Programme entreprises

Les programmes d’encouragement à l’efficacité énergétique

En Suisse en 2016, la consommation des entreprises représentait presque 35% de la consommation totale d’énergie, répartie presque équitablement entre les industries et les services. En comparaison, la part des ménages s’élève à un peu plus de 28% (OFS/OFEN).

 

L’énergie, sous ses multiples formes, représente donc une part importante du quotidien de nombreuses entreprises. Néanmoins, celle-ci n’est pas toujours utilisée de manière optimale et d’importants gaspillages sont parfois constatés. Pour cette raison, la Confédération et les Cantons ont fait figurer dans leurs différentes législations en bonne place l’efficacité énergétique.

 

Qu’est-ce que l’efficacité, ou efficience, énergétique ?

Il s’agit d’une démarche visant à minimiser l’énergie consommée pour accomplir une tâche sans en affecter le résultat. Pour une entreprise, cela revient à réduire sa consommation d’énergie, et donc ses coûts, sans perturber son activité ou réduire sa production. Il s’agit donc clairement d’une opération pouvant s’avérer rentable sur le long terme. Néanmoins, les entreprises ne sont pas toujours bien armées pour identifier et évaluer les potentiels d’économies d’énergie. De plus, dans certains cas, ces économies ne peuvent être réalisées qu’au travers d’investissements parfois conséquents.

 

Pour ces différentes raisons, des mesures d’encouragement à l’efficacité énergétique ont été lancées par la Confédération et les cantons. Celles-ci visent à aider les entreprises dans leurs démarches d’économies d’énergie en subventionnant les investissements nécessaires et en finançant les prestations préalables d’analyses et de conseils. Parmi ces mesures, on peut notamment citer ProKilowatt, qui regroupe différents programmes liés au secteur de l’électricité. Ces programmes proposent des subventions dont les montants sont directement liés aux économies d’énergies réalisées. Plus la mesure d’économie est efficace, plus elle sera subventionnée.

 

Comme mentionné précédemment, il existe un grand nombre de programmes de subventions regroupés sous l’étiquette ProKilowatt. Chacun de ces programmes concerne un type de consommateur électrique bien précis. Parmi ceux-ci, on peut citer OTIC, dédié aux transformateurs et aux liaisons câblées, OptiSpital dédié aux machines médicales ou encore SPEED qui concerne les différents entraînements électriques. La liste complète des programmes ProKilowatt peut être consultée ici. Pour chacun des programmes, une courte description ainsi que l’adresse d’une personne de contact sont données. Mais les programmes ProKilowatt ne sont pas les seuls à encourager l’efficacité énergétique. Des cantons, des communes ainsi que des fournisseurs d’énergie proposent également des solutions. Le site energie-experten.ch permet de rechercher, à l’aide du numéro postal du projet considéré, les différentes possibilités de subventions.

Cependant, il n’est pas toujours facile pour les entreprises de cibler le programme de subventions le plus adapté à leur situation. La réalisation d’un audit énergétique permet généralement de mieux identifier les secteurs de l’entreprise présentant les plus grands potentiels d’économies. Ces prestations sont proposées par de nombreuses entreprises actives dans le domaine. Prendre contact avec l’une d’entre elles peut s’avérer être le premier pas vers des économies énergétiques et financières.

 

Christian Rod

Expert indépendant

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Récupérer la chaleur produite par des machines pour chauffer ses locaux ?

Fours, frigos, climatisations, serveurs informatiques ou encore machines de production : nombreuses sont les installations produisant des grandes quantités de chaleur, généralement perdue. Or, il existe aujourd’hui des solutions permettant de récupérer cette chaleur résiduelle pour lui donner une seconde vie.

 

Le potentiel de la récupération de chaleur est énorme et touche de nombreux secteurs : l’agroalimentaire, l’imprimerie, la chimie, l’industrie pharmaceutique, l’informatique, la métallurgie et bien d’autres.

Particulièrement représentative, la boulangerie démontre bien ce phénomène. En effet, l’allumage des fours vers 5h du matin engendre un appel de puissance et un dégagement de chaleur considérables. Dès lors, si cette chaleur pouvait être récupérée et canalisée, il serait alors possible de l’exploiter à de nouvelles fins.

 

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Un exemple mis en œuvre chez l’artisan confiseur Christian Boillat, dont le système de récupération capitalise sur la chaleur issue des fours lancés à pleine puissance le matin pour chauffer ensuite les locaux administratifs adjacents à l’atelier de création. Un système écologique, mais également très rentable si l’on tient compte que le chauffage représente une part importante des frais d’une entreprise.

 

Les chauffages à distance

Démonstration parfaite de l’intérêt de cette nouvelle tendance, les chauffages à distance récupèrent la chaleur – ou le froid – produite à un endroit pour en alimenter un autre situé à proximité. Cette chaleur est récupérée, puis transportée via des conduites souterraines grâce à des liquides « caloporteurs » qui permettent de maintenir la température extraite le temps de cet échange.

L’exemple de la STEP de Morges est, à ce titre, très démonstratif du potentiel de récupération d’une énergie « latente ». L’installation exploite la chaleur générée par le traitement des eaux usées de la ville pour chauffer le siège de Romande Energie ainsi que tout le quartier des Résidences du Lac, soit plus de 50 appartements, des surfaces administratives et près de 840m2 d’arcades commerciales.

 

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Techniquement, les eaux traitées sont d’abord prélevées à l’exutoire de la STEP pour être acheminées vers un échangeur. La température de ces eaux (20°C en été et 10°C en hiver) est transférée dans le réseau de chauffage à distance jusqu’aux bâtiments raccordés, sur une distance d’un kilomètre. Équipés d’une pompe à chaleur, ces bâtiments profitent ainsi d’une énergie de qualité issue d’une source à la fois renouvelable et locale.

 

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Le projet de la STEP de Morges consiste à valoriser les rejets thermiques de la STEP afin de produire de la chaleur et du froid de confort pour alimenter des bâtiments voisins.

 

La production annuelle de 1.4 GWh de chaleur, de 0.4 GWh de froid et les 334 tonnes de CO2 économisées chaque année sont autant d’énergies qui auraient été perdues sans cet ingénieux système de récupération et de valorisation.

 

Un bénéfice écologique et économique

La récupération de chaleur s’inscrit dans une logique d’économie circulaire, soit la volonté de limiter les circuits en utilisant au mieux l’ensemble des ressources à disposition. Un système de valorisation des déchets donc, qui témoigne d’une démarche écologique ET économique.

Réfrigérateurs, climatiseurs, moteurs, systèmes d’éclairage, centrales thermiques, fumées d’usine, incinérateurs, serveurs de données : les sources d’énergie pouvant être récupérées sont nombreuses et démontrent que toute entreprise ou commune trouvera un domaine d’application exploitable.

Et bien que l’objectif « 0 perte » ne soit pas encore atteignable, les systèmes de récupération ont largement démontré leurs avantages. Fin du gaspillage et des pertes, recyclage, efficience énergétique, utilisation d’une énergie hyper locale et renouvelable, et enfin réduction des gaz à effets de serre.

Sobriété numérique

La sobriété numérique au service de l’efficience énergétique

Le numérique s’impose aujourd’hui comme un élément central de nos vies, avec la promesse d’une communication instantanée, d’une amélioration des échanges et d’un partage d’informations facilité. Les organisations n’y échappent pas, loin de là, et l’utilisation des emails, de serveurs partagés, le e-marketing ou encore le commerce en ligne, sont autant de déclinaisons du numérique qui sont souvent vues comme une réponse aux enjeux climatiques et environnementaux. De prime abord en effet, le numérique dématérialise les flux physiques et rend les organisations plus agiles en réduisant les déplacements ou l’usage de ressources telles que le papier.

Les impacts du numérique

Les impacts du numérique sont toutefois bien réels. Aujourd’hui, ce secteur représente 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (soit l’équivalent de celles de l’Inde). Et la consommation énergétique du numérique augmente de 9 % chaque année ! Ces technologies de l’information et de la communication n’ont donc rien d’immatériel. Il y a tout d’abord les équipements (ordinateurs, tablettes, smartphones, etc.) qui représentent en quelque sorte la face visible du numérique. Mais pour échanger un email par exemple, il faut également des infrastructures réseaux (câbles terrestres et sous-marins, antennes de réseaux mobiles, fibre optique, etc.) et il faut compter avec les centres de données dans lesquels sont abrités des milliers de serveurs où sont stockées et traitées nos données.

En Suisse, les centres de données absorbaient en 2015 à eux seuls près de 3 % de la consommation totale d’électricité. Cette consommation se situerait aujourd’hui autour des 7 % à 8 %, soit autant que la consommation électrique du Canton de Vaud (4’565 GWh en 2018). Elle pourrait même atteindre 50 % en Suisse d’ici à 2035 si aucune mesure n’est prise rapidement, selon Monica Gille, directrice de Hewlett Packard Enterprise pour la Suisse romande. Outre l’énergie nécessaire au fonctionnement de ces équipements et infrastructures, il faut également prendre en compte un impact environnemental important lié à leur production (extraction minière des matières premières, processus industriels, notamment) et leur élimination.

On estime que chaque email stocké pendant un an émet en moyenne 10 grammes de CO2. Mais pour peu que l’on y ajoute des pièces jointes, ou que l’on augmente le nombre de destinataires, ce chiffre peut vite grimper (275 grammes de CO2 pour un e-mail de 1 Mo selon l’ADEME, Agence française de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). Quand on sait que ce sont environ 240 millions d’emails qui sont échangés chaque minute à travers le monde, on prend rapidement la mesure de l’enjeu. En une heure, c’est l’équivalent de 4000 vols Paris New-York que l’on émet en CO2.

Il ne s’agit là toutefois que de broutilles par rapport aux contenus vidéos qui représentent aujourd’hui 80 % des flux mondiaux de données selon Cisco. Pas étonnant, puisque la vidéo est omniprésente, que cela soit sur les réseaux sociaux ou via les plateformes comme YouTube ou Netflix. De plus, pour maximiser la diffusion de ces contenus, les plateformes de diffusion rivalisent d’ingéniosité et développent des techniques de design addictif, comme l’autoplay, qui lance le contenu vidéo sans même que l’on en fasse la demande, les vidéos incrustées ou les mécanismes de recommandations et de notifications. En 2018, le visionnage de vidéos en ligne représentait ainsi une empreinte carbone comparable aux émissions annuelles de l’Espagne (env. 1% des émissions mondiales de CO2).

Il est donc aujourd’hui plus qu’urgent de repenser notre rapport au numérique, alors que se développe l’Internet des objets et que la 5G se déploie en Suisse, une technologie qui promet d’augmenter considérablement les échanges de données.

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Toute la question est de savoir comment les technologies de l’information et de la communication sont utilisées. S’agit-il de faciliter le télétravail et d’éviter ainsi des déplacements en voiture ou bien plutôt d’en profiter pour regarder une vidéo en ultra haute définition en streaming sur son smartphone pendant la pause de midi… Selon le scénario, l’utilisation du numérique peut autant être bénéfique que très mauvaise pour l’environnement.

Comment agir ?

Pour tendre à plus de « sobriété numérique », les entreprises sont invitées à participer activement à la réduction du poids environnemental des technologies de l’information et de la communication. Cela commence bien sûr par une prise de conscience sur l’étendue des outils numériques qu’une organisation utilise ou développe pour ses activités. The Shift Project, laboratoire d’idées français qui œuvre en faveur d’une économie post-carbone, propose une méthodologie à mettre en place pour accélérer la mesure et la réduction de l’empreinte environnementale du numérique au sein d’une organisation.

Et sinon, par où commencer, là tout de suite ?

Peut-être tout simplement par trier ses emails ! Voici ci-dessous quelques bonnes pratiques à adopter sans délai pour réduire son impact environnemental lié au numérique :

  • Prendre conscience de la consommation électrique et des émissions de gaz à effet de serre (GES) associées à sa navigation Internet en installant l’extension de navigateur Carbonalyser ;
  • Garder ses équipements (ordinateurs, tablettes, téléphones) le plus longtemps possible et les faire réparer ou acheter des équipements d’occasion, par exemple via la Coopérative itopie basée à Genève ou La Bonne Combine à Lausanne ;
  • Nettoyer régulièrement sa boîte email en supprimant ou en archivant localement (sur son ordinateur) les messages après les avoir lus et en se désabonnant des newsletters que l’on ne lit pas régulièrement (l’application Cleanfox permet de repérer et de se désinscrire facilement de toutes les newsletters inutiles) ;
  • Stocker ses données sur son ordinateur ou un disque dur externe plutôt qu’en ligne. Si le stockage en ligne s’impose, veiller à choisir un hébergeur « écologique » comme Infomaniak, qui utilise 100 % d’électricité renouvelable et qui refroidit ses centres de données sans climatisation.
  • Opter pour un moteur de recherche comme Ecosia ou Lilo dont les revenus publicitaires liés aux recherches Internet servent à financer des projets sociaux et environnementaux ;
  • Sélectionner les destinataires de ses emails (éviter de mettre en copie ou de répondre à dix personnes non concernées), et éviter les pièces jointes inutiles ;
  • Diminuer sa consommation de vidéos en ligne en sélectionnant d’avantage ce que l’on regarde et choisir la résolution la plus faible qui permette de profiter du contenu ;
  • Taper directement l’adresse Internet souhaitée dans le navigateur plutôt qu’utiliser un moteur de recherche.

Viser la sobriété numérique, c’est prioriser les usages, c’est se libérer du superflu et c’est retrouver du temps et de l’espace pour se concentrer sur l’essentiel. Mais surtout, ce n’est pas sorcier. Alors on s’y met ?

 

Hervé Henchoz

Rédacteur

Sport et entreprises, pourquoi ne développerions-nous pas des infrastructures qui allient activité physique, production d’énergie et sensibilisation ?

Les acteurs de la promotion de la santé sont unanimes : pratiquer une activité physique 2h30 par semaine a un impact très favorable sur la santé. Cette pratique améliore l’espérance de vie, le sommeil, le bien-être psychique, la productivité et la qualité de vie. Elle réduit le stress, les maladies cardiovasculaires, le diabète de type 2, le cancer du côlon, le cancer du sein, la dépression et le taux d’absentéisme des salariés. Les entreprises qui le peuvent ont donc tout intérêt à proposer des infrastructures sportives au sein de leurs locaux. Mais là n’est pas notre propos.

 

Des infrastructures sportives qui produisent de l’énergie

Imaginez que 100 employés d’une entreprise suivent ces recommandations et pratiquent 2h30 de sport chaque semaine sur des vélos d’intérieur ou dans le fitness de leur entreprise. Imaginez aussi que les infrastructures permettent de produire de l’énergie destinée aux besoins de l’entreprise. Selon nos calculs, ces 100 employés produiraient ainsi l’énergie nécessaire à une utilisation quotidienne du quart de leurs ordinateurs, soit 25 laptops. Nos calculs sont les suivants : en faisant l’hypothèse qu’une personne sans entraînement particulier produirait 200W pendant les 2.5 heures de sport hebdomadaire (soit 500 Wh sans perte), 100 personnes produiraient donc 50 kWh par semaine, soit 10 kWh par jour ouvrable en moyenne. Un laptop moyen consommant 50 W pendant huit heures (soit 400 Wh), les 10 kWh générés couvriraient la consommation quotidienne de 25 laptops.

Ça peut paraître dérisoire, mais c’est déjà quelque chose. Et ça apporte d’autres avantages.

 

 

3 projets existants qui pourraient être adaptés aux entreprises

1. Une entreprise belge permet à des milliers de personnes de pédaler pour recharger leur téléphone portable

Lancée il y a près de 10 ans, l’entreprise WeWatt a créé plusieurs prototypes de vélos fixes et design qui produisent l’énergie nécessaire à remplir complètement la petit « icône batterie » de son téléphone portable. Le projet est un succès : aujourd’hui, plus de 1’000 vélos sont placés dans des centaines de gares, aéroports, écoles, espaces publics et autres endroits insolites partout dans le monde. Plus d’un million de Wh ont été produits à ce jour grâce à ces vélos nouvelle génération. WeWatt réfléchit à utiliser encore mieux ce produit pour sensibiliser ses utilisateurs aux questions énergétiques. C’est dans ce même but de sensibilisation que Romande Energie met à disposition des vélos WeWatt aux festivaliers du Paléo Festival Nyon depuis 2018. Résultats : une file d’attente de gens prêts à patienter pour pédaler et recharger leur portable et une opportunité d’en faire des cyclistes curieux et intéressés aux enjeux énergétiques.

 

 

2. Une salle de fitness londonienne produit une partie de l’énergie dont elle a besoin grâce aux mouvements de ses utilisateurs

Ouverte en 2017, la salle Terra Halevous propose à ses utilisateurs de compter à la fois les calories brûlées et l’énergie qu’ils sont en train de produire et qui alimente en électricité l’éclairage et l’eau chaude de la salle de sport.

3. Des pistes de danse hollandaises permettent à leurs utilisateurs de produire de l’électricité

La piste de danse « The Dancer » a été développée en 2008 pour que les clubbers du « Club Watt » puissent transformer leurs mouvements en électricité. Depuis, les nombreuses pistes créées, fixes ou temporaires, ont fait danser 1 million de danseurs-producteurs qui ont pu voir instantanément la quantité d’énergie générée par leurs pas de danse.

Imaginons une entreprise où les chaises de bureau seraient convertibles en vélos sur lesquels nous pourrions pédaler entre deux séances. Une entreprise où les marches d’escaliers deviendraient un véritable « energy floor ». Une entreprise mettant à disposition des balançoires dans les lieux de pause. Et que toutes ces infrastructures produisent de l’énergie générée par nos mouvements. Imaginons maintenant que l’énergie produite par chacun soit visible de tous. Lequel d’entre nous sera le premier à se lancer dans l’aventure ?

 

Hélène Monod

Rédactrice