainsi que secrétaire politique et porte-parole aux échelons national et cantonal. Titulaire d’un master, Philippe Miauton a étudié la philosophie et les sciences politiques à l’Université de Fribourg et à l’Université de Lausanne.

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