Oser la joie: 5 raisons pourquoi introduire la joie comme nouvel indicateur de performance.

La joie est un bien inaltérable. Personne ne peut vous l’enlever : C’est une arme imparable dont personne ne nous parle dans le combat contre la Covid19 et la morosité économique et sociale dominantes. A l’opposé des mesures de protection ou de sauvegarde plébiscités quotidiennement, la joie coche toutes les cases. Face à elle, nous sommes libres et nous la désirons tous sans exception. Avec elle, nous restons autonomes dans nos pensées et nos actes. Accessible à tous et pour tous, elle est démocratique. Nul besoin de disposer de liquidités suffisantes pour l’acquérir, ni d’attente d’une certification sanitaire. En outre, c’est une émotion qui se propage et galvanise. Elle est actionnable partout, même en télétravail. Que se passerait-il dans notre entreprise, dans nos projets ou dans notre sphère privée, si aujourd’hui la mesure essentielle était la joie ?

 1. La joie récompense celui qui pense par lui-même et ose sortir du «penser – correct» : un exercice parfois moins facile qu’il n’y paraît. La technologie nous permet d’accéder à quantité d’informations et de savoirs de par le monde. Les clés de décodage par contre ne sont pas toujours aisées à comprendre ni à manier. La plupart d’entre-nous ne se déplace plus sans son téléphone portable, comme s’il était devenu un attribut essentiel de notre personnalité et de notre pensée. C’est clair que devant la pléthore de « bruits sonores et imagés » de plus en plus attractifs ou d’opinions bien racontées, il peut être difficile de simplement faire grève en refusant toute nouvelle sollicitation. Or si nous voulons nous entendre nous-même, il est impératif de faire silence. C’est à cet effort conscient d’écouter nos impressions et humeurs face aux événements qui nous entourent et ensuite de les questionner que nous devons de ranimer nos pensées et systèmes de valeurs. Plus nous nous connaissons, plus nous comprenons, plus nous vivons notre singularité et sommes prêts à contribuer ou partager nos idées et propositions avec efficacité. Le philosophe Spinoza ne suggérait-il pas que la joie suprême s’obtenait dans des actions éclairées par la connaissance ?

2. La joie se concrétise dans le dépassement des habitudes et autres processus opérationnels. La plus grande difficulté dans notre vie quotidienne est de prendre du recul. Or la situation actuelle nous offre cette possibilité de regarder ailleurs, en soi et de donner vie à d’autres projets ou manières de collaborer. Joie et espérance se conjuguent par exemple, lorsqu’en télétravail, nous usons de notre capacité d’autonomie et revisitons l’emploi de nos compétences et expériences. Si curieux, nous saurons alors laisser notre inspiration nous guider sur notre voie, voire imaginer ou inventer des environnements autres. A ce propos, il est intéressant de se rappeler ce que la physique quantique nous propose : nous créons notre propre réalité, et la transformation de celle-ci à tout moment. La lecture abonde sur ce thème : je vous donnerai comme indice, l’effet de l’observateur. Notre regard donne à exister en distinguant un élément parmi toutes les potentialités existantes[1] . Cela étant, la joie apparaît sous un jour nouveau : pas comme le résultat d’un plaisir assouvi ni d’un état de chance (bonne-heure ou bonheur) passager, mais plutôt comme l’accompagnatrice et le fruit d’un état d’accomplissement intérieur.

3. Contrairement aux mots à la mode et autres mots-prisons, tels la digitalisation ou la résilience, la joie attire et fédère. Et qui ne demande un peu de joie lorsque nous lui demandons d’être productif ou inventif en se fiant tout à la fois au passé – à notre manière de travailler avant la Covid19 ou aux processus historiques liés à des métiers aujourd’hui en voie de disparition – et à un présent-futur amalgamé qui peint un inconnu plus mortifère que porteur d’espoir et de fruits trébuchants ? Heureusement, la joie est liée à un état d’esprit. La joie se fiche éperdument de notre montant en banque ou du dernier gadget qui serait sensé nous rassurer sur notre statut ou importance dans la société. La joie est accessible à tous. Cette émotion authentique vit potentiellement en nous, nous lui donnons à être en la recherchant. Elle suffit en tant que telle à confirmer et à nous faire reconnaître en tant qu’individu. En outre, la joie n’est pas passive. Elle offre à qui le veut bien, l’option d’une action créative. Elle ouvre le chemin à l’inspiration, qui en nous touchant, donne une couleur autre à tout ce qui nous entoure. C’est cette joie authentique, parfois articulée dans une vision qui va attribuer un sens ou raison d’être, digne d’être poursuivi par nous-même et tant d’autres dans le même groupe. La joie peut se transformer en un aimant qui fédère. En parodiant le philosophe Henri Bergson, nous disons volontiers que la joie annonce également que nous (« la vie ») avons réussi.

4. La joie se développe aussi au collectif, invite à l’engagement et à la motivation intrinsèque. Nous avons tous déjà ressenti à l’occasion d’événements sportifs, culturels ou en entreprise ce moment de partage collectif qui nous a invité à l’action. Cette joie collective qui s’est exprimée bruyamment à la suite d’un résultat sportif espéré ou ce mouvement plus intérieur en entreprise où il n’est pas toujours convenable de montrer son enthousiasme, voire de dépasser d’une tête. Cet élan nous allons tous le canaliser en fonction de nos préférences ou des us et coutumes prévalant dans nos projets ou entreprises. Or si nous sommes attentifs – individuellement et collectivement – à créer un « espace-vide ou espace-de-silence », à côté des processus opérationnels qui structurent une journée de travail, il nous est possible de favoriser l’engagement individuel, voire une prise de risque bénéfique à la vie et aux projets en entreprise. En contact avec notre émotion, il nous est plus aisé de laisser de la place à l’imagination, et delà au désir et à l’engagement pour sa réalisation.

5. La joie permet de nous rabibocher avec nos fondations – dans nos projets, nos entreprises et dans notre vie. Les prémisses existent ainsi pour par exemple revisiter les bases qui conduiront vers une culture d’entreprise pérenne et diverse qui n’a plus peur des contradictions, qui ose et encourage la nouveauté et l’innovation. A tous, et à chacun de nous il est donné de répondre à l’exhortation de Horace « sapere aude – ose utiliser ton intelligence ». La force que nous instille la joie nous permet de braver nos lâchetés et paresses humaines. Elle nous permet de sortir de notre zone de confort, de braver la force gravitationnelle qui nous ramène toujours à ce qui est connu. Elle nous autorise à combattre une certaine myopie qui ne favorise que les projets dont les résultats sont à court terme. Finalement elle peut contribuer à créer une société ou entreprise plus riche de diversités en nous aidant à combattre le système immunitaire que constitue ce slogan « nous avons toujours fait comme cela ». Ce n’est point une utopie. En cherchant et en renforçant notre joie, nous apportons un nouveau prisme au travers duquel envisager, définir et exécuter nos actions.

Le Bhoutan pour rappel s’efforce de mesurer le bonheur national brut. Est-il donc si insensé de proposer et de mesurer la joie dans nos entreprises, voire dans notre société ?  Non, au contraire ! Dès que nous accordons de la valeur, dès que nous témoignons du respect à l’être humain, qui se cache derrière son bleu de travail ou son titre professionnel, dans toute sa diversité, dès que nous envisageons l’impact de l’intelligence collective, nous faisons le premier pas vers une célébration de la joie et de la performance et innovation qui en découleront. A nous de construire les outils et indicateurs ou mesures idoines. Qu’en pensez-vous ? Comment mesureriez-vous l’impact de la joie en termes d’engagement des collaborateurs ou son effet sur l’innovation ? J’attends avec impatience vos réflexions sur cette thématique. Je me réjouis de dialoguer et d’échanger avec vous.

A tout bientôt !

Geneviève Bauhofer

(g at gbauhofer.com – www.gbauhofer.com)

[1] Notamment et aisé à lire : La physique de la conscience de Philippe Guillemant & Jocely Morrisson,  Ed. G Trédaniel, iSBN  978-2-9132-0841-5 ; l’ article de Hervé Zwirn « l’observateur, un défi pour la physique quantique, paru dans Pour la Science No 509 – et à lire sous le lien https://www.pourlascience.fr/sd/epistemologie/lobservateur-un-defi-pour-la-physique-quantique-18875.php

Geneviève Bauhofer

Geneviève Bauhofer

Riche d'une formation classique et économique, Geneviève Bauhofer a opéré dans la finance, l'informatique à l'international avant de créer sa structure.

10 réponses à “Oser la joie: 5 raisons pourquoi introduire la joie comme nouvel indicateur de performance.

  1. Quelle joie que de lire ce texte qui résonne tellement fort en moi. Quelle joie que de vous lire et sautiller sur vos mots, vos phrases, et se dire que cette émotion puissante dans un monde souvent aseptisé qui est celui de l’entreprise pourrait fleurir et inonder de ses bienfaits absolument tout ce qui est. Vivement demain et merci

  2. Bravo et merci Madame pour vos mots ! Quel bel éloge de cette émotion fondamentale que nous les humains connaissons si bien mais que nous nous restreignons trop souvent à exprimer dans nos milieux professionnels. Pour ma part, je crois fondamentalement que la joie que j’exprime au travail ne m’empêche aucunement d’être sérieux, compétent et efficace. Bien au contraire…

  3. Merci G ! Pour cette éloge à la joie. Rien de tel pour commencer une journée que de ce rappeler ces bons conseils.

  4. Chère G, j’ai adoré ce passage où tu précise – ou rappelle – la nécessité de créer un « espace de-silence », qui devrait nous permettre de favoriser l’engagement individuel, voire une prise de risque. Mais surtout – à mon avis – de laisser une “énorme” place à l’imagination dont nous savons qu’elle est infiniment plus forte que la logique !

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