construction durable

Construire durable, oui, mais comment ?

Le secteur de la construction a un impact écologique non négligeable. Il est en effet responsable de 30% du total des émissions de gaz à effet de serre, engloutit 46% de l’énergie consommée et génère 40% de l’ensemble des déchets produits chaque année en Suisse. Dans ce contexte et au vu des défis climatiques, la notion de « construction durable » se fait de plus en plus présente, voire pressante.

Le standard SNBS

Le standard Construction durable Suisse SNBS lui donne même un cadre. Lancé en 2016, il est le premier standard suisse à couvrir tous les aspects de la durabilité. En plus de s’intéresser à des thèmes tels que les énergies renouvelables, la réduction de gaz à effet de serre, la construction et l’exploitation respectueuses de l’environnement, il est également attentif aux aspects en lien avec la société comme la participation citoyenne, une qualité d’usage élevée, l’accessibilité aux personnes handicapées, ainsi que des critères de santé. Le standard SNBS prend aussi en compte des aspects économiques tels que le choix du site et le rendement potentiel.

Les trois piliers de la construction durable

L’idée de construction durable se caractérise par la recherche d’un équilibre entre les ambitions sociales, environnementales et économiques. Pour être durable, une construction devrait donc être attentive à ces trois domaines :

En matière de relations sociales
Conception et gestion participative du projet, mixité intergénérationnelle, appartements accessibles aux personnes à mobilité réduite, adaptabilité des surfaces de logements, locaux à usage commun, espaces de rencontre.

En matière d’environnement
Tirer profit des atouts qu’offre l’environnement (ensoleillement, vent), architecture pensée en harmonie avec la nature et les ressources (comme le fait l’architecture bioclimatique), choix de matériaux à basse énergie grise, sans polluants chimiques, alimentation via les énergies renouvelables et locales, climat intérieur sain, économies de ressources (eau), jardin potager (permaculture), parmi d’autres mesures.

En matière d’économie
Optimisation des coûts tout au long du cycle de vie du bâtiment, contribution positive à l’économie régionale, logements à loyers modérés, simplicité des choix techniques, limitation des véhicules privés (auto-partage).

Privilégier les matériaux naturels

En matière de construction durable, la question des matériaux est déterminante. En raison de leur pourcentage en masse important, les matériaux « traditionnels » du gros œuvre (sable, gravier, pierre, métaux, etc.) pèsent en effet un poids non négligeable dans le bilan écologique. Quant à ceux dont le pourcentage en masse est plus faible (par exemple les peintures, crépis, revêtements, composés chimiques), ils sont souvent responsables d’émissions de polluants, nocifs pour la nature et notre santé.

Afin de limiter ces impacts, Sébastien Piguet, directeur romand de l’association ecobau et co-directeur du bureau d’ingénieurs LeBird à Prilly, rappelle qu’« il faut privilégier l’utilisation de matériaux naturels peu transformés – comme le bois, le pisé, la paille, la terre crue, la chaux – ou à base de matières recyclées, locales, à basse énergie grise. L’important est d’éviter des matériaux nécessitant beaucoup de ressources pour la fabrication, ainsi que les matériaux qui posent des problèmes sanitaires ou environnementaux pendant leur mise en œuvre ou leur utilisation. ». Ainsi, remplacer le béton par une alternative durable est préférable. Oui mais…

Le bon matériau pour la bonne utilisation

La réponse à l’utilisation du « bon matériau » n’est pas unique. En matière de construction durable, il s’agit d’utiliser le bon matériau au bon endroit. Car même les matériaux peu transformés, naturels et/ou locaux ont leurs limites, rappelle Sébastien Piguet : « La terre crue, si elle est naturelle et locale, avec un impact environnemental nettement plus faible que le béton, ne convient toutefois pas pour des murs porteurs. De plus, certains matériaux naturels ont une énergie grise élevée : le processus d’obtention de la terre cuite nécessite le recours à des fours à haute température très énergivores. Le bilan final n’est donc plus aussi bon qu’au départ. Quant à la paille, bien qu’elle soit un très bon isolant, elle doit être mise en œuvre sur une large épaisseur, ce qui peut être un frein pour des constructions en ville, où la question de la surface utile se pose. De plus, on ne sait plus vraiment travailler les matériaux naturels, il faut retrouver des connaissances et des méthodes. ». En cas d’intérêt pour les constructions écologiques, Sébastien Piguet conseille avant tout de s’adresser à des bureaux d’architectes déjà engagés sur la question des matériaux durables. S’entourer de professionnels qualifiés est le meilleur moyen d’obtenir les bonnes réponses.

Les éco-matériaux, qu’est-ce que c’est ?

Il s’agit de matériaux de construction dont l’utilisation respecte l’environnement. Toutefois, leur choix et leur mise en œuvre est une question de contexte, de comparaison avec d’autres options. Voici une liste de critères qui peuvent orienter le choix des matériaux d’un point de vue écologique :

Un éco-matériau…

  • doit satisfaire une ou plusieurs fonctions. Plus les matériaux choisis sont bons techniquement, plus la construction ou la rénovation est durable -> critère mise en œuvre
  • n’émet pas de composés organiques volatiles (ou d’autres matières allergisantes), de gaz toxiques, cancérigènes, polluants ou à effet de serre, ni de champs électromagnétiques ou de nanoparticules -> critère santé
  • laisse respirer les murs grâce à une bonne régulation hygrométrique et possède une bonne inertie thermique -> critère confort
  • est un isolant performant (économies d’énergie sur la durée de vie du bâtiment), génère peu d’énergie grise (faibles dépenses énergétiques à son extraction, sa transformation, son conditionnement, son transport). Les matières premières d’un éco-matériau sont issues de ressources renouvelables (comme le bois des forêts locales ou la laine de mouton qui repousse chaque année) ou proviennent d’une agriculture biologique. Il est de plus recyclable et/ou réutilisable -> critère environnement
  • est respectueux du paysage et s’intègre aux spécificités paysagères locales. Il mobilise également de la main-d’œuvre locale et son extraction et/ou sa transformation sont porteuses de qualifications valorisant les métiers qui lui sont liés -> critère développement local équitable

Quelques éco-matériaux et leurs mises en œuvre :

  • isolation : d’origine végétale (lin, chanvre, bois, liège), animale (laine) ou encore en matériaux recyclés (flocons de cellulose).
  • revêtement de murs : crépis à la chaux, tadelakt, enduit en terre crue (argile), bardage, lambrissage.
  • peintures : minérales à la chaux, aux silicates, à l’argile, l’huile de lin et ses préparations pour le bois, l’essence de térébenthine (distillation de la résine de pin), la cire d’abeille, l’encaustique (mélange de cire d’abeille et de térébenthine).
  • revêtement du sol : plancher, parquet, linoléum naturel (en fibre de jute), liège, fibre de coco, dallages en pierres naturelles, galets naturels.

Source: La Revue durable et Maison Nature

Présentation d’une réalisation exemplaire

Le Projet Rigaud 55 à Chêne-Bougeries (Genève) a parfaitement intégré les notions de durabilité. La réalisation, labellisée Minergie P+Eco, a reçu la Distinction romande d’architecture DRA4 à l’automne 2018, ainsi que le prix de la catégorie « Co-Living Residential » aux European Architecture Awards 2020 (seul projet suisse).

Rigaud 55, c’est une série de six maisons regroupant 49 foyers (dont 10 logements réservés aux habitants de la commune), un logement destiné à accueillir des personnes migrantes, une crèche et une salle de musique. Le projet offre également une série d’espaces communs de caractères et tailles variés, appropriables au gré des besoins et dans le but de développer les différentes formes de convivialité, au cœur des préoccupations de la coopérative Codha, la maître d’ouvrage.

Photo : © Johannes Marburg

Les habitants ont participé à la conception du lieu de vie, puisqu’ils ont pensé et créé les aménagements extérieurs (potagers en permaculture), ainsi que l’espace de coworking. Côté sud, on trouve un espace protégé et bien ensoleillé pour le jardin des enfants, et, à l’autre extrémité du site, des jardins privatifs.

La taille et la morphologie du projet ont été pensées pour donner aux bâtiments une échelle et un caractère qui permettent une bonne appropriation par leurs habitants.

La matérialité des façades fait la part belle au bois. L’enveloppe, bardée de lattes prétraitées, réunit en un seul volume articulé les six bâtiments, englobant les paliers et les balcons, dans une quête d’unité. Une grande attention a été portée à l’épaisseur de l’isolation, à la lumière naturelle dans les locaux, à la qualité de l’air intérieur et au choix des matériaux par rapport aux ressources engagées.

Photo : © Johannes Marburg

Le projet soutient également la création d’énergie renouvelable locale, ainsi qu’une consommation économique et écologique pouvant amener à une déduction des charges des locataires. La production de chaud est assurée par une pompe à chaleur sur sondes géothermiques qui permet également un géocooling en été. Rigaud 55 est en outre la première communauté d’autoconsommateurs photovoltaïque à Genève à utiliser l’électricité produite par ses installations solaires.

 

Joëlle Loretan

Journaliste

achats responsables

Achats responsables

Être plus durable, voici un objectif que de nombreuses communes et entreprises souhaitent atteindre. Mais devant l’ampleur de la tâche, il est parfois difficile de savoir par quoi commencer, et comment mettre en place des mesures qui ont véritablement de l’impact. Les achats sont une bonne entrée en matière au vu de la quantité de matériel concerné et des impacts, notamment énergétiques, qu’ils représentent. En Suisse, des centaines de milliers d’entreprises et de communes achètent quotidiennement des produits et des services nécessaires à leur bon fonctionnement. Ces achats, publics et privés, représentent plusieurs dizaines de milliards de francs dépensés chaque année.

Adopter une politique d’achats responsables est un levier efficace pour intégrer la durabilité au sein d’une commune ou entreprise. Par ailleurs, au vu de la quantité parfois conséquente d’achats réalisés par ces entités, une telle politique permet d’avoir un véritable impact, d’améliorer son empreinte environnementale et de montrer l’exemple.

Plusieurs domaines concernés

Mais acheter responsable et durable, qu’est-ce que cela veut dire exactement ? Cela signifie choisir des produits ou services qui respectent l’être humain, tiennent compte des exigences de la protection de l’environnement et favorisent le développement économique par la recherche d’efficacité, d’amélioration de la qualité, et d’optimisation globale des coûts (à court, moyen et long termes).

Quelques exemples concrets :

  • Papier : la production de papier engendre une consommation importante de ressources (bois, substances chimiques, eau, énergie) induisant des impacts environnementaux tels que la déforestation, les rejets de substances polluantes dans les eaux et dans l’air. En Europe, l’industrie de la cellulose et du papier est à l’origine de 40 millions de tonnes de CO2 par an, ce qui représente environ 1% des émissions totales. Utiliser du papier recyclé (tant pour le papier d’impression que pour les enveloppes, le papier toilette ou encore le papier essuie-mains) permet de limiter ces impacts, notamment une consommation d’énergie divisée par trois !
  • Informatique et appareils : ordinateurs, imprimantes, écrans sont autant de biens qui ont un impact important sur l’environnement au vu de leurs composants. Par ailleurs, ces objets sont souvent produits dans des conditions de travail indécentes (salaires minimes, heures supplémentaires, exposition à des substances toxiques, etc.). Il est ainsi primordial de se renseigner sur la provenance et les conditions de production de ces appareils.
  • Produits de nettoyage : les produits de nettoyage sont à l’origine de pollution environnementale à large échelle. C’est par exemple le cas des lessives contenant des phosphates, qui ont mené à l’eutrophisation1 des milieux aquatiques dans les années 1970-1990. Depuis, des mesures ont été prises. Mais cet exemple démontre bien l’intérêt de se pencher plus en détail sur la composition des produits de nettoyage, et de privilégier ceux qui ont un taux de biodégradabilité élevé.
  • Véhicules : les véhicules génèrent des impacts négatifs sur l’environnement et la santé. Il s’agit donc de choisir des véhicules qui minimisent au maximum ces impacts, particulièrement les émissions de CO2, les émissions de polluants atmosphériques ainsi que les émissions sonores.
  • Restauration : les communes et entreprises sont souvent responsables de cantines, et organisent des apéros ou des repas. Or l’alimentation a des impacts conséquents sur l’environnement. Une attention particulière doit par exemple être portée à la provenance des produits, à la saisonnalité, au mode de culture, ainsi qu’à la proportion de viande. L’eau en bouteille peut aussi facilement être remplacée par l’eau du robinet qui a l’avantage de consommer jusqu’à 1000 fois moins d’énergie pour arriver dans le verre du consommateur ! Les communes et entreprises peuvent également motiver leurs établissements partenaires à réduire le gaspillage alimentaire et à minimiser la consommation d’énergie interne associée à la logistique.
  • Évènement : lorsqu’un évènement est organisé, il est primordial de sensibiliser les organisateurs aux questions en lien avec la mobilité, l’alimentation et la gestion des déchets. Par exemple, vous pouvez les inciter (ou obliger) à mettre en place un plan de mobilité ou utiliser de la vaisselle réutilisable.
  • Et en voici d’autres : mobilier, vêtements, nuitées hôtelières et hébergement collectif, prestations de déplacements, gestion technique et entretien des bâtiments, aménagement et entretien des espaces verts, prestations d’impression, sources lumineuses, etc.

Afin de mieux orienter ses choix en matière d’achats, il est intéressant de se fier aux labels. En effet, de nombreux labels existent, ils garantissent certains critères et permettent de faciliter le choix des biens à privilégier. Des guides ont également été créés afin d’aider les acheteurs dans leurs choix, c’est par exemple le cas du Guide des achats professionnels responsables élaboré par les Canton de Genève et Vaud ou du Standard Achats responsables de SuisseEnergie, spécifiquement dédié aux communes.

Les cadeaux d’entreprises

De nombreuses entreprises offrent des cadeaux en fin d’année ou des objets publicitaires. Afin que ces cadeaux s’inscrivent dans la démarche d’achats responsables, il est nécessaire d’y réfléchir plus en profondeur. Tout d’abord, ces cadeaux sont-ils véritablement nécessaires ? Ou serait-il envisageable de les remplacer par quelque chose de non matériel comme un don à un projet ou à une association par exemple ? S’ils sont maintenus, ils devraient être utiles (réfléchissez au nombre de cadeaux qui ne vous ont jamais servi ou que vous avez jetés après quelques jours déjà), durables (et de saison si cela s’applique), et provenir de commerces locaux. Ils devraient avoir utilisé peu de ressources et produit peu de déchets.

Le critère le plus important : l’évaluation du besoin

Mais un critère est encore plus primordial que tous les autres lorsqu’il s’agit d’achat : l’évaluation du besoin. Avant chaque achat, il est fondamental de se demander si cet achat est véritablement nécessaire ou s’il existe des alternatives. Par exemple, avant d’acheter un véhicule, on peut se poser la question de la nécessité réelle d’un tel achat et s’il n’existe pas d’alternatives comme l’auto-partage par exemple. Il est en effet urgent que nous diminuions la quantité de biens achetés afin de limiter notre impact énergétique et environnemental. Dans ce cadre, il s’agit également de faire durer le plus longtemps possible les produits achetés (par exemple, augmenter le plus possible la durée de vie d’un ordinateur avant d’en racheter un neuf).

Un autre aspect doit être également pris en compte dans ce genre de démarche : l’élimination des produits. Une fois qu’ils ont servi et ne sont plus utilisables, les produits doivent être éliminés ou recyclés de façon écologique.

Marchés publics durables

Près de 40 milliards de francs suisses sont dépensés chaque année par les collectivités pour les achats publics. Avec l’entrée en vigueur de la loi fédérale sur les marchés publics (LMP) début 2021, la prise en compte des critères de durabilité sociale, écologique et économique et non uniquement de rentabilité est mise en avant. Selon l’article 2 LMP, la loi a notamment pour but une utilisation des deniers publics qui ait des effets économiques, écologiques et sociaux durables. Les collectivités publiques ont ainsi le devoir d’adopter un mode de consommation durable. La nouvelle loi met par ailleurs l’accent sur une concurrence axée sur la qualité et exige que l’adjudication (art. 29 LMP) ne soit plus définie à l’avenir en fonction de l’offre « la moins chère » mais de l’offre « la plus avantageuse », à savoir en tenant compte, outre du prix et de la qualité de la prestation, des critères tels que les coûts du cycle de vie, le développement durable, le service après-vente, etc.

Ancrage de la démarche

Afin de pérenniser la démarche d’achats responsables, il est important de l’ancrer dans le fonctionnement de l’institution. Une décision de la direction ou des autorités communales permet d’ancrer la démarche. Il s’agit ensuite de former les responsables des achats et de contrôler la mise en œuvre de la démarche.

La démarche d’achats responsables peut aussi s’ancrer dans une démarche plus large de durabilité ou de responsabilité sociétale (RSE). La RSE se préoccupe des effets des activités des entreprises sur la société et l’environnement, et traite ainsi de thèmes tels que les conditions de travail (y compris la protection de la santé), les droits de l’homme, les intérêts des consommateurs, la fiscalité et la transparence, ou encore la préservation de l’environnement.

Un signal fort, tant à l’interne qu’à l’externe

Mettre en place une démarche d’achats responsables est également un très bon vecteur de sensibilisation, et incite à des changements de pratiques. Ceci tant à l’interne – les employés devant adapter leurs habitudes afin de respecter les nouveaux critères d’achats – qu’à l’externe et sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Une démarche d’achats responsables est ainsi un signal fort de la volonté de se diriger vers une société plus responsable et durable.

1 apport excessif de nutriments dans les eaux, provoquant une prolifération excessive des plantes et des algues, un appauvrissement en oxygène et un déséquilibre de l’écosystème.

 

Juliette Lerch

Rédactrice

zéro déchets

De la gestion des déchets, à la gestion des ressources

Notre modèle économique actuel, en place depuis la révolution industrielle, produit une quantité de biens de consommation sans précédent, et en conséquence des montagnes de déchets également. Sur une planète Terre aux ressources limitées, ce système dit « linéaire » (produire – consommer – jeter) a atteint ses limites. Pour mettre fin à ce déséquilibre, c’est un modèle dit d’économie « circulaire » qui doit aujourd’hui devenir la norme. Voyons comment les entreprises et les collectivités peuvent participer à cette transition vers un modèle intégrant la finitude des ressources.

De la sobriété à la surconsommation

Au XIXème siècle, encouragée par le développement de l’urbanisation et le salariat, l’industrie s’est emparée de la production de biens de consommation – vêtements, meubles, etc. Jusqu’alors, la production de biens de consommations dépendait de l’artisanat et chaque produit était conçu, entretenu, et réparé, de sorte à ce qu’il dure le plus longtemps possible. Autour de 1850, alors que les premiers grands magasins parisiens ouvrent leurs portes, l’évolution du système de distribution vers un modèle de consommation se met en marche. On ne cherche alors plus à vendre le nécessaire au prix juste, mais autant que possible et à des prix toujours plus bas. Ce n’est toutefois qu’à partir des années 1950 que la véritable production et consommation de masse débutent en Europe. Ce sont les Trente Glorieuses. Depuis, nous ne cessons de consommer toujours plus. Cette évolution a bien sûr permis d’augmenter notre qualité de vie, mais désormais, nous en apercevons aussi le revers de la médaille.

Notre société nous pousse à la surconsommation : publicité, comparaison sociale, obsolescence programmée, nous avons toujours besoin de plus. Mais cela a un coût, et pas uniquement financier. L’environnement paye aussi le prix fort de cette surconsommation. Nos modes de fabrication et de consommation – basés sur un système linéaire qui extrait des ressources, les utilise, puis les jette – entraînent une surconsommation des ressources naturelles (pour la plupart, non renouvelables). À la clé, des quantités astronomiques de déchets : chaque Suisse produit en moyenne plus de 700 kg de déchets par année, contre environ 600 kg en 1990.

La (trop) courte vie du téléphone portable…

Le marché des téléphones portables est un exemple assez frappant de ce système de consommation de masse, bien que la situation commence à changer petit à petit.

Il y a encore quelques années, votre nouveau téléphone portable était offert à l’achat d’un abonnement de téléphonie mobile. Puis, tous les 12 à 18 mois, vous aviez l’occasion de changer de téléphone à moindre frais, avec l’arrivée du nouveau modèle. Résultats : en 2013, la durée de vie moyenne d’un téléphone portable en France était de 18 mois. En 2017, on accordait toutefois quelque 4 mois de durée de vie supplémentaires à nos téléphones, sans pour autant arriver à les garder 2 ans dans notre poche. Ces chiffres sont similaires à l’étude JAMESfocus 2017 de la Haute École des sciences appliquées de Zurich (ZHAW) et de Swisscom. Menée auprès d’un millier de jeunes de 12 à 19 ans, cette étude a démontré qu’en 2016, les jeunes suisses changeaient de téléphone tous les 22 mois. Pour 58% des jeunes interrogés, la raison invoquée pour ce changement était la volonté d’avoir un meilleur modèle ou un modèle plus récent, tandis que 6% des jeunes voulaient le même modèle que leurs amis… !

Et même si l’on souhaite faire durer plus longtemps son téléphone portable, ce n’est pas toujours possible. Les principales marques de smartphones ne garantissent la fourniture de pièces détachées que pour une durée allant de 3 à 5 ans après la sortie d’un nouveau modèle. Le coût d’une réparation est prohibitif. Et si, malgré tout, on arrive à faire durer son téléphone, ce sont les mises à jour du système d’exploitation qui ne suivent plus et qui signent définitivement l’arrêt de mort de notre téléphone.

Le recyclage, une fausse bonne idée ?

La solution est toute trouvée direz-vous : le recyclage. Ce n’est toutefois pas aussi simple. En Suisse, nous avons l’illusion d’être de bons élèves car nous trions et recyclons beaucoup. Comme dans d’autres pays occidentaux, nous avons adopté le recyclage à grande échelle. Mais compter dessus pour supprimer tous nos déchets est une fausse bonne idée. Certes, il a son importance et il est nécessaire de continuer à trier ses déchets. Mais la valorisation du recyclage est aussi un piège car il ne permet pas de limiter la production de déchets ni de limiter la consommation de biens à la source. De plus, il existe des limites physiques, techniques et sociétales au recyclage, comme le dit Philippe Bihouix dans son ouvrage L’âge des Low Tech : « À chaque cycle de consommation, on perd de manière définitive une partie des ressources ». C’est-à-dire que le recyclage ne permet pas de recycler 100% de la matière, et épuise donc au final les ressources. Il ne résout pas le vrai problème : notre surconsommation.

La solution : l’économie circulaire et l’éco-design

L’économie circulaire propose une piste de sortie du modèle actuel dysfonctionnel. Ce modèle s’inspire des cycles naturels : comme dans la nature, rien ne se perd, tout se transforme – mais pas en déchet toxique ou sans valeur. Les produits, les composants et les matériaux sont systématiquement réutilisés, permettant ainsi de prolonger leur durée de vie et d’utilisation. L’économie circulaire fonctionne en circuit fermé ce qui permet de réduire la consommation de matières premières et de limiter les dommages à l’environnement découlant de leur extraction et de la production de déchets. Pour parvenir à ses fins, l’économie circulaire s’intéresse aux produits dès leur conception, et veille à ce qu’ils puissent être réparés, transformés et réutilisés facilement.

C’est dans ce cadre que l’éco-design ou éco-conception peut jouer un rôle majeur. En effet, il est capital de tenir compte des conséquences écologiques dans la conception et la mise en œuvre d’un produit. Chaque produit doit être conçu de manière intelligente, pouvoir s’utiliser aussi souvent et longtemps que possible, pouvoir être démonté et revalorisé.

Les entreprises sont appelées à jouer un rôle toujours plus important en matière d’éco-design. Pour ce faire, il est nécessaire de mettre en place des collaborations interdisciplinaires, en faisant par exemple collaborer designers, ingénieurs, utilisateurs et autres experts dès la phase de développement d’un produit pour lui assurer un avenir durable.

L’arsenal législatif a également son rôle à jouer pour favoriser cette transition. Les nouveaux règlements de l’Union européenne en matière d’éco-conception exigent par exemple que les appareils électriques et électroniques soient réparables et que les fabricants fournissent les pièces de rechange.

Du smartphone « reconditionné » au smartphone « éthique »

On l’a vu plus haut, le téléphone portable est un exemple typique de notre société d’hyper-consommation. Mais heureusement, les choses évoluent, quoi que lentement, dans la bonne direction.

La société Recommerce par exemple, s’est lancée en 2009 déjà dans le « reconditionnement » (réparation et revente à prix d’occasion) de téléphones portables. Elle a pour vocation de faire de la « reconsommation » le mode de consommation privilégié des Suisses. Ça marche, et le marché du smartphone reconditionné est aujourd’hui en plein essor. De Migros à Swisscom, tous s’y mettent et y voient un nouveau marché.

Un autre acteur de l’industrie électronique s’est donné pour mission de révolutionner le secteur et de le transformer de l’intérieur. Fairphone a décidé de fabriquer un smartphone plus durable. Cela passe par le choix des matériaux (éviter les minerais de guerre, plus de produits recyclés, …), l’amélioration des conditions de travail, l’éco-conception et la réparabilité du produit. En bout de course, l’acquisition d’un Fairphone permet une diminution des déchets électroniques et une prolongation de la durée de vie des appareils. De quoi inspirer l’ensemble du secteur vers un nouveau modèle économique.

Les communes, moteurs de changement

Quant aux communes, elles jouent un rôle majeur dans l’incitation à réduire les déchets, et par conséquent à consommer moins et plus intelligemment. Alors que la révision de l’ordonnance sur la limitation et l’élimination des déchets (OLED) est entrée en vigueur en 2016, de nombreuses communes se focalisent encore essentiellement sur son deuxième objectif, l’élimination des déchets, sans prendre de réelles mesures pour répondre au premier objectif de cette ordonnance, à savoir la limitation des déchets.

En Suisse romande, seules quelques communes ont mis en place une politique encourageant clairement la réduction des déchets. C’est le cas de Carouge (GE), qui souhaite devenir la première ville de Suisse Zéro Déchet. Dans ce cadre, elle s’est fixé un premier objectif plus modeste et réaliste : réduire de 30% en trois ans le volume des déchets incinérés. Pour y parvenir, la Ville de Carouge organise plusieurs évènements par mois (atelier, conférence, coaching) pour présenter aux habitants des solutions afin de réduire leur quantité/production de déchets.

Une remise en question globale est nécessaire

En résumé, il ne suffit plus aujourd’hui de trier ses déchets pour avoir un mode de vie « écologique ». Une remise en question plus profonde et globale est nécessaire. Il s’agit de mettre fin à la surconsommation à laquelle nous sommes si bien habitués – particulièrement dans notre pays où nous avons les moyens de remplacer un objet au moindre dysfonctionnement – en repensant nos biens de consommation dès leur conception et en mettant en place des stratégies pour limiter la production de déchets à la source. Il est de notre devoir d’entamer un changement radical en la matière dès maintenant.

 

Juliette Lerch

Rédactrice

énergie solaire

Contracting Energie Solaire : Vaucher Manufacture Fleurier fabrique aussi de l’électricité

Vaucher Manufacture Fleurier fournit des marques horlogères prestigieuses en mouvements mécaniques horlogers haut de gamme.

Si le mouvement produit de l’énergie, ici c’est de manière très indirecte. La manufacture horlogère s’est lancée dans la production d’électricité « maison » renouvelable grâce à un partenariat sous forme de Contracting Energie Solaire avec Romande Energie.

Une solution qui s’intègre pleinement dans les nombreuses mesures environnementales mises en œuvre par la manufacture fleurisanne.

Le projet en quelques chiffres

  • 427 panneaux solaires
  • 683 m2 de surface solaire
  • 130 kWc de puissance photovoltaïque
  • 125’000 kWh produits chaque année

Interview de Jean-Noël Lefevre, CEO Vaucher Manufacture Fleurier

 

En quoi consiste votre partenariat avec Romande Energie ?

Dans le cadre de ce partenariat, nous mettons notre toit à la disposition de Romande Energie, qui y a installé 683 m² de panneaux solaires photovoltaïques. Pendant 25 ans, nous nous engageons à acheter l’électricité produite par Romande Energie sur nos toitures en fonction de nos besoins. La production solaire représente 10 % de notre consommation globale.

Quels sont les avantages pour votre entreprise ?

Plus que les avantages que cela représente, il s’agit d’une évidence et d’une opportunité à saisir pour agir « durablement ». Dans le projet que nous menons avec l’Agence de l’Energie pour l’Economie, nous nous sommes engagés à réduire notre consommation annuelle pour un cumul de 1,7 mio de kWh en 10 ans.

En 2018, nous avons déjà très largement dépassé l’objectif grâce à une traque des consommateurs dormants, par l’installation d’éclairage de type LED, au travers d’une vigilance accrue de la gestion des espaces et l’optimisation du fonctionnement des machines.

Comment vous est venue l’idée de ce projet ?

Dès la conception de notre bâtiment, nous avons cherché à économiser l’énergie en suivant le label « Minergie ». Une nappe phréatique trop proche nous a empêché d’installer une pompe à chaleur. Ainsi nous avons saisi l’opportunité de ce projet avec Romande Energie pour revenir à nos premières idées d’optimisation de l’énergie.

De quelle manière privilégiez-vous les énergies renouvelables ?

Suivant notre ferme volonté de rentabilisation de l’énergie, nous menons des actions à plusieurs niveaux. Dans cet esprit, lorsque nous renouvelons nos équipements de production, nous examinons prioritairement la consommation des machines et leur encombrement.

L’agence de nettoyage n’utilise que des produits biodégradables dans notre enceinte. Nous traitons les eaux usées et éliminons les résidus chimiques à l’interne. Et finalement, nous avons une centrale de tri pour tous les matériaux à évacuer, du papier aux métaux. Pour nous, il ne s’agit que d’un début et chacune de nos actions s’inscrit dans le schéma global de réduction de notre impact sur l’environnement.

contracting énergie

Photovoltaïque : les solutions en contracting ont le vent en poupe

Les entreprises en quête d’indépendance énergétique et de baisse des prix de l’électricité sont de plus en plus nombreuses à opter pour des solutions en contracting. Offrant plus d’autonomie et des prix fixes durant 25 ans, ces offres clés en mains séduisent par leur accessibilité et leur simplicité. Migros, Holcim, Vaucher Manufacture, Thévenaz Leduc, Implenia, Fun Planet, Ginox, Hardegger Käse, Fischer Connectors, Travys ou encore Friderici ont déjà fait ce choix.

Définition du contracting

Comme nous l’avions expliqué dans cette vidéo, le contracting permet à une entreprise disposant d’une grande surface en toiture d’y installer des panneaux solaires et de profiter de cette énergie, ceci sans investir le moindre franc. Une fois les panneaux solaires installés, l’entreprise consomme en priorité l’énergie produite sur ton toit, laquelle lui est vendue à un prix concurrentiel et fixe durant 25 ans. Si les panneaux produisent plus que nécessaire, l’énergie excédentaire est réinjectée dans le réseau. Et si l’entreprise a besoin de plus d’énergie, alors celle-ci est soutirée du réseau classique. L’entreprise garde sa complète autonomie pour sa fourniture d’électricité complémentaire provenant du réseau de distribution.

Le contracting permet donc à une entreprise de se fournir en énergie solaire locale tout en gardant sa capacité d’investissement pour d’autres projets.

De nombreuses entreprises déjà engagées

Pour que l’opération soit intéressante pour toutes les parties prenantes, une surface minimale de 1000 m² est nécessaire. Ainsi, plus une entreprise possède des grands bâtiments, plus l’opération sera intéressante.

À titre d’exemple, Migros Aigle a recouvert les abris voitures de son vaste parking de panneaux photovoltaïques couvrant 9487 m² au total et produisant ainsi près de 1.8 million de kWh par an. Grâce à cette opération, Migros Vaud bénéficie dorénavant d’une plus grande autonomie en matière de consommation d’énergie, atteignant un taux d’autoconsommation de 60%.

 

 

Spécialisée dans les connecteurs électriques et optiques ainsi que les solutions de câblage, Fischer Connectors a également opté pour une solution en contracting pour son site de production basé à Saint-Prex. Engagée sur le plan environnemental depuis des années, l’entreprise assure une production de 20’000 pièces par jour, garantie notamment par les 596 panneaux solaires installés sur son toit. Avec une production de 163 500 kWh par an, Fischer Connectors parvient ainsi à autoconsommer la totalité de sa production.

 

 

Le secteur horloger est également propice à l’installation de panneaux solaires, notamment en raison des grandes surfaces en toiture dont disposent les sites de production. L’exemple de Vaucher Manufacture à Fleurier le démontre très bien avec une production annuelle de 125’000 kWh rendue possible grâce à 427 panneaux représentant une surface de 683 m².

 

 

Enfin, comme le démontrent les exemples de Friderici Special et Ginox, les formules en contracting intéressent dorénavant de nombreux secteurs.

Conclusion

Le succès de la formule en contracting n’est évidemment pas le fruit du hasard. En optant pour cette solution, une entreprise répond non seulement à des enjeux environnementaux forts, mais elle évite également de dépenser une somme qui pourrait être investie dans d’autres actions prioritaires. Œuvrer en faveur de la transition énergétique tout en gardant sa capacité d’investissement, voilà le leitmotiv du contracting.

mobilité électrique

La mobilité électrique s’invite dans les entreprises et les communes

Grâce à des modèles toujours plus accessibles et performants, les véhicules électriques ont définitivement fait leur entrée dans notre quotidien. Financièrement, écologiquement et politiquement, les entreprises et collectivités ont tout à gagner à se rallier à cette technologie.

Voitures, vélos, scooters, trottinettes : vous avez certainement remarqué à quel point le trafic urbain a été redéfini depuis quelques temps. Le dénominateur commun de tous ces véhicules est bien entendu l’électricité. Un sentiment consolidé par les données fournies par l’Office fédéral de la statistique, comme en témoignent ces chiffres relatifs aux voitures de tourisme:

vehicules-suisse

Comme on peut le constater, le nombre de voitures électriques a augmenté de 1.3% en seulement une année, contre 1.17% pour les hybrides. Cette évolution, dont l’ascension s’annonce exponentielle, est notamment due à l’avancée technologique et à la baisse des prix, mais aussi une conscientisation écologique.

Face à cette situation, les collectivités et entreprises s’organisent progressivement pour répondre à cette nouvelle demande. C’est par exemple le cas dans la commune de Cheseaux, où le Syndic Louis Savary soutient depuis des années la mobilité électrique, notamment via une borne de recharge sur le parking situé en face de la gare du LEB, ou encore des subventions octroyées aux concitoyens qui souhaitent acquérir un vélo électrique.

Et la mouvance se généralise. Les grandes surfaces telles que Migros et Lidl équipent dorénavant leurs parkings de stations de recharge, alors que les grandes entreprises comme Nestlé en installent pour leurs collaborateurs et invités.

Coupler une borne de recharge à des panneaux solaires ?

Pour aller plus loin, il est également possible de connecter une borne de recharge à une production renouvelable. Une solution imaginable par exemple dans le cadre de l’installation photovoltaïque réalisée au centre commercial d’Aigle qui exploite le toit des parkings pour produire de l’énergie solaire.

carport-aigle

Cette optimisation des moyens de production propre est de plus en plus recherchée par souci de « cohérence » écologique. En effet, la population prend progressivement conscience de l’importance de consommer non seulement de l’énergie renouvelable, mais également locale. Une logique qui rejoint les grands principes de l’économie circulaire et qui commence à prendre une place toujours plus importante en matière de consommation.

En alliant les enjeux environnementaux et commerciaux, il est fort à parier que la mobilité électrique jouera un rôle décisif dans la transition énergétique. À chaque entreprise, chaque commune et chaque individu de prendre part à ce grand tournant.

Un investissement écologique

Mais que coûte exactement l’installation d’une borne ? Et que peut-on en retirer ?

Comme toute nouvelle technologie, les bornes de recharges pour véhicules électriques représentent un certain investissement. Dans le cas des bornes de recharge pour les voitures, prenons en exemple les deux modèles les plus sollicités : la Private One et la Network Two, proposés par Green Motion.

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Pour vous offrir une Private One, comptez entre CHF 5’000 et CHF 10’000.- pour la borne et son installation. Les frais varieront dans cette tranche en fonction de deux critères, définis selon vos besoins. Premièrement, la puissance installée. Allant de 3,7 à 22 kW, la puissance dépendra de la vitesse de charge que vous souhaitez proposer à vos utilisateurs. Si la borne est par exemple destinée à recharger des véhicules stationnés durant toute une journée, alors une puissance de 3,7 kW pourrait suffire. Au contraire, si vos collaborateurs, visiteurs ou concitoyens ne restent que peu de temps, alors l’option à 22 kW pourrait s’avérer plus adaptée.

La deuxième composante qui fera varier le prix réside dans la fonction « offline » ou « online ». Cette dernière permet à la borne d’être connectée sur le réseau evpass, contrairement à la première. Quelle différence ? Tout dépend une fois de plus de vos besoins. Si vos utilisateurs sont externes à l’entreprise, ou qu’il s’agit par exemple d’un parking public, alors la mise en réseau permettra aux utilisateurs d’avoir accès à la borne et payer l’énergie au prix du réseau (à savoir 0.45 ct/kWh). Au contraire, si vous souhaitez proposer la recharge à un prix préférentiel ou l’offrir gratuitement à vos collaborateurs ou encore vos locataires, alors la fonction « offline » sera privilégiée et le prix d’achat de votre borne se verra ainsi réduit car vous ne ferez pas appel aux services du réseau evpass.

Dans le cas du modèle Network Two qui combine deux bornes en une, les prix varient entre CHF 22’000.- et CHF 35’000.-, installation incluse. Ici aussi, tout dépendra des besoins : une puissance importante est-elle nécessaire ? Faut-il connecter la borne à un réseau ? La logique est précisément la même.

Conclusion

Stratégie d’entreprise, puissance nécessaire, mise en réseau, prix, nombre de bornes : les questions à se poser avant de s’engager sur la voie de la mobilité électrique sont nombreuses. Mais une chose est sûre, la transition est bel et bien en cours.

À quoi faut-il faire attention avant de considérer la réalisation d’une installation photovoltaïque ?

L’énergie photovoltaïque est actuellement en plein essor. Cette technologie possède beaucoup d’avantages. Parmi ceux-ci, on peut citer son caractère renouvelable, sa capacité à s’intégrer facilement dans l’environnement bâti ainsi que sa proximité avec les lieux de consommation. Mais sa principale spécificité est probablement le fait qu’elle permette à des acteurs privés, ménages comme entreprises, de produire leur propre énergie.

Dans ce contexte, la réalisation d’une installation photovoltaïque peut s’avérer être un projet tout à fait rentable, ceci à condition d’éviter quelques pièges. Cet article décrit les principaux points auxquels faire attention avant de se lancer dans un tel projet.

Le premier de ces points concerne bien sûr la production potentielle. Celle-ci est fortement liée aux caractéristiques du toit destiné à accueillir l’installation. Une orientation au Sud permettra d’optimiser la production annuelle alors que des pans orientés à l’Est et à l’Ouest permettront plutôt de maximiser l’autoconsommation (voir un peu plus bas). Par opposition aux toits en pente, les toits plats des usines ou des entrepôts ont l’avantage de permettre de maîtriser pleinement l’orientation et l’inclinaison des panneaux.

La présence d’éléments susceptibles de produire des ombres sur la centrale photovoltaïque est également un facteur important. En fonction de leur emplacement, les cheminées, les éléments de ventilation ou encore les arbres peuvent ainsi péjorer significativement la production d’électricité.

Mais dans le cadre d’une installation solaire privée, produire l’énergie n’est pas tout. Encore faut-il la consommer. Avec la fin programmée de la reprise à prix coûtant (RPC) et son remplacement par la rétribution unique (RU), les propriétaires d’installations photovoltaïques sont encouragés à autoconsommer un maximum de leur production. Ils rentabilisent ainsi majoritairement l’investissement consenti lors de la construction de l’installation grâce aux économies qu’ils réalisent sur leur facture d’électricité. L’injection sur le réseau de la production excédentaire reste bien sûr rétribuée, mais à un niveau trop faible pour permettre à elle seule de rentabiliser l’installation.

Comparativement à la rétribution de l’injection dans le réseau de la production photovoltaïque à un tarif préférentiel, la rentabilisation par l’autoconsommation implique quelques conditions supplémentaires. La première est la présence d’une consommation suffisante sur le lieu de la production. Par exemple, la situation d’un toit d’un entrepôt susceptible d’accueillir une installation photovoltaïque importante pourrait paraître idéale. Mais l’absence quasi totale d’une quelconque consommation électrique rendrait toute possibilité d’autoconsommation impossible et réduirait ainsi grandement l’intérêt économique de cette installation. Il est néanmoins possible, sous certaines conditions, de consommer la production d’une installation dans un bâtiment proche, telle qu’une usine ou un bâtiment administratif.

Néanmoins, la seule présence d’une consommation électrique à proximité d’une potentielle installation n’est pas suffisante pour garantir un taux d’autoconsommation permettant d’en assurer la viabilité économique. Encore faut-il que consommation et production photovoltaïques soient simultanées.

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Une usine dont la consommation se concentre pendant la journée et est fortement réduite la nuit possèdent un potentiel d’autoconsommation bien plus élevé qu’une entreprise avec une consommation quasi constante. Bien sûr, il est possible de pallier un manque de simultanéité grâce à un stockage local par batterie. Mais il s’agit d’un investissement supplémentaire qui devra être rentabilisé en plus de celui lié à l’installation photovoltaïque elle-même. Le supplément d’autoconsommation rendu possible par un tel système de stockage doit donc être conséquent.

Des éléments externes, souvent négligés, peuvent aussi entrer en ligne de compte. L’état et la nature du toit sont par exemple des éléments capitaux. La durée de vie typique d’une installation photovoltaïque est de 25 ans. Si des travaux concernant le toit, tels que la réfection de l’étanchéité, sont prévisibles durant cette période, la présence de l’installation photovoltaïque entraînera des surcoûts. De même, des éventuels travaux de renforcement de la statique du toit sont également susceptibles d’alourdir fortement la facture. N’étant pas de leur ressort, ce genre de dépenses figure rarement sur les offres des installeurs.

La réalisation d’une installation photovoltaïque peut s’avérer complexe. Pour éviter les mauvaises surprises, il est nécessaire de s’entourer de professionnels expérimentés. Afin de faciliter le choix d’un prestataire, l’association faîtière Swissolar a ainsi créé le label de qualité « PROS DU SOLAIRE® ». Il est également indispensable de demander plusieurs offres. En effet, les différences peuvent être très importantes. Finalement, il peut s’avérer bénéfique de passer par un prestataire intermédiaire neutre. Celui-ci se chargera de l’étude et du dimensionnement de l’installation ainsi que de l’appel d’offre pour sa réalisation. Son expérience permettra d’éviter au maître d’œuvre d’éventuels pièges, de sélectionner le meilleur prestataire et de dimensionner l’installation au plus juste.

 

Christian Rod

Expert externe

La finance au service de la transition énergétique

Chaque jour, plus de 5’000 milliards de dollars sont échangés dans le monde. Autant d’argent qui peut servir tant à financer les énergies fossiles que les énergies renouvelables. Nos choix d’investissements ont donc un impact colossal sur les émissions de gaz à effet de serre.

Chaque franc que nous confions à une banque ou à une institution de prévoyance a un impact sur la société et l’environnement. En fonction des investissement réalisés, l’argent peut donc être nuisible au climat et à l’environnement, ou au contraire favoriser la transition énergétique et la protection de l’environnement.

Des investissements peu durables en Suisse

En Suisse, le secteur bancaire contribue encore largement aux changements climatiques : la quantité de gaz à effet de serre attribuée aux fonds de placement en actions équivaut aux émissions annuelles de la Suisse ! La Banque nationale suisse (BNS) n’est pas en reste, puisque 60% de ses placements émettent à eux seuls l’équivalent de 48,5 millions de tonnes de CO2, soit plus que les émissions totales de la Suisse. En 2017, la BNS investissait par exemple deux milliards de francs dans les centrales à charbon, filière électrique la plus polluante qui soit.

Ces investissements ne sont pas sans conséquence selon l’Office fédéral de l’environnement. Le comportement actuel des investisseurs suisses favoriserait en effet un réchauffement mondial de 4°C à 6°C, largement supérieurs aux 1,5°C à 2°C visés par l’Accord de Paris. Des efforts massifs doivent donc être entrepris dans ce secteur pour limiter l’impact sur le climat.

La nouvelle tendance : le désinvestissement des énergies fossiles

Depuis plusieurs années, des campagnes de désinvestissement des énergies fossiles demandent l’élimination des placements dans les entreprises investissant dans les énergies fossiles, et tout particulièrement dans le charbon, afin de limiter les changements climatiques. Le constat qui se cache derrière cette campagne est le suivant : les 83 plus grands producteurs d’énergies fossiles et les sept plus grands cimentiers du monde ont généré près de 65% des émissions d’origine fossiles émises depuis deux siècles et demi. Il paraît donc plus efficace de limiter la production d’énergie fossile de quelques dizaines de gros producteurs, plutôt que d’inciter des milliards d’individus à réduire leur consommation énergétique. Il y a ainsi dans cette campagne un changement de paradigme : le problème est abordé du point de vue de la production, et non plus de la consommation, comme cela est souvent le cas. Certaines institutions, comme Publica, la caisse de pension de la Confédération, l’Université de Lausanne, ou encore la Ville de Genève, se sont engagées à désinvestir. Le mouvement commence donc à porter ses fruits.

En réorientant leurs investissements dans des placements durables, les institutions financières peuvent être des acteurs majeurs de la transition énergétique. La Banque Alternative Suisse (BAS) est par exemple pionnière en la matière. La BAS a défini de nombreux critères d’exclusion, qui précisent les domaines dans lesquels la banque n’investit pas. Les activités à forte émission de gaz à effet de serre en font bien entendu partie. Grâce à cette politique restrictive, la banque possède un portefeuille d’investissement générant 50% de CO2 en moins qu’un indice de référence comparable.

Le rôle majeur des caisses de pension

Les quelque 2’000 caisses de pension suisses gèrent 910 milliards de francs, ce qui en fait la première fortune du pays et représente l’équivalent de 133% du PIB national. Le rôle à jouer par les caisses de pension pour rendre l’économie plus durable et pour lutter contre les changements climatiques est donc grand. Mais ce rôle est encore trop peu pris en considération par les entreprises qui sont en effet nombreuses à ne pas savoir exactement ce qu’il advient des fonds déposés auprès des caisses de pension.

De plus en plus de caisses de pension sont toutefois séduites par l’investissement durable. Depuis quelques années, le WWF réalise un classement des vingt plus grandes caisses de pension suisses et analyse dans ce cadre dans quelle mesure ces institutions placent leur argent dans le respect des critères de durabilité. La dernière étude menée par le WWF, en 2019, montre que près de la moitié des institutions examinées se sont améliorées depuis l’étude précédente, réalisée trois ans plus tôt. Il n’en reste pas moins que les questions climatiques préoccupent encore trop peu les caisses de pension aux yeux du WWF. Ainsi, seules quatre des vingt plus grandes caisses de pension du pays publient une stratégie détaillée sur la gestion des risques climatiques dans leurs activités de placement.

Certaines caisses de pension ont toutefois intégré une démarche de durabilité depuis de nombreuses années déjà. C’est le cas de la Fondation Nest qui, depuis sa création il y a plus de 35 ans, s’engage pour une prévoyance écologique et éthique. La caisse de pension Nest gère 2,9 milliards de francs, et un nombre d’affiliés en constante augmentation. En 2020, ce sont 3’547 entreprises qui sont affiliées à cette caisse de pension (+56 entreprises par rapport à l’année précédente) et 24’470 personnes assurées (+308 personnes). Depuis 2006, le rendement annuel moyen de Nest est de 3,9%, chiffre supérieur à l’indice Crédit Suisse des caisses de pension (permettant de mesurer rapidement la performance des caisses de pension suisses), qui se situe à 2,8%. La preuve que la finance durable rapporte aussi et même plus que les investissements traditionnels.

De nombreuses PME cherchent à réduire leur impact environnemental, que ce soit par l’instauration du télétravail, la réduction des voyages d’affaires ou l’approvisionnement en énergie renouvelable. Dans une telle démarche, la question des caisses de pension est souvent oubliée. Or, placer l’argent du deuxième pilier des collaborateurs dans une caisse de pension écologique et éthique représente un moyen efficace de limiter l’empreinte écologique de son entreprise. Alors, pourquoi ne pas franchir le pas ?

 

Juliette Lerch

Rédactrice

Entreprises en transition

La transition énergétique, c’est l’affaire de tous ! Gouvernements, citoyens, associations, mais aussi acteurs privés. Et elles sont nombreuses, les entreprises, à s’engager dans cette direction.

L’application du développement durable dans le monde du travail peut se traduire par le concept de « responsabilité sociétale des entreprises » (RSE). La RSE consiste à s’intéresser aux effets des activités des entreprises sur la société et l’environnement. Elle englobe entre autres les conditions de travail, les droits de l’homme, la protection de l’environnement, la prévention de la corruption, la concurrence équitable, les intérêts des consommateurs, la fiscalité et la transparence.

Des labels pour renforcer son engagement

Sur le plan purement énergétique les entreprises peuvent (ou doivent, selon leur niveau de consommation d’énergie) s’engager dans des programmes de réduction des consommations énergétiques . C’est par exemple possible par le biais du programme PEIK qui, grâce à l’appui d’un conseiller professionnel en énergie, vous permet de déceler les économies potentielles au sein de votre entreprise, de planifier les mesures à mettre en œuvre, et enfin de réaliser des économies d’énergie substantielles. Le modèle PME de l’AEnEc (Agence de l’énergie pour l’économie) offre lui aussi une gestion énergétique aux petites et moyennes entreprises.

Certaines entreprises choisissent d’aller encore plus loin dans leur démarche de durabilité et d’avoir recourt à un label certifiant leur engagement en la matière.

Le Programme suisse EcoEntreprise accompagne les organismes souhaitant initier, développer ou améliorer leur démarche de développement durable – responsabilité sociétale. Il remet des certifications aux entreprises respectant certaines exigences.

Reconnue internationalement, la certification B Corp se fait une place en Suisse. B Corp certifie des entreprises qui répondent à des normes élevées en matière de performance sociale et environnementale, de transparence et de responsabilité légale.

D’autres entreprises décident de s’engager sur la voie de l’économie sociale et solidaire qui regroupe une multitude d’acteurs économiques partageant des valeurs communes et qui agissent concrètement pour la transition écologique et sociale. Leur but commun est de maximiser leur impact positif sur la société.

Une entreprise romande engagée

Donnons la parole à une entreprise romande engagée pour le développement durable. GÉO SOLUTIONS ingénieurs SA, bureau d’ingénieurs géomètres basé à Vevey, Château-d’Oex, Aigle et les Diablerets et qui compte 36 employés. Sindo Alonso, membre de la direction et ingénieur a répondu à nos questions.

Pourquoi s’engager en tant que PME pour le développement durable?

Notre engagement pour le développement durable a commencé dans les années 2000. Notre voiture d’entreprise était tombée en panne, et après réflexion, nous avons décidé de la remplacer par une voiture Mobility. Une prise de conscience a ainsi débuté. Par la suite, en 2010, l’État de Vaud a inclus des critères de développement durable dans ses appels d’offre. Pour pouvoir y répondre, notre bureau a décidé de s’engager dans une véritable démarche de durabilité via le label EcoEntreprise. Nous avons été certifiés en 2013.

Concrètement, qu’avez-vous mis en place pour atteindre les critères de la labellisation EcoEntreprise du point de vue social et environnemental?

Pour recevoir le label EcoEntreprise, un état des lieux doit être réalisé et un plan d’actions défini. EcoEntreprise est un processus évolutif, nous avons donc mis en place de nombreuses mesures. Dans un premier temps, une charte a été rédigée, le suivi de la consommation d’électricité et de papier a été mis en place, les serveurs – qui consommaient énormément d’électricité – ont été virtualisés, ce qui a par exemple permis de diminuer leur consommation de 90% et de faire chuter la température de 6°C dans la salle des serveurs. Nous avons également rallongé à 7 ans (au lieu de 4 ans) notre contrat pour le renouvellement des postes de travail afin d’utiliser nos ordinateurs le plus longtemps possible. De manière générale, nous essayons de faire durer nos véhicules, et nous avons aussi acheté deux véhicules au gaz et contracté un abonnement Mobility (avec 3 cartes).

Par ailleurs, nous avons mis sur pied un système permettant d’évaluer nos projets de génie civil sous les angles économiques, environnementaux et de la responsabilité sociétale, cela nous permet de proposer différentes variantes aux clients. Nous avons également mis sur pied un plan de mobilité pour les collaborateurs, les places de parc sont désormais payantes, mais nous subventionnons les abonnements de transports publics et permettons le télétravail sous certaines conditions.

Quelles plus-values vous apportent ces changements mis en place?

Cela nous permet d’avoir une bonne réflexion sur l’organisation des tâches, et donc une meilleure gestion de celles-ci.

Cette démarche représente-t-elle un coût supplémentaire pour l’entreprise?

Oui. Tout d’abord parce que la certification a un coût, et puis cela implique aussi des heures de travail pour le suivi de la démarche. Mais c’est également un investissement qui nous ouvre des portes.

Vos collaborateurs vous soutiennent-ils dans cette démarche ou a-t-il fallu les convaincre?

Au début, nos collaborateurs craignaient parfois que cela leurs fasse perdre du temps. Mais notre direction soutient cette démarche et est prête à investir du temps pour la durabilité. Les employés ont maintenant complètement intégré cette notion de durabilité, et des réflexions sur le sujet sont menées par l’ensemble de l’équipe, qui nous fait parfois part de demandes spécifiques, notamment pour l’archivage des documents.

Comment communiquez-vous cet engagement auprès de vos clients? Et comment est-il perçu par ceux-ci?

Nous mettons en avant notre démarche, qui est bien perçue par les acteurs cantonaux et fédéraux, puisqu’ils intègrent explicitement des critères de durabilité dans leurs appels d’offre. Malheureusement, les communes ne le font pas encore. Mais nous espérons qu’elles intègrent davantage les aspects de durabilité dans leurs critères de sélection à l’avenir. Pour les communes et les privés, c’est encore majoritairement le critère financier qui est prépondérant.

Quels sont vos prochains objectifs en termes de durabilité?

Nous souhaitons continuer à nous améliorer ! Et également à mieux maîtriser le suivi de notre démarche et la transmission des bonnes pratiques à tous nos collaborateurs. Une réflexion sur l’archivage des documents est ainsi en cours, afin de réduire les impressions au strict nécessaire et de favoriser le travail avec le moins de papier dans le futur.

Pourquoi, à votre avis, les autres PME devraient aussi s’engager pour le développement durable?

Il s’agit d’une question de conscience et d’engagement. Il faut d’abord mettre en place de petites actions, car chaque geste compte, et s’engager petit à petit dans une démarche de durabilité.

L’engagement des entreprises : une nécessité

Les entreprises non seulement peuvent, mais doivent faire partie de la solution en matière de transition énergétique et plus largement en matière de transition écologique et sociale. Le témoignage de l’entreprise GÉO SOLUTIONS nous montre que cela est possible et que cela vaut la peine de saisir les opportunités de changement pour concrétiser une société durable.

 

Juliette Lerch

Rédactrice