mobilité douce

Les urbanistes sont essentiels pour promouvoir la marche et le vélo

En Suisse, la mobilité est le secteur le plus émetteur de gaz à effet de serre. En moyenne, les Suisses parcourent 37 kilomètres par jour, dont les 2/3 se font en voiture. 38% de l’énergie finale consommée en Suisse est imputable au trafic, qui occasionne près d’un tiers des émissions totales de CO2 dans le pays. Pour réduire la mobilité motorisée et promouvoir la mobilité active, de nombreuses actions de sensibilisation et d’incitation sont déployées, et elles sont importantes. Mais le levier essentiel se trouve entre les mains des urbanistes : construire des villes accueillantes pour les piétons et les cyclistes.

Toujours plus de voitures, de piétons ou de cyclistes ? Qui décide ?

L’expérience montre aujourd’hui que plus nous donnons de place aux voitures, plus il y en aura. Et c’est la même chose pour les cyclistes et les piétons ! Ainsi, favoriser un type de mobilité est une question de choix (politiques), et de compétences (urbanistiques). Offrir plus de place aux cyclistes et aux piétons réduit l’utilisation d’énergie et l’émission de CO2 liés aux déplacements, tout en améliorant la santé des citoyens. A contrario, offrir plus d’espace aux voitures engendre une augmentation du trafic motorisé, une plus grande utilisation de l’espace public, une augmentation de la pollution de l’air et des embouteillages, etc. Comme le démontre l’exemple de la plus grande autoroute du monde, la « Katy Freeway », qui sert de contournement à la ville de Huston, le choix politique de l’agrandir jusqu’à 26 voies pour venir à bout des bouchons la rend finalement … encore plus saturée qu’avant son agrandissement. Donner plus d’espace aux voitures pour réduire les embouteillages n’est donc pas la solution.

La mobilité active : une réponse efficiente

Il s’agit ainsi d’inverser la tendance et de redonner la place à une mobilité active, c’est-à-dire une mobilité où l’humain fournit l’effort pour se déplacer. Troquer sa voiture contre des baskets, une trottinette ou un vélo est un choix individuel largement favorisé par un espace public adapté à cette mobilité non motorisée.

Diminution du temps de déplacement

Les statistiques fédérales révèlent que 50% des déplacements motorisés effectués dans notre pays portent sur des distances inférieures à 5 kilomètres. La vitesse moyenne d’une voiture en ville oscille entre 21 km/h et 12km/h aux heures de pointe. Un cycliste roule lui à 15 km/h. En dessous de 5 km, le trajet à vélo en agglomération est ainsi le plus rapide. La mobilité active devient ainsi une réelle alternative.

Réduction de CO2 et économies d’énergie fossile

Nous consommons dans le monde plus de 15 milliards de litres de pétrole chaque jour, dont plus de la moitié est brûlé dans les moteurs des véhicules : voitures, camions, bateaux, trains et avions.

Economies d’espace

L’espace public disponible en milieu urbain est occupé à près de 90% par l’automobile. Pour le même espace, il est possible de faire circuler 4,5 fois plus de personnes en transport en commun (bus) par rapport à l’automobile, 7 fois plus de personnes à vélo.

Meilleure santé

Le manque d’activité physique touche plus de 65% des adultes et plus de 80% des adolescents d’après une étude publiée en 2019 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), impliquant une quantité de pathologies associées à la sédentarité : problèmes cardiovasculaires, hypertension artérielle, perturbations du métabolisme des graisses, diabète, surpoids, cancers, troubles de l’humeur, dépression, etc. Mais il suffit à une personne de pratiquer quelques heures d’activité par semaine pour observer une amélioration tangible de sa santé : pratiquer la marche ou le vélo pour ses déplacements améliore ainsi la santé des marcheurs ou cyclistes.

« Les urbanistes ont à nouveau des humains pour clients »

Comme le dit Jan Gehl, urbaniste et designer danois, l’humain et ses caractéristiques doivent à nouveau être au centre des préoccupations des urbanistes. « Le client de l’urbaniste et de l’architecte : un être humain qui marche en ligne droite, vers l’avant et dans un plan horizontal à 5 km/h ». Et non plus un amas de tôle, qui roule en ligne droite, vers l’avant sur un plan horizontal, pouvant aller jusqu’à 130 km/h. Remettre l’humain au cœur des espaces publics doit donc être la base de la réflexion des urbanistes d’aujourd’hui. Pour cela, il faut lui redonner de la place, et une place de qualité.

Nous sommes tous parfois automobiliste, parfois cycliste, parfois piéton. Réfléchissons donc à ce qui fait que nous pratiquons ou non une mobilité active, aux endroits où nous aimons nous déplacer et à leurs caractéristiques. Est-ce le fait qu’il y ait des espaces généreux dédiés à nos déplacements, qu’ils soient sécurisés et loin de la circulation, qu’ils soient bien connectés, que les paysages urbains qui les composent soient diversifiés, qu’il y ait de l’activité et de l’animation, qu’il y ait des espaces ombragés et végétalisés, que les rez-de-chaussée soient vivants, etc. ?

Dans son ouvrage « Pour des villes à échelle humaine », Jan Gehl donne de nombreux conseils pour y parvenir, basés sur ses années d’expérience partout dans le monde. Ces derniers se centrent toujours sur le même principe : quels sont les caractéristiques et besoins d’un humain en termes de déplacements dans l’espace public ? Pour lui, l’être humain est fait pour marcher. « Une bonne ville est une ville construite autour du corps humain et de ses sens ». Et les espaces développés pour le gain de temps et l’optimisation de la voiture n’offrent guère de distraction ni de sécurité pour le piéton.

Copenhague : un exemple à suivre

Bien que Copenhague soit aujourd’hui un modèle en termes de mobilité active, ça n’a pas toujours été le cas. Pour répondre à des problèmes de trafic motorisé, la ville a commencé dans les années 1960 à éliminer annuellement 2 à 3% des emplacements de parking en ville et à développer parallèlement un réseau de transports en commun efficace et agréable, à améliorer son réseau de pistes cyclables et à connecter tous les quartiers de la ville pour les piétons. Son objectif initial ? Rendre le vélo plus rapide que la voiture pour les déplacements urbains. C’est d’ailleurs la principale raison donnée par les cyclistes de la ville : ça va plus vite ! Copenhague n’a donc pas toujours été exemplaire… mais elle a quelques dizaines d’années d’avance sur les villes qui s’y mettent seulement aujourd’hui. De quoi s’inspirer, donc.

Quelques chiffres parlants

  • 400 kilomètres de pistes cyclables empruntées tous les jours par plus d’1/3 des habitants ;
  • Le nombre de vélos présents sur les routes du centre-ville a dépassé le nombre de voitures en 2016 ;
  • Seuls 40% des Danois possèdent une voiture, alors que 90% possèdent un vélo ;
  • 35% de la population se rend quotidiennement à vélo au travail.

Quelques principes d’aménagements

  • Mis à part sur les zones 30km/h où voitures et cyclistes partagent le même espace, les pistes cyclables sont toujours distinctes ;
  • Le long des artères limitées à 60 km/h, les pistes cyclables, unidirectionnelles, sont séparées de la circulation ;
  • Quand la vitesse autorisée est supérieure à 60km/h, les itinéraires cyclables empruntent un parcours entièrement distinct de celui des voitures. Ces pistes sont larges : deux cyclistes peuvent discuter en roulant, tout en se faisant dépasser par un troisième ;
  • Aux grandes intersections, les feux des voitures et des vélos sont décalés, permettant aux vélos de partir plus tôt ;
  • Sur certains axes, les feux de signalisation sont synchronisés sur la vitesse des deux-roues et un cycliste peut parcourir plusieurs kilomètres en enchaînant tous les feux verts.

Une autoroute à vélo

Afin de promouvoir la pratique du vélo pour les pendulaires des communes proches de Copenhague, 23 municipalités ont collaboré en construisant de nouvelles « autoroutes à vélos » qui totaliseront prochainement 750 km. Ces « autoroutes » sont très larges et éloignées des axes routiers, et traversent souvent des forêts. On peut ainsi rouler pendant des kilomètres sans y croiser une seule voiture. Ces aménagements permettent un réel transfert modal : 1/4 de leurs usagers, qui parcourent pour certains plus de 30 km par jour, utilisaient auparavant la voiture.

Evaluer la marchabilité d’une ville, un concept d’avenir

Une étude menée par l’association actif-trafiC, Mobilité piétonne Suisse et Hochschule für Technik Rapperswil « Marchabilité et santé – comparaison entre 16 villes suisses » montre que l’intérêt pour le piéton grandit. Parmi les éléments issus de cette étude, voici quelques recommandations : proposer des infrastructures séparées pour la mobilité piétonne et cycliste ; offrir davantage d’espace pour la mobilité piétonne ; imposer des temps d’attente moins longs pour traverser ; modérer le trafic automobile et réaliser plus de zones de rencontre ; mieux doter les services de mobilité piétonne.

Donner envie de pratiquer une mobilité active

Se déplacer quotidiennement en marchant, à vélo, en trottinette, etc. est un choix individuel, certes. Mais ce choix est d’autant plus facile si les itinéraires proposés sont sécurisés, agréables et rapides. Et pour cela, les choix de nos dirigeants et des urbanistes sont essentiels. Créer des espaces publics à taille humaine et pensés selon cette échelle est une priorité autant pour notre climat que pour notre santé.

Hélène Monod

Rédactrice

stratégie bas carbone

Stratégie bas carbone : ou comment contribuer à la trajectoire de la neutralité carbone à l’échelle mondiale

Depuis quelques années, et en particulier depuis la COP21 et l’adoption de l’Accord de Paris en 2015, accord visant à limiter le réchauffement climatique bien en dessous de 2°C à l’échelle mondiale, de nombreux acteurs privés s’engagent dans une démarche de « neutralité carbone » et ont annoncé vouloir atteindre le « net zéro » en 2050, 2040 ou 2030 déjà. Si la notion de « neutralité carbone » ou de « net zéro » n’est en réalité applicable qu’à l’échelle planétaire, ces engagements des acteurs privés sont essentiels et toute entreprise devrait, à son échelle, contribuer à l’atteinte d’une société bas carbone en activant deux leviers, celui de la réduction des émissions et celui de l’augmentation des puits de carbone, tant à l’interne qu’à l’externe de l’organisation.

La « neutralité carbone » c’est quoi ?

Lorsqu’il est question de lutte contre les changements climatiques, on parle bien entendu de réduire les émissions de gaz à effets de serre (GES), l’augmentation des températures mondiales depuis le début de l’ère industrielle étant directement liée à l’augmentation des émissions de GES d’origine anthropique, à savoir liées aux activités humaines. Atteindre la neutralité carbone ne signifie toutefois pas réduire les émissions de CO2 à zéro, mais bien d’atteindre l’équilibre entre les émissions de CO2 anthropiques et leur absorption de l’atmosphère grâce à des puits de carbone. Le terme puits de carbone est utilisé pour désigner les réservoirs naturels ou artificiels qui absorbent le carbone présent dans l’air, soit en les détruisant par des procédés chimiques, soit en les stockant sous une autre forme. Les puits de carbone constituent un outil essentiel dans la lutte contre le réchauffement climatique, car ils permettent de capter et de stocker une partie importante du dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère. Toutefois, à l’heure actuelle seule la moitié des émissions mondiales de CO2 liées aux activités humaines sont absorbées par les puits de carbone que sont les océans et les écosystèmes continentaux (sols et croissance de la végétation).

Pour respecter l’objectif des 2°C de l’Accord de Paris, nous devons atteindre cette neutralité carbone avant 2050, en retirant chaque année autant de CO2 que l’on en émet afin d’arrêter l’accumulation de CO2 dans l’atmosphère. Pour y parvenir, nous devons agir sur deux grands leviers, d’une part la réduction des émissions de CO2 et d’autre part l’augmentation des puits de carbone.

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Les entreprises passent à l’action

Alors que les États mettent en place des stratégies climatiques plus ou moins ambitieuses afin de respecter les engagements pris au niveau international, les acteurs privés sont eux aussi invités à participer à l’effort collectif pour tendre vers une société bas carbone.

Une telle stratégie à l’échelle d’une entreprise a plusieurs vertus : cela permet tout d’abord de gagner en résilience pour le futur. Cela permet également d’anticiper le risque carbone (coût du CO2), de répondre aux attentes des clients et des investisseurs ou encore de promouvoir son engagement auprès des parties prenantes. Enfin, cela permet de répondre aux ambitions nationales sur le climat.

Il a ainsi été démontré depuis les années 2000 qu’une entreprise qui s’engage avec sérieux sur la question environnementale bénéficie d’une meilleure image, d’une plus grande réputation et d’une motivation supérieure des employés, gagnant ainsi en productivité. C’est une des raisons qui rendent l’adoption d’une stratégie bas carbone immédiatement attractive pour l’entreprise. Mais alors comment s’y prendre ?

De la compensation à la contribution

La stratégie dominante à ce jour s’articule autour d’un processus en trois étapes : 1. mesurer, 2. réduire, 3. compenser. Cette approche consiste à viser la « neutralité carbone » à une échelle individuelle (« mes émissions résiduelles sont entièrement compensées par l’achat de certificats, je suis donc neutre en CO2 ») et nous fait croire en la possibilité d’une « annulation » du problème climatique à peu de frais (achat d’un droit de polluer). Toutefois, cette approche n’encourage que moyennement à agir concrètement sur les émissions induites par l’activité de l’entreprise et donc à réduire les émissions à la source.

Plusieurs critiques sont également émises concernant le mécanisme de compensation dont la finalité est la protection du climat par le financement de projets permettant d’éviter certaines émissions de gaz à effet de serre. Il est en effet souvent difficile de distinguer les projets permettant d’éviter des émissions (installation de fours solaires en Inde pour remplacer des sources fossiles), et les projets qui permettent de retirer des émissions de l’atmosphère (plantation d’arbres). Il est également souvent difficile de vérifier si les projets de réduction n’auraient vraiment pas vu le jour sans l’apport financier des crédits carbone. Par ailleurs, puisque les émissions anthropiques dépassent largement la quantité de compensation disponible à l’échelle mondiale, ce concept n’est pas universalisable et ne peut donc être considéré comme une solution viable à large échelle. Au final, on peut au mieux espérer que ce mécanisme permette de ralentir le rythme de croissance des émissions de GES, mais en aucun cas qu’il permette d’atteindre la neutralité carbone.

Plutôt que de chercher à être une entreprise « neutre en CO2 », en compensant les émissions qui ne peuvent pas être supprimées au sein même de l’activité de l’entreprise, les acteurs privés peuvent voir plus loin et « contribuer à la neutralité carbone au niveau mondial », sans supprimer entièrement la compensation, mais en agissant plus largement sur les deux grands leviers que sont la réduction des émissions et l’augmentation des puits de carbone, ceci tant à l’interne qu’à l’externe de l’entreprise.

Pour contribuer à la baisse globale d’émissions, une entreprise doit ainsi :

1. Réduire ses propres émissions directes et indirectes. Ce pilier incite l’organisation à évaluer et piloter la réduction de ses émissions absolues de GES directes et indirectes au cours du temps.
2. Réduire les émissions des autres. Ce pilier incite l’organisation à évaluer et augmenter ses contributions à la décarbonisation de la société dans son ensemble, soit :

  • sous l’effet des produits et services qu’elle vend qui viennent se substituer à un usage plus carboné chez les clients finaux (vente d’appareils à haute efficacité énergétique, vente d’un service plutôt qu’un bien, etc.),
  • soit sous l’effet de financement de projets de réduction d’émissions hors de sa chaîne de valeur (achats de réductions d’émissions certifiées – compensation, prise de participation directe dans des projets, contrats d’énergie bas carbone sous certaines conditions, etc.)

Pour contribuer à l’augmentation des absorptions mondiales, elle doit :

3. Augmenter les puits de carbone. Ce pilier incite l’organisation à évaluer et augmenter sa contribution à l’augmentation des puits de carbone naturels et technologiques mondiaux, soit :

  • dans sa chaîne de valeur, en développant ses propres puits de carbone (absorptions directes) ou ceux en amont (dans la supply chain) et en aval (au sein des clients ou utilisateurs finaux) ;
  • hors de sa chaîne de valeur, grâce au financement de projets de séquestration (achats de séquestrations carbone certifiées, prise de participation directe dans des projets, etc.).

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Déclinaison de l’action mondiale de neutralité carbone à l’échelle de l’entreprise selon la Net Zéro Initiative

Déroulement d’une stratégie bas carbone

Mesurer ses émissions

Comme dans le processus axé sur la compensation, on commence ici par mesurer ses émissions. Il s’agit de réaliser un bilan carbone sur la base du périmètre d’analyse le plus pertinent au regard de l’activité concernée : en tenant compte non seulement des émissions directes, mais également indirectes (scope 1, 2 et 3). Ceci permet de trouver des réponses aux questions suivantes :

  • Quels sont mes postes d’émissions de GES les plus impactants ?
  • Comment évoluent-ils ?
  • Quels sont les nouveaux risques et opportunités associés (réglementaire, économique, concurrentiel, interne, etc.) ?
  • Comment se positionne l’empreinte carbone de mon activité (via mes produits et services) par rapport à celles d’autres acteurs de mon secteur d’activité ?

Se fixer des objectifs

Une fois le diagnostic établi, il s’agit de se fixer des objectifs compatibles avec l’objectif mondial de neutralité carbone à l’horizon 2050 (science-based targets), à la fois ambitieux et réalistes, et à différents horizons temporels. Cette étape permet de répondre aux questions suivantes :

  • Quels sont mes leviers de réduction des émissions de GES ?
  • Quels sont leurs potentiels de réduction ?
  • Comment les hiérarchiser ?
  • Comment définir mes objectifs pour être cohérent avec l’objectif global 2°C ?
  • Quelles sont les trajectoires des émissions de GES de mon activité en fonction des scénarios envisagés ?
  • Quelle peut-être ma stratégie vis-à-vis de la compensation de mes émissions ?

Agir dans et hors de sa chaîne de valeur

La Stratégie bas carbone se décline ensuite au niveau opérationnel par un plan d’actions qui doit permettre de répondre aux questions suivantes :

  • Que dois-je changer dans mon activité quotidienne pour atteindre les objectifs de la stratégie établie ?
  • Quelles sont les actions prioritaires, à impact fort ou à effet d’entraînement important ?
  • Quels sont mes besoins matériels et financiers, mes besoins d’accompagnement pour monter en compétence sur ces nouveaux sujets ?
  • Quels sont les indicateurs de suivi de la performance, à quelle fréquence doit-on les suivre ? De quels outils de monitoring dois-je me doter ?

Vers une transformation de l’intérieur

De manière générale, on cherchera prioritairement à réduire les émissions directement liées à son activité, au sein même de sa chaîne de valeur, plutôt que d’agir en dehors de sa chaîne de valeur. On parle alors de compensation carbone intégrée ou insetting.

Les projets d’insetting permettent des réductions significatives des coûts et de l’empreinte carbone au cœur du processus de création de valeur des entreprises. L’approche vise donc une transformation du modèle d’affaire, seule à même de permettre l’avènement d’une société bas carbone.

En effet, en compensant annuellement ses émissions par l’achat de certificats, l’organisation ne réduit pas ses émissions propres et est vouée à poursuivre le système de compensation année après année. Impossible donc d’atteindre la neutralité carbone à l’échelle planétaire. Tandis que si l’organisation investit chaque année dans sa transformation (assainissement des bâtiments, remplacement des équipements, éco-conception des produits, nouveau système de distribution, etc., elle réduit petit à petit son impact climatique et contribue ainsi véritablement à atteindre la neutralité carbone au niveau mondial.

Vous souhaitez vous aussi contribuer à la trajectoire de neutralité carbone ? Rejoignez l’une des initiatives suivantes :

CEO for Climate
Net Zero 2030
Net Zero Initiative

 

Hervé Henchoz

Rédacteur

éclairage public

Éclairage public dynamique : la lumière là où il faut et quand il faut

La démocratisation de la technologie LED pour l’éclairage public a ouvert la voie aux systèmes de gestion de l’éclairage dits intelligents. Ces derniers permettent de réduire les consommations d’énergie jusqu’à 80%, mais aussi de rendre la nuit plus belle en limitant fortement la pollution lumineuse.

Des lampes à huile aux LED

En Suisse, les premiers réverbères sont installés dans les grandes villes à partir de 1750. D’abord des lampes à huile, puis au gaz, et ce sont finalement les lampadaires électriques qui s’imposent dans nos rues à partir de la fin du XIXe siècle. Mais quel chemin parcouru depuis les premières ampoules à filament ! Après les lampes à vapeur de mercure, les lampes à vapeur de sodium, les halogénures métalliques ou encore les lampes fluorescentes, ce sont aujourd’hui les LED, ou diodes électroluminescentes, qui ont la cote au vu de leur faible consommation en énergie, de leur durée de vie, de leur qualité d’éclairage et de leur grande flexibilité.

Les LED permettent une gradation du flux lumineux entre 0 % et 100 % ainsi que des enclenchements/déclenchements fréquents, ce qui permet d’adapter l’intensité lumineuse selon les besoins. Les luminaires LED peuvent également s’enclencher instantanément, quand il faut compter environ 4 minutes pour arriver à pleine puissance avec une lampe à décharge. Ainsi, la démocratisation de la technologie LED a permis de réduire la consommation d’énergie non seulement parce que le rendement du flux lumineux (lumen/watt) est meilleur qu’avec les anciennes technologies, mais également parce qu’elle a permis l’avènement de systèmes de gestion de l’éclairage dits intelligents.

Villeneuve, une commune 100% LED

En 2019, la Commune de Villeneuve a décidé d’assainir son éclairage public et de remplacer l’ensemble de ses points lumineux par des luminaires LED. Sur son parc de 869 points lumineux, 428 ont donc été remplacés par Romande Energie dans le courant de l’année 2020. Ce passage à la technologie LED devrait permettre à la commune d’économiser plus de 120’000 kWh par année, ce qui équivaut à la consommation électrique annuelle de 30 ménages.

De l’abaissement nocturne à l’éclairage dynamique

Le mode de fonctionnement de l’éclairage public influence très fortement la consommation d’énergie. Sans commande particulière, un lampadaire totalise environ 4’200 heures de fonctionnement par an à pleine charge. Pour réduire la consommation d’énergie et la pollution lumineuse, cela fait déjà plus d’une dizaine d’années que l’on parle de pilotage de l’éclairage et que l’on pratique l’abaissement de puissance afin de moduler le flux lumineux des lampes.

Jusqu’il y a peu, le pilotage de l’éclairage public se limitait à une gestion par des systèmes centralisés d’enclenchement et déclenchement des luminaires, fonctionnant grâce à des automates reliés à des horaires programmés, des cellules photoélectriques ou des horloges astronomiques. On pouvait donc soit tout simplement déclencher l’éclairage par exemple entre minuit et 5h du matin, ou réduire la puissance d’éclairage de 25% ou 50% une partie de la nuit ou en fonction de la charge théorique de trafic. Avec de tels systèmes, les économies d’énergie varient entre 30% et 50%.

Comme les LED s’enclenchent instantanément et permettent de varier immédiatement l’intensité de lumière, leur développement, couplé à l’utilisation de technologies de l’information et de communication, ainsi que le développement de l’Internet des objets ont permis l’émergence de l’éclairage dynamique.

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Extrait Guide Éclairage public efficient : recommandations aux autorités communales et aux exploitants de réseaux d’éclairage, topstreetlight.ch (2020)

L’éclairage dynamique modifie entièrement la façon d’éclairer nos rues, puisqu’il permet d’éclairer à la demande et selon les besoins. Mais comment cela fonctionne-t-il exactement ?

Dans le cas d’un éclairage dynamique, les lampadaires LED sont équipés de détecteurs de mouvement (capteurs infrarouges passifs ou radars par exemple). La puissance totale d’éclairage n’est alors utilisée qu’en présence d’un usager de la route (voiture, cycliste, piéton). Dans le cas contraire, l’intensité lumineuse est réduite entre 0 % et 20 %.

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Extrait Guide Éclairage public systèmes intelligents : recommandations aux autorités communales et aux exploitants de réseaux d’éclairage, topstreetlight.ch (2015)

Si le contrôle dynamique de l’éclairage public avec des détecteurs de mouvement permet jusqu’à 80% d’économie d’énergie, la mise en place d’un système d’éclairage dynamique nécessite tout de même une planification attentive et n’est pas adapté à toutes les situations. Sur une route à fort trafic par exemple, le risque est que la lumière s’allume et s’éteigne sans cesse.

On privilégiera donc plutôt ce type de pilotage pour des zones plutôt résidentielles, et l’on veillera aussi aux points suivants lors de la planification :

  • obstacles sur la route pouvant interférer avec le système de communication (murs, arbres, etc.) ;
  • sorties de garages ou chemins privés non détectés entre deux capteurs ;
  • zones de conflit, par exemple les intersections, les giratoires ou les passages piétons ;
  • interférences générées par les voies de chemin de fer, l’autoroute ou autres.

La durée d’un cycle d’allumage a aussi son importance. Les riverains peuvent être gênés par des enclenchements ou déclenchements trop rapides. Par conséquent, ces opérations doivent être effectuées en douceur. La durée d’éclairage à pleine intensité doit elle aussi être adaptée à la situation. Si la route n’est fréquentée que par des voitures, le temps d’allumage sera plus court (env. 30 secondes) que si elle est également fréquentée par des piétons (env. 180 secondes).

En Suisse, c’est la Ville d’Yverdon-les-Bains qui a été pionnière en matière d’éclairage dynamique. Après avoir travaillé sur le développement d’un concept d’éclairage dynamique en 2009, un premier secteur test a été installé en 2010 avec 10 lampadaires équipés de détecteurs de mouvements. Après une première extension à tout un quartier en 2012, le déploiement du système d’éclairage LED et dynamique se fait dans toute la ville à partir de 2014. Le concept et le matériel continuent d’évoluer en parallèle de l’extension de l’implantation. À terme, un équipement complet en éclairage LED et dynamique permettra à la Ville de diviser la puissance installée de l’éclairage public par deux et sa consommation d’énergie par quatre.

Des économies à la clé et la voie lactée en bonus

En Suisse, l’éclairage public consomme environ 410 millions de kWh d’électricité par an, soit 0,7% de la consommation totale d’électricité. Ce chiffre peut sembler bas, mais représente tout de même une dépense annuelle de 70 millions de francs. Or, comme évoqué plus haut, l’installation d’un éclairage LED et dynamique permet d’atteindre jusqu’à 80% d’économies d’énergie.

La mise en place d’un éclairage intelligent ne permet pas uniquement de réduire les consommations d’énergie et donc la facture d’électricité de la commune ; c’est également une source d’économies sur la maintenance du parc d’éclairage. Avec un système de télégestion, les pannes peuvent être automatiquement détectées. Les systèmes les plus avancés sont également capables de prévoir la durée de vie des luminaires et donc les maintenances préventives à mettre en œuvre. Cette anticipation et cette maîtrise des besoins permettent de réduire les coûts de maintenance, qui représentent près de la moitié des coûts de fonctionnement des parcs d’éclairage extérieur.

Afin de concrétiser la stratégie énergétique 2050, les collectivités publiques doivent se montrer exemplaires. L’assainissement de l’éclairage public et le passage à un éclairage intelligent représente ainsi un potentiel d’économies intéressant.

Projet pilote à Noville

Pionnière en matière d’éclairage public, la Commune de Noville a décidé en 2020 de réaliser un projet pilote dans le hameau de Crebelley, en collaboration avec Romande Energie. Les 24 points lumineux que comptent le hameau ont été remplacés par des luminaires neufs, et un système de télégestion et de détection a été installé. L’intensité de la luminosité est abaissée à 10% en tout temps, et augmente à 100% (voir moins selon l’heure) lorsqu’un véhicule, un cycliste ou un piéton est détecté. Cette solution permettra à la commune de réaliser des économies d’énergie de l’ordre de 80% !

Au-delà des économies d’énergie, la mise en place d’un éclairage dynamique permet de réduire de manière considérable la pollution lumineuse, à savoir les conséquences négatives de la lumière artificielle sur la faune, la flore, et les humains.

Qu’elle soit excessive ou mal utilisée, la lumière artificielle peut en effet être nocive pour de nombreuses espèces d’animaux (perturbation du vol des oiseaux migrateurs, désorientation des insectes, perturbation du sommeil, …). Or, entre 1994 et 2012, la pollution lumineuse a plus que doublé en Suisse ! Il est donc essentiel de réduire les émissions lumineuses indésirables et de rendre à la nuit ses étoiles et son mystère.

Alors en matière d’éclairage public, inspirons-nous du slogan d’Yverdon-les-Bains : « En sécurité : la lumière là où il le faut et quand il le faut ! ».

 

Hervé Henchoz

Rédacteur

coopérative

Le rôle innovant des coopératives d’habitation

Le monde des coopératives (considérées comme des maîtres d’ouvrage d’utilité publique) est vaste, riche et pionnier dans bien des domaines liés à l’habitation. En refusant la spéculation, le modèle permet des loyers abordables et, en impliquant les résidents, il vise une gestion démocratique. Les coopératives sont des microcosmes fondés autour de valeurs communes, où les décisions ont un impact direct sur la vie sociale, économique et écologique.

Être coopérateur, c’est avoir un statut à mi-chemin entre celui d’un propriétaire (de la coopérative) et celui d’un locataire (de son appartement). Une coopérative, qui peut réunir quelques appartements ou des milliers, favorise la solidarité, l’entraide et la participation. Et pour qui veut créer une telle structure, rien de plus simple : il suffit de réunir au minimum sept personnes, de rédiger des statuts, de tenir une assemblée constitutive et de l’inscrire au registre du commerce. Les membres doivent ensuite se rencontrer à intervalles réguliers lors d’assemblées.

Si le but premier d’une coopérative reste l’accès à des logements à loyers abordables, Patrick Clémençon, rédacteur en chef d’Habitation (revue de l’Association romande des maîtres d’ouvrage d’utilité publique – ARMOUP), relève toutefois qu’« il existe presque autant de coopératives que de buts fixés par les gens ». Car c’est bien là une des forces de l’approche : pouvoir façonner son lieu de vie selon ses sensibilités, ses besoins et ses envies. Et bien qu’encore minime, le nombre de coopératives augmente avec les défis actuels. « Elles représentent aujourd’hui 4,8% du parc immobilier suisse, explique-t-il. Mais avec la pénurie de logements et le manque de loyers abordables, leur nombre est en augmentation depuis quelques années. On sent également des préoccupations sociales et écologiques de plus en plus présentes. »

Les coopératives « écolos »

Un nombre croissant de coopératives attachent de l’importance aux problèmes écologiques et énergétiques et visent des constructions et des lieux de vie durables. En 2018, l’Office fédéral du logement a procédé à une évaluation statistique du standard énergétique des projets soutenus dans le cadre de l’aide au logement depuis 2004. Il a été constaté qu’un peu moins d’un dixième (9,5%) de tous les projets ont un label Minergie ou un autre label de durabilité. Pour les bâtiments neufs ayant bénéficié d’un prêt du fonds de roulement, cette proportion est bien plus élevée et se monte à 37%.

En matière d’exemplarité, Patrick Clémençon cite le projet Soubeyran (quartier de la Servette, Genève) des coopératives Luciole et Equilibre. Cette dernière demande à ses membres (24 logements et des locaux commerciaux) de renoncer à la voiture individuelle pour se tourner vers une offre d’autopartage développée pour le lieu. Outre cette spécificité de la coopérative Equilibre, les habitants et habitantes des deux coopératives ont poussé bien plus loin les réflexions écologiques : isolation de la façade avec des caissons préfabriqués remplis de bottes de paille (produite dans le canton de Genève), enduit en terre pour le revêtement intérieur, crépi à la chaux pour le revêtement extérieur, panneaux photovoltaïques en consommation directe, récupération de chaleur pour le chauffage et l’eau chaude.

« Une recherche a également été menée autour de la question de l’épuration des eaux usées, et plus particulièrement de la gestion des évacuations des toilettes, précise la coopérative Equilibre. Nous avons abouti à un système qui utilise très peu d’eau (4 l pour les fèces et 300 ml pour l’urine), permettant à un grand filtre biologique à lombricompostage d’épurer ces eaux noires. Celles-ci rejoignent ensuite les eaux grises (douches, cuisines, etc.) dans un filtre à sable pour, une fois épurées, compléter les eaux de toiture dans une cuve de récupération des eaux de pluie. Les chasses d’eau de l’immeuble, ainsi que l’arrosage du jardin, sont alimentées par cette cuve, assurant ainsi le principe d’un circuit fermé». L’exemple de Soubeyran illustre parfaitement la manière avec laquelle les coopératives peuvent participer aux efforts en matière d’habitation durable.

À relever également que des directives en matière d’occupation sont applicables pour la plupart des logements de coopératives, avec des pièces souvent attribuées en fonction du nombre de personnes. Ainsi, et selon une étude de l’institut statistiques Sotomo, qui se base sur des chiffres de l’Office fédéral de la statistique, les appartements coopératifs consomment 1/4 de terrain en moins par personne que les appartements locatifs classiques et même 60% de moins que les appartements occupés par des propriétaires.

Les avantages des coopératives

Si les coopératives apportent leur pierre à l’édifice sur les questions écologiques, elles proposent également des réponses en termes de logement (démographie, vieillissement), de structures des ménages (familles monoparentales/recomposées, ménages sans enfant), de modes de vie et de valeurs (bi-activité, écologie, vie collective). Et les avantages sont nombreux :

– Loyers moins chers : les coopératives sont tenues par le principe de l’utilité publique et ne cherchent donc pas le profit. Elles soustraient durablement des immeubles de la spéculation et calculent leurs loyers à prix coûtant, avec des bénéfices réinvestis dans la coopérative. Si, du fait du prix de la construction et des terrains, les loyers de départ peuvent paraître relativement élevés, au fil des ans, ils deviennent en moyenne 20% plus bas que les loyers du marché.

– Sécurité de bail : dans le marché libre, un propriétaire peut résilier les baux des locataires, effectuer des travaux, puis augmenter le prix de location. Dans les coopératives, les locataires sont mieux protégés : en cas de travaux lourds ils sont relogés, puis réintègrent leur logement avec une hausse de loyer raisonnable.

– Participation et investissement : chaque coopérateur dispose d’une voix lors des assemblées (et quel que soit le nombre de parts sociales qu’il détient). Chacun influe sur les orientations générales de la coopérative, parfois même déjà lors de la phase de conception des logements.

– Mixité et intégration : en proposant des loyers modérés, les coopératives attirent des profils très différents (familles, personnes seules, âgées, étudiants), favorisent les valeurs sociales (intergénérationnel, mixité, espaces collectifs) et d’entraide (autogestion, solidarité). Plusieurs d’entre elles sont également engagées dans l’intégration des personnes en situation de handicap issues de l’immigration.

– Entretien des bâtiments : les coopérateurs, soucieux de leur lieu de vie, entretiennent en général mieux les bâtiments. Le taux de rénovation dans les coopératives est plus élevé que la moyenne de l’ensemble des logements, puisque le but recherché par les coopératives n’est pas le rendement à court terme, mais bien le maintien de la valeur de leur parc à long terme.

– Innovation et développement durable : il n’est pas rare que les coopératives proposent des techniques constructives ou des typologies d’habitations innovantes. Elles font des tests, à l’image du projet Mehr als wohnen (« plus qu’habiter » en français) à Zurich, construit sur une friche à l’abandon et pour lequel quelque 55 coopératives se sont associées pour la construction de 13 bâtiments « durables ». Pour documenter le projet de cette « super coopérative », une collaboration scientifique a été menée avec l’EPFZ (Ecole polytechnique fédérale de Zurich) et l’OFL (Office fédéral du logement).

Importance des politiques foncières

Si les coopératives préfèrent généralement acheter leur terrain, les plus jeunes d’entre elles n’en ont pas toujours les moyens. Pour les aider, villes et cantons possèdent un outil très intéressant, le droit de superficie, comme l’explique Patrick Clémençon : « En mettant à disposition des terrains, le droit de superficie permet de construire dans les zones où vous ne pourriez simplement pas acheter de propriété ». En d’autres termes, la coopérative loue le terrain sur lequel la propriété est construite : elle possède donc le bien immobilier, sans être propriétaire du terrain sur lequel il est bâti. En Suisse, les droits de superficie s’étendent en général sur une durée de 30 à 100 ans.

Le développement des coopératives dépend donc fortement de la politique foncière adoptée. Et le sujet s’invite dans les urnes. En effet, le Groupement des coopératives d’habitation genevoises a lancé, en mars dernier, une initiative pour augmenter le nombre de logements coopératifs (de 11 000 aujourd’hui, à 22 000 d’ici à 2030). L’année passée, nous votions sur l’initiative de l’ASLOCA « Davantage de logements abordables », qui demandait 10% de logements d’utilité publique dans le parc immobilier suisse. Acceptée par cinq cantons, dont quatre romands (Genève, Vaud, Neuchâtel, Jura et Bâle-Ville), elle a été refusée sur le plan fédéral (à 57.1%). Conscient de la nécessité de prendre des mesures complémentaires au marché, le Parlement a toutefois décidé de soutenir le fonds de roulement destiné à financer des prêts aux maîtres d’ouvrage d’utilité publique, au moyen d’un nouveau crédit-cadre d’un montant de 250 millions de francs (sur dix ans). La victoire n’est donc pas écrasante pour les coopératives, mais les impulsions (et les avantages) sont bien réelles.

Renseignements et infos :

L’Association des maîtres d’ouvrage d’utilité publique (ARMOUP) propose un soutien aux coopératives, ainsi qu’un cycle de formation à l’attention des employés et membres du conseil d’administration des coopératives. www.armoup.ch
Lien vers le guide en ligne qui vous renseignera sur la manière de fonder et gérer une coopérative d’habitation. www.fonder-construire-habiter.ch

Joëlle Loretan

Journaliste

GIEC

« It’s now or never »

Le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) aurait pu reprendre ces paroles d’Elvis pour résumer le contenu de leur 6e rapport paru en août dernier : politiques, milieu économique, société civile : nous devons tous enfin réagir, et vite.

Le corps humain peut supporter d’avoir de la fièvre. Mais au-delà de 42,7°C, la fièvre peut être mortelle. Ce ne sont que quelques degrés de plus par rapport à la normale, mais ils sont suffisants pour que le corps ne fonctionne plus. C’est ce qui se passe aujourd’hui pour notre planète, autre organisme vivant pour lequel quelques degrés supplémentaires peuvent eux-aussi être fatal (en tout cas pour l’humanité). Le GIEC nous prévient avec force : c’est un moment critique, le dernier moment pour agir.

« 0.5 degrés de plus, c’est pas si grave, non ? »

Qui n’a pas entendu cette blague estivale, quand, allongés sur nos chaises longues, et appréciant la chaleur estivale, quelqu’un dit : « Vive le réchauffement climatique, il prolonge nos étés ! » ? Pour nous autres, non climatologues, quand on entend parler de +1.5°C ou 2°C, on ne comprend pas réellement ce que ça veut dire : un été à 32°C plutôt qu’à 30°C ? Alors ça n’est pas si grave, au contraire. Voyons donc réellement ce qu’impliquent ces quelques degrés de plus et ce que les experts du climat projettent comme scénarios qui en découlent.

Ce 6e rapport confirme (malheureusement) les précédents constats

  • Le changement climatique est de plus en plus rapide et violent;
  • Cette hausse de température est de la responsabilité humaine;
  • Le système climatique global (atmosphère, océan, banquises et glaciers) évolue à un rythme sans précédent;
  • Le changement climatique touche désormais toutes les régions du monde;
  • En Suisse, la température a augmenté environ deux fois plus que la moyenne mondiale;
  • Les effets déjà observés du changement climatique sont une augmentation de la fréquence et de l’intensité des vagues de chaleur et des fortes précipitations ainsi, que de l’occurrence de périodes sèches dans certaines régions du monde;
  • Certaines conséquences du réchauffement de la planète sont déjà «irréversibles pour des siècles ou des millénaires», comme la fonte des glaces et la montée des eaux;
  • Et surtout : seules des actions radicales prises aujourd’hui peuvent permettre d’éviter les conséquences de ce demi-degré et de contenir la hausse à 1,5°C.

Des scénarios qui font « froid » dans le dos

Le GIEC a dessiné plusieurs scénarios illustrés dans le journal Le Monde qui nous montrent ce qui adviendra si on ne fait rien, ou pas assez. Il décrit l’évolution des températures à venir selon cinq différents scénarios socio-économiques. Le plus optimiste prévoit un réchauffement limité à 1,5°C, ce qui supposerait une diminution drastique des émissions mondiales, dès aujourd’hui et à un rythme très élevé. Sa probabilité économique, sociale et politique est faible. Le plus pessimiste envisage un réchauffement compris entre 3,3°C et 5,7°C, ce qui est plausible si, comme jusqu’à maintenant, seule la moitié des gouvernements révisent leurs engagements d’émissions de gaz à effet de serre. La précédente série d’engagements, pris lors de l’Accord de Paris de 2015, conduirait à un monde à +3°C, s’ils étaient respectés.

Mais que veulent dire ces quelques degrés de différence ? Par exemple, à partir d’une hausse de 1,5°C, les vagues de chaleur devraient se généraliser, mais avec 2°C de plus, des vagues de chaleur mortelles pourraient se produire chaque année. Avec un réchauffement de 3°C, la surface de terres dévastées par des incendies chaque année doublerait en Méditerranée et se multiplierait par six aux Etats-Unis, comme l’indique le journaliste et auteur américain David Wallace-Wells, dans son livre « La Terre inhabitable ». Et l’Europe du Sud connaîtrait une sécheresse permanente. 4°C, des zones entières d’Afrique, d’Australie et des Etats-Unis, ainsi qu’une partie de l’Amérique du Sud et de l’Asie deviendraient inhabitables à cause de la chaleur directe et de la désertification. Outre celle liée à la sécheresse, la hausse du réchauffement climatique pourrait accroître d’autres risques de mortalité : un réchauffement de 2°C à 3°C augmenterait de 5 % le nombre d’habitants exposés au paludisme, soit 150 millions de personnes supplémentaires, selon le GIEC. Alors oui, chaque degré de réchauffement de plus entraîne des conséquences extrêmes.

Réagir maintenant

Dans un résumé adressé aux décideurs, les experts expliquent néanmoins que tout n’est pas encore perdu. « La stabilisation du climat nécessitera des réductions fortes, rapides et soutenues des émissions de gaz à effet de serre et l’atteinte de zéro émission nette de CO2 », a déclaré le coprésident du Groupe de travail 1 du GIEC, Panmao Zhai. Mais ces actions doivent être immédiates, rapides et à grande échelle, sans quoi le seuil de 2°C sera lui aussi hors de portée. Même en cas de réduction drastique des émissions « les bénéfices sur la qualité de l’air seraient visibles rapidement », mais « cela prendrait au moins 20 à 30 ans pour voir les températures globales se stabiliser », détaille le GIEC.

La Conférences internationale sur le climat

La COP26 s’est achevée le 13 novembre dernier. Elle constitue la 26e Conférence des parties, organisée par l’Organisation des Nations unies pour le Climat et réunissant les pays signataires de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Cette conférence a été dans l’ensemble jugée insuffisante, même si elle a permis quelques avancées. Parmi celles-ci, on peut noter que la réduction de l’utilisation du charbon et des combustibles fossiles a été pour la première fois mentionnée dans une déclaration finale. Il s’agit pourtant d’une version édulcorée puisqu’une déclaration pré-finale mentionnait l’abandon progressif des énergies fossiles. On peut également signaler que les nouvelles promesses des États (Nationally Determined Contributions, NDC) nous dirigent selon Climate Action Tracker vers une trajectoire à +2.4°C (si les engagements de 2030 sont respectés), alors que l’on parlait d’un monde à +2.7°C avec les engagements d’avant la COP26. C’est mieux, mais cela reste largement insuffisant. D’autant plus que les promesses ne suffisent pas et que les plans d’actions des États ne sont pas à la hauteur des engagements pris…

On ne pourra pourtant pas dire que l’on n’a pas été prévenus. Il faut réduire nos émissions et chaque tonne compte, car chaque tonne émise participe au réchauffement. À nous tous donc d’agir.

Et le GIEC, c’est qui ?

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) est un organisme intergouvernemental et scientifique qui résume l’état actuel des connaissances sur le changement climatique et l’évalue d’un point de vue scientifique tous les six ans. Son sixième rapport est paru le 9 août 2021. Le GIEC s’appuie sur des publications reconnues et évaluées par des pairs. Il fournit aux responsables politiques des évaluations scientifiques périodiques concernant les changements climatiques, leurs incidences et les risques futurs et de leur présenter des stratégies d’adaptation et d’atténuation. Tous les pays Membres de l’OMM et de l’ONU peuvent participer aux travaux du Groupe d’experts, qui compte aujourd’hui 195 membres. Des milliers de scientifiques du monde entier contribuent aux travaux du GIEC sur une base volontaire et aucun d’eux n’est rémunéré par le Groupe d’experts.

Les trois principaux groupes de travail publient des rapports : celui dont parle cet article traite de la compréhension physique du système climatique et du changement climatique, le second portera sur les impacts, l’adaptation et la vulnérabilité des sociétés humaines et des écosystèmes au changement climatique, le troisième abordera les solutions globales à mettre en œuvre pour atténuer le changement climatique et ses effets (février – mars 2022). Ce premier rapport est le fruit d’un travail d’analyse de 14’000 publications scientifiques, par 234 auteurs et autrices de 65 pays.

Résumé du 6e rapport du GIEC pour les décideurs et les citoyens : https://comprendre-giec.fr

 

Hélène Monod

Rédactrice

bâtiment écologique

Des bâtiments ancrés dans la transition énergétique et la durabilité

Les bâtiments sont un point central de la transition énergétique. Une part importante de l’énergie consommée en Suisse leur est destinée et ils sont à l’origine d’une grande quantité d’émissions de gaz à effet de serre. Comme nous l’avons vu dans les articles précédents sur les quartiers durables ou sur l’architecture bioclimatique, la construction de bâtiments regorge de potentiels d’économie d’énergie. Nous vous présentons dans cet article deux exemples de bâtiments exemplaires : le Palazzo Positivo à Chiasso et la future école de Meyrin.

Le Palazzo Positivo : un bâtiment à énergie positive

Un bâtiment qui produit plus d’énergie qu’il n’en consomme, est-ce possible ? Eh bien oui ! Pour cela, il faut se rendre à Chiasso au Tessin pour admirer le bien nommé « Palazzo Positivo ». Cet immeuble de huit étages comprenant 19 appartements a été construit en 1965. C’était auparavant un véritable gouffre à énergie : il consommait 502’900 kWh par année. Les propriétaires ont souhaité inverser la tendance et transformer leur immeuble en bâtiment à énergie positive (qui produit plus que ce qu’il consomme). Il a donc été rénové en 2012-2013 selon le standard Minergie-P/Maison passive.

Les propriétaires ont ainsi misé sur une isolation thermique ultra performante, qui a permis de réduire les pertes d’énergie de 88%. Les besoins en énergie du bâtiment ont ainsi pu être drastiquement réduits. Pour produire l’énergie nécessaire au bon fonctionnement du bâtiment, il a été décidé de miser intégralement sur l’énergie solaire : des panneaux photovoltaïques ont été installés sur le toit et les façades, et une installation solaire thermique a été installée sur le toit.

Ensemble, ces installations produisent 71’100 kWh par année, ce qui fait que le Palazzo Positivo a une autosuffisance de 114% : il produit donc annuellement 14% d’énergie en plus que ce qu’il n’en consomme. L’excédent d’énergie solaire de 8’660 kWh/an est injecté dans le réseau public, représentant l’équivalent de la consommation de 5 voitures électriques qui parcourent 17’000 km par an.

L’exemple du Palazzo Positivo nous montre qu’un concept énergétique intelligent peut également transformer un bâtiment urbain existant et gros consommateur en un bâtiment à énergie positive exemplaire. Le Palazzo Positivo a ainsi reçu le prix solaire suisse en 2014.

Une école durable en devenir à Meyrin

Le Canton de Genève voit grand pour ses écoles : il va construire un complexe scolaire qui accueillera 1400 élèves âgés de 15 à 20 ans ainsi que 200 collaborateurs dès la rentrée 2026 à Meyrin. Pour un tel bâtiment, on s’attend à première vue à un immense complexe, mais le Canton a vu les choses différemment, la future école se veut être « une ville dans la ville », et durable de surcroît.

Afin de contrebalancer l’effet de masse d’un bâtiment pouvant accueillir 1400 élèves, le futur établissement a été conçu comme une ville. L’école se composera donc d’un seul bâtiment bas et étendu, percé de quatre patios permettant d’amener de la lumière naturelle à l’ensemble des espaces de vie. Telle une mini-ville, il contiendra des rues, des places et des quartiers regroupant plusieurs classes. Ces espaces pourront être utilisés par chacun en fonction de ses envies. Le bâtiment a été pensé pour limiter son impact sur le paysage : son gabarit bas permet de préserver la vue des habitants des logements voisins sur le Jura et les paysages avoisinants. L’établissement comprendra également une salle omnisport qui sera construite en partenariat avec la Ville de Meyrin et pourra accueillir 1500 spectateurs. D’ici une dizaine d’années, un pôle culturel communal complétera l’ensemble.

Des critères de durabilité ambitieux

Une construction d’une telle ampleur est une nouveauté pour le Canton. Il a ainsi choisi d’innover, et a imposé pour la première fois de manière très détaillée et contraignante des aspects de développement durable dans le cahier des charges du concours d’architecte. 66 projets ont été reçus par le Canton, qui a choisi le projet nommé « Villeneuve » d’un bureau d’architecte genevois. En mettant la durabilité en avant dans ce projet de construction, les autorités cantonales souhaitaient rappeler que le Canton se doit d’être exemplaire en matière de durabilité.

batiments-ecologiques

Les critères fixés afin de garantir la durabilité de l’établissement sont nombreux. Ils touchent à différents aspects, tels que :

  • L’impact environnemental des matériaux (matériaux recyclés, prise en compte de leur énergie grise, réflexion sur la déconstruction, etc.), le maître de l’ouvrage souhaite valoriser le bois dans cette construction ;
  • L’impact environnemental des phases du chantier (y compris la gestion des déchets de chantier) ;
  • L’impact environnemental de la mobilité des usagers du bâtiment ;
  • Le bilan carbone du projet : émissions de gaz à effet de serre liées au chantier, aux matériaux et à l’exploitation du bâtiment ;
  • Le concept énergétique (consommation minimale d’énergie) : le projet doit s’intégrer dans la politique énergétique ambitieuse du canton de Genève et de la Ville de Meyrin, et satisfaire une performance THPE (très haute performance énergétique), proche de Minergie P ;
  • L’intégration de la biodiversité dans le projet ;
  • La gestion de l’eau ;
  • La santé et le bien-être : choix de l’implantation du bâtiment, sélection des matériaux, phase d’exploitation (qualité de l’air, limitation des problèmes de surchauffe dans les classes via une ventilation naturelle, etc.).

Jusqu’alors, les aspects de durabilité relevaient de la déclaration d’intention dans les concours d’architecte. Ce projet d’école se veut donc pionnier en la matière. Actuellement en cours de planification, espérons que l’intégration de l’ensemble de ces critères dans ce projet de construction permettra d’ancrer dans la réalité les problèmes environnementaux auxquels nous faisons face actuellement, en plus d’offrir une bonne qualité de vie et une satisfaction à ses usagers.

Des bâtiments durables toujours plus nombreux ?

La transition énergétique et climatique ainsi que la durabilité étant désormais des priorités absolues pour de nombreuses collectivités publiques, d’autres propriétaires et maîtres d’ouvrage pourraient suivre cette même voie, et intégreront en amont des projets de rénovation ou de construction des critères ambitieux en matière de consommation énergétique et de durabilité. Le parc immobilier tendra alors vers un avenir toujours plus vert et plus durable, comme cela a été fait à Chiasso et à Meyrin !

 

Juliette Lerch

Rédactrice

Smart City

Le visage de la ville en 2050

À quoi ressembleront nos villes en 2050 ? C’est la question que nous avons posée à quatre experts dans leurs domaines – énergie, architecture, urbanisme, digitalisation. Ils abordent les contours de cette ville de demain : quel sera son visage urbanistique et énergétique, et de quelle manière l’habiterons-nous ?

Deux notions reviennent inévitablement en matière de ville du futur, tous domaines confondus : durabilité et technologie. On évoque (et on espère) des villes où il fait bon vivre, des jardins et des espaces verts, des bâtiments capteurs de CO2 et des matériaux de construction recyclés, des productions d’énergies neutres en carbone et de la mobilité douce dans des smart « green » cities. Pas de grandes révolutions toutefois d’ici à trente ans, mais une continuité. Les technologies et les connaissances sont là. Il s’agit surtout de mettre les bouchées doubles pour atteindre une société neutre en carbone. Pour cela, l’interdisciplinarité, la mutualisation des ressources et des savoirs, ainsi que la démultiplication de projets pilotes novateurs sont des chemins à suivre.

La ville sera durable

LES ÉNERGIES

La convergence des réseaux. Avec son groupe de recherche, Massimiliano Capezzali s’intéresse aux énergies en milieu urbain. Ce professeur de physique et de polygénération (c’est-à-dire la généralisation de la cogénération, soit la production simultanée d’électricité et de chaleur) à la HEIG-VD à Yverdon mise sur la convergence des réseaux. « Dans la plupart des villes en Suisse, on a la chance d’avoir la présence de trois réseaux : électrique, chauffage à distance et gaz naturel. Je suis convaincu que les solutions passent par une utilisation de ces trois réseaux en synergie, en phase de transition en tout cas. »

Pour celui qui est également responsable du Pôle Energies à la HEIG-VD et de l’orientation en énergie et environnement du master HES-SO, la durabilité sera un réflexe, alors que les technologies, les réseaux et les flux travailleront de concert. « Dans le futur, les voitures dépendront des panneaux solaires sur les toits. Elles feront partie d’un système énergétique propre à chaque famille. J’imagine donc des approches systémiques, où on ne pensera plus en silo, mais en services. »

Gazéification et cogénération. Massimiliano Capezzali évoque une extension importante des réseaux de chauffage à distance, probablement alimentés par la géothermie (pour les plus grands) et par le bois (pour les plus petits). La gazéification du bois est également dans le viseur et dans une moindre mesure, le captage des rejets thermiques industriels. Les pics de froid seraient couverts par l’utilisation du gaz naturel, la cogénération (en remplacement des chaudières) fournirait de l’électricité, cogénération qui présente l’avantage de pouvoir alimenter les pompes à chaleur électriques.

Le biogaz. Le gaz injecté dans les réseaux sera d’origine renouvelable. Et nos paysans pourraient parfaitement répondre à une partie de la demande, si les oppositions à la construction de centrales de biogaz n’étaient pas si courantes, par peur notamment des émanations désagréables. Pourtant, Massimiliano Capezzali rappelle que « mauvaise odeur » rime avec « perte de méthane », un gaz à effet de serre qu’on évitera au maximum de relâcher dans l’atmosphère. Il reste convaincu que le biogaz produit à partir de déchets agricoles et de déjections animales est la manière la plus logique et durable de traiter et valoriser ces matières.

L’hydrogène. Autre avantage du biogaz : il pourra accompagner les productions d’hydrogène, un vecteur d’énergie que Massimiliano Capezzali voit circuler dans des réseaux de gaz réaffectés. Une des niches de l’hydrogène est la mobilité lourde. Le professeur cite l’Autriche et les Pays-Bas en exemple, deux pays qui affichent des ambitions fortes sur la question, avec des bus à hydrogène déjà en circulation et le projet d’augmenter cette flotte rapidement. Il ajoute que l’Europe planifie la construction de 12000 km de réseaux hydrogène d’ici à 2030. « L’hydrogène n’est plus abstrait, c’est la réalité ! ».

Quant à l’hydrogène et au dioxyde de carbone, ils pourraient bien faire bon ménage en matière de production de gaz naturel. En effet, le projet national auquel participe Massimiliano Capezzali ouvre des perspectives très intéressantes. « L’idée est de capturer le CO2 provenant des centrales d’épuration des eaux, des cimenteries ou des sorties d’usines d’incinération, avec l’idée de marier ces molécules avec celles d’hydrogène, ce qui donne des molécules de CH4, soit du gaz naturel, dans ce cas purement renouvelable. Le projet vise ainsi à répertorier les sources de CO2 disponibles en Suisse et à développer des démonstrateurs. »

LES BÂTIMENTS

La qualité constructive et l’impact de la construction sur l’environnement (isolation, concepts énergétiques, etc.) ont déjà fait du chemin et l’élan sera croissant selon l’architecte-urbaniste Ariane Widmer Pham. L’utilisation du bois et des matériaux locaux recyclés sera répandue, tout comme les circuits courts, la sobriété et le bon sens.

La directrice de l’Office de l’urbanisme de l’État de Genève espère également des bâtiments « capables de faire du bien à l’environnement en absorbant du CO2 ». La ville du futur offrira des environnements de qualité, au niveau des appartements (des pièces plus flexibles, moins déterminées dans leur fonction), des immeubles (espaces communautaires) ou des quartiers (jardins, parcs comme lieux d’appropriation et de rencontre). L’architecture idéale serait non spéculative et polie avec son environnement, en prenant en considération le lieu, la topographie, l’utilisation des matériaux ou encore la relation au voisinage. La solution pour atteindre les objectifs, selon elle ? Continuer à expérimenter pour ouvrir de nouveaux champs, démultiplier les projets pilotes et accélérer le rythme.

La ville sera dense… ou ne le sera pas

L’URBANISME

La densité est visée, mais ne fait pas l’unanimité. Ainsi, si l’architecte-urbaniste Ariane Widmer Pham y voit un moyen de raccourcir les distances et de freiner l’étalement urbain, son homologue Jérôme Chenal ne partage pas cet avis. « On va tous azimuts vers des villes compactes, alimentées énergétiquement par des grosses usines. On se dirige pourtant aujourd’hui vers des systèmes de production d’énergie décentralisés et autonomes. Dans cette optique, la théorie de densification ne fonctionne pas. ». Étaler les villes permettrait, selon le directeur du laboratoire de recherche CEAT (Communauté d’études pour l’aménagement du territoire/EPFL), non seulement de favoriser des productions agricoles en milieu urbain, mais également de lutter contre les îlots de chaleur, avec des espaces verts plus nombreux. « On se dirige vers une rupture et il faut absolument le prendre en compte politiquement, au risque d’aller droit dans le mur. » Mais si Jérôme Chenal ne défend pas l’hyperdensité, il ne prône pas non plus la faible densité. Il parle d’un optimum à trouver, différent de ville en ville. « Il dépend du contexte social, climatique et morphologique. Les solutions doivent être locales : on n’apporte pas les mêmes réponses urbanistiques à Lausanne ou à Genève. »

L’INDIVIDU

Spécialiste des questions de planification urbaine dans les villes africaines, l’architecte-urbaniste Jérôme Chenal rappelle que si, ici, on vise une société à 2000 watts, dans n’importe quel bidonville du monde on vit dans des sociétés à 200 watts. Et que si en Europe un grain de sable (inondations, pandémie, etc.) grippe les rouages, en Afrique, la vie continue. « On a beaucoup à apprendre en matière de faible consommation d’énergie et de résilience. Il ne s’agit pas de copier, mais plutôt de voir comment les solutions là-bas sont inscrites dans un groupe social, de se pencher sur les questions méthodologiques. ». Il évoque également la nécessité de sortir de la vision d’État providence, où la ville apporte les solutions à l’individu, et non l’inverse. Selon lui, la gestion urbaine dépend également des initiatives citoyennes. « On a perdu l’énergie des initiatives privées, car on perçoit la ville comme un domaine public. » Et d’illustrer ainsi cette idée. « Dans de nombreux pays africains, cela fait des années qu’on peut payer par SMS avec son vieux Nokia. Ici, on attend qu’Apple nous mette les moyens à disposition et nous explique comment faire. En Afrique, on détourne la technologie pour qu’elle se mette au service de la communauté ; ici on s’adapte à notre iPhone. »

La ville sera connectée

LA SMART « GREEN » CITY

Si la digitalisation constitue un facteur-clé de la transition vers une société durable, elle amène également d’importants défis. Pour Sébastien Fanti, avocat spécialisé en droit des technologies avancées, la smart « green » city doit simplifier les gestes durables et améliorer le quotidien de la population tout en préservant leur sphère privée, car « plus on a les moyens de contrôler la vie des citoyens, plus il faut être empathique. ». Ainsi, le préposé à la protection des données et à la transparence du canton du Valais espère une ville éco-responsable et non discriminante. Il évoque le droit à la connexion – en discussion actuellement pour être inscrite dans la Constitution valaisanne – droit d’autant plus important que les interactions avec les services étatiques ou les fournisseurs d’énergie, via des compteurs connectés, deviendront probablement instantanées. « Qu’on habite dans un quartier huppé ou non, tout le monde doit avoir accès à une connexion. La ville technologique ne doit pas accroître les inégalités. Si on n’y arrive pas, il existera des villes connectées pour les riches et des villes ordinaires pour les pauvres. ».

LES DONNÉES NUMÉRIQUES

Les informations collectées sont déjà nombreuses et renseignent sur les habitudes de la population, rappelle Sébastien Fanti. Y compris les mauvaises. « Au Conseil d’État (valaisan), on a discuté de l’introduction d’une carte écologique des bâtiments en termes de consommation énergétique et si cette carte devait être publiée ou non sur Internet. J’étais circonspect. Instaurer un score-éco pour un bâtiment est une chose, mais cibler les appartements en est une autre. Il serait alors possible de savoir qui a changé ses fenêtres (ou non), remplacé sa chaudière (ou non), installé des panneaux solaires (ou non) ou refait l’isolation de sa maison (ou non), des informations qui peuvent conduire à une stigmatisation et à un classement du bon ou du mauvais éco-citoyen. ».
Il s’inquiète également de l’enjeu important que représente le stockage des données numériques. « Elles doivent impérativement rester en Suisse. Si elles partent à l’étranger, il y a un risque de vol des données et de profiling de notre population. Les gens doivent vraiment comprendre ces enjeux. ». Mais ils sont complexes. Pour y voir plus clair, Sébastien Fanti prône un débat aussi essentiel qu’inexistant, pour le moment. « Il faut prendre nos responsabilités de citoyen. On ne peut pas toujours laisser faire et laisser dire. On fait confiance aux politiciens, mais certains ne sont pas conscients des enjeux, d’autres sont liés à des lobbies. Le citoyen doit savoir pourquoi quelqu’un censé le représenter défend d’autres intérêts, par exemple. Ça fait partie du débat qu’on doit absolument mener. Nous serons appelés à voter sur ces questions et il est très important qu’on s’y intéresse. Les garde-fous doivent être clairement posés. »

 

Joëlle Loretan

Journaliste

Numérique

Comment le numérique nous aide à réduire notre consommation énergétique

Le numérique fait désormais entièrement partie de notre quotidien et nous simplifie grandement la vie. Ce que l’on oublie parfois, c’est que notre usage des outils numériques implique une consommation importante de ressources énergétiques. Le secteur du numérique engloutit plus de 10 % de la production électrique mondiale. Mais numérique ne rime pas toujours avec consommation excessive d’énergie, et certaines technologies nous permettent au contraire de la limiter et de contribuer ainsi à l’effort global pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. En voici quelques-unes.

Le télétravail et les visio-conférences pour limiter les déplacements

En Suisse, près d’un quart des personnes actives (23,8%) ont recourt au télétravail, au moins de manière occasionnelle. Et cette pratique est plus que jamais d’actualité en cette période de confinement. Le télétravail, en plus de favoriser la conciliation entre vie professionnelle et personnelle, permet de limiter les déplacements pendulaires. Or moins de personnes dans les transports et sur les routes, c’est aussi moins de consommation d’énergie et donc d’émissions de CO2. Attention cependant aux effets « pervers » du télétravail : pour limiter véritablement les ressource et l’énergie, il faut éviter de doubler les surfaces de bureau sur le lieu de travail et au domicile (privilégier les bureaux nomades), éviter d’effectuer du télétravail deux jours par semaine pour pouvoir effectuer des déplacements encore plus lointains les autres jours de la semaine. Et évidemment bien réfléchir au stockage décentralisé de nos données dans des datacenters parfois très polluants.

En cette période où nous sommes nombreux à travailler depuis la maison, SuisseEnergie propose six conseils pour économiser l’énergie en télétravail.

Les visio-conférences permettent elles aussi de limiter drastiquement les déplacements. Des personnes travaillant aux quatre coins du monde peuvent se connecter facilement, évitant ainsi des vols internationaux, donc des heures de déplacement et l’émission de quantités importantes de CO2. Selon des chiffres de l’EPFL, une visio-conférence d’une heure émet environ 1,5 kg de CO2, contre 4,5 kg pour un aller-retour Lausanne – Zürich (en train), 21 kg pour Lausanne – Paris (en TGV) ou encore 370 kg pour Genève – Londres (en avion, classe économique). Les économies d’énergie, de carbone, mais aussi financières réalisées grâce aux visio-conférences sont donc non négligeables.

Des technologies « Smart City » pour rendre la ville plus intelligente

Qui n’a jamais passé de longues minutes à chercher désespérément une place de parc au centre-ville ? En France, une étude a estimé que la part de la circulation engendrée par les véhicules en recherche de stationnement se situerait entre 5% et 10%. Ce qui implique non seulement une perte importante de temps et d’énergie, mais engendre également bruit, pollution et congestion. Depuis peu, le numérique apporte des solutions intéressantes pour limiter ces impacts négatifs.

Le canton de Genève et sa Fondation des Parking utilisent l’application PrestoPark. Cette application guide les automobilistes vers la place de parc disponible la plus proche. Les automobilistes peuvent visualiser les places libres sur leur smartphone, depuis leur GPS ou encore sur des panneaux lumineux installés en ville. Pour cela, 500 capteurs ont été placés sur les places de parc. Ils permettent de récolter des données sur l’occupation des places en temps réel. Cette technologie permet ainsi de limiter le trafic dans les centres villes et de réaliser de belles économies en carburant, en temps et en émissions de CO2.

Smart meter ou comment gérer la consommation énergétique

Le numérique peut également aider à économiser énergie et ressources à la maison. Les compteurs intelligents, appelés aussi « smart meter », permettent de mesurer de manière précise et en temps réel les consommations en électricité, en eau ou en gaz. Le compteur transmet ces informations vers un système qui les analyse. Ces compteurs aident ainsi à limiter la consommation énergétique en alertant lors de dérives de consommation. Les consommateurs peuvent ainsi gérer leur consommation de manière efficace et facile.

Pas de numérique à tout prix

C’est une évidence, le numérique s’est imposé dans nos vies, et nous ne serions plus prêts à faire sans, tant il facilite le plus souvent notre quotidien. De nombreuses initiatives sont utiles à notre société et permettent de limiter nos consommations et de nous soutenir dans notre transition écologique. Cependant, nous ne devons pas oublier les impacts sur notre environnement, mais aussi la sur-sollicitation de notre attention. De plus en plus de « gadgets » numériques sont développés (frigos connectés, toilettes électroniques, etc.), quels sont leurs bénéfices réels ? Il s’agit de bien évaluer quand le recours à des technologies numériques est véritablement pertinent et quand il représente une utilisation inutile et évitable d’énergie. Alors à vous de savoir si vous avez vraiment besoin de ce collier connecté pour votre chien…

 

Hervé Henchoz

Rédacteur

Low cities

Les low-cities sont-elles l’avenir des villes ?

Face à la ville high-tech toujours plus connectée et énergivore, certaines villes préfèrent prendre le virage du low-tech. Car si la technologie peut aider à la transition écologique, reste à l’utiliser à bon escient et avec parcimonie. Partons à la découverte de ce nouveau modèle urbain.

La ville high-tech, où l’approche technocentrée

L’approche technocentrée, matérialisée par les high-tech, suppose que les innovations technologiques apportent toutes les solutions aux problèmes actuels, notamment les changements climatiques. Son but est d’optimiser les flux d’énergies et de ressources grâce à la révolution numérique et aux technologies vertes.

Le problème principal de cette approche est qu’elle demande, paradoxalement, beaucoup de ressources et d’énergies. Les nouvelles technologies du numérique, toujours plus connectées, consomment une quantité astronomique d’énergie. Ainsi, si Internet était un pays, il serait le troisième plus gros consommateur d’énergie au niveau mondial ! De plus, ces innovations sont parfois très compliquées à recycler, ce qui empêche la mise en place d’une économie circulaire bénéfique à notre planète. La croissance verte prônée par les approches technocentrées semble donc poser encore de nombreuses questions quant à sa réalisation concrète.

Dans un précédent article « Smart Cities : nouveaux modèles pour assurer la durabilité du territoire », nous montrions justement l’évolution de ce concept, d’une approche à la base hyper technologique, à une approche centrée sur l’humain. Les smart cities, au départ vitrines de la mouvance high-tech, se tournent en effet de plus en plus vers une démarche low-tech, non plus basée sur l’intelligence artificielle mais sur l’intelligence collective.

Les low-tech, retour dans le passé ou modernité ?

Les approches low-tech, en opposition aux high-tech, partent du principe que les nouvelles technologies ne vont pas résoudre tous nos problèmes et vont même en créer de nouveaux. Le but est de tendre vers une économie de ressources réelle, la réduction de l’impact environnemental et la résilience, en se basant sur le besoin et l’usage. La démarche low-tech n’est toutefois en rien un retour en arrière. Il s’agit plutôt de créer une nouvelle modernité en conservant un niveau de vie agréable. Les low-tech sont caractérisées par leur capacité à durer, à être réutilisées, recyclées et réparées tout en ayant l’impact environnemental et social le plus faible possible.

Philippe Bihouix, référence dans le domaine des low-tech, aborde le principe en trois questions : Pourquoi ? Quoi ? Comment?

Pour les villes, ces questionnements se représentent comme ceci :

  • Pourquoi est-ce que je construis quelque part ? Pourquoi est-ce que je construis la ville?
  • Qu’est-ce que je construis ? Avec quels matériaux ?
  • Comment est-ce que je construis la ville ? Comment est-ce que je prends en compte les usages, les habitants ? À quelle échelle ?

« Construire moins au lieu de construire mieux » est une bonne représentation de l’utilisation des low-tech au niveau de la ville. Il s’agit d’optimiser les usages, de partager, de réhabiliter et de redimensionner les espaces en construisant une ville réversible et bien dimensionnée. On utilise les ressources (rares et précieuses) seulement là où cela est vraiment nécessaire dans l’idée d’une économie circulaire, ce qui n’est pas du tout le cas aujourd’hui dans le fonctionnement des villes. Contrairement à la ville high-tech, le numérique n’est plus l’objectif, mais un outil comme un autre afin de réduire l’impact des villes, la technologie n’est donc pas complètement bannie, elle est juste utilisée avec parcimonie. Cette frugalité numérique amène de facto à une frugalité énergétique et matérielle.

Des low tech aux low cities

La technologie est par exemple utilisée pour permettre le partage de connaissances au sein de la population à travers une ville « open source » qui mobilise ses habitants et crée des initiatives citoyennes. L’outil principal de ce que l’on peut donc nommer les « low cities » est donc l’usager de la ville. On cherche à atteindre une « ville à faible intensité matérielle et à haute intensité relationnelle » en plaçant l’humain au centre, notamment à travers la participation citoyenne et la prise en compte des usages et des comportements. La ville est aménagée PAR et POUR ses habitants.

Les modes de vie changent et la ville doit pouvoir les intégrer tout en s’adaptant également aux changements climatiques. Il existe en effet le risque que la ville, comme elle est conçue actuellement, devienne obsolète. Il faut donc développer une ville modulable et multifonctionnelle tant au niveau des bâtiments que de l’espace public.

Ville high tech ou low tech, quelles différences ?

S’adapter à ces nouvelles contraintes est l’objectif tant de la ville high-tech que de la ville low-tech. Mais les résultats (écologiques, sociaux, etc.) et les méthodes diffèrent grandement.

 

 

Un exemple concret de la différence entre les villes high-tech et les villes low-tech est la gestion des déchets : dans la ville high-tech, on équipe chaque poubelle d’un détecteur connecté qui alerte les éboueurs dès qu’elle déborde. Dans la ville low-tech, on va favoriser le vrac et le recours aux consignes, supprimant ainsi la problématique des déchets à la source. Pour la mobilité, l’approche high tech propose de monitorer tous les flux automobiles pour éviter les bouchons, tandis que la ville low-tech favorisera les mobilités douces et réduira la place dévolue aux voitures. Ces deux exemples peuvent sembler compliqués à réaliser, mais il existe plein d’autres initiatives low-tech déjà implémentées dans les villes : le vélobus de ramassage scolaire, venu des Pays-Bas, et maintenant implanté dans quelques villes françaises, est un moyen de transport écologique et bon pour la santé. Il s’agit d’un « vélocipède » qui peut transporter une dizaine de personnes – en général un conducteur et des écoliers – mais attention, tout le monde doit pédaler pour qu’il avance ! Peu coûteux (en comparaison d’un bus scolaire), sans technologie compliquée, facile d’entretien et réparable, voilà un exemple parfait de low tech, orienté sur le besoin et l’usage. Et en Belgique, ce sont des calèches tirées par des chevaux qui transportent les petits écoliers.

Ce changement de paradigme paraît peut-être un peu extrême et peu réalisable, cependant il représente une solution concrète pour réduire l’impact environnemental, énergétique et matériel des villes. La population des villes ne cesse d’augmenter, l’approche high-tech propose donc de construire mieux pour consommer mieux. L’approche low-tech propose elle de construire moins… pour consommer moins.

Au niveau de la mobilité les différences sont également significatives : tandis que la ville high-tech investit dans des caméras et capteurs connectés pour gérer au mieux le flux automobile, la ville low-tech développe des espaces publics entièrement dédiés à la mobilité douce et aux transports publics. Les deux approches permettent un désengorgement du centre-ville et des gains en temps et en sécurité pour les usagers, cependant, le bilan carbone et matériel n’est pas du tout le même.

Les Slow cities ou les villes lentes

Entrecroisées avec les villes low-tech se trouvent les Slow cities ou Cittaslow du nom de l’association qui a créé le mouvement en 1999 dans une petite ville Toscane. Dans la lignée du slowfood, qui prône un retour à une alimentation plus locale, saine, artisanale et en phase avec l’agriculture traditionnelle, Cittaslow lance une réflexion sur le bien vivre en ville à travers la lenteur, la durabilité, la justice sociale, l’économie circulaire, la résilience et la culture.

Pour être certifiée Cittaslow, une ville doit être évaluée sur plusieurs dizaines de critères séparés en sept domaines qui caractérisent le bien vivre en ville :

  • Politiques énergétiques et environnementales (énergies renouvelables)
  • Politiques d’infrastructures (préservation du patrimoine)
  • Politique pour la qualité de vie urbaine (mobilité douce et espaces verts)
  • Politique agricole, touristique et artisanale (commercialisation de produits locaux)
  • Politique d’accueil, de sensibilisation et de formation (création d’événements locaux)
  • Cohésion sociale (accessibilité pour les personnes à mobilité réduite)
  • Partenariat (avec les acteurs locaux)

Aujourd’hui, l’association a certifié 278 villes dans 30 pays, mais aucune en Suisse. La lenteur, tout comme la sobriété prônée par les low-tech, sont des termes quelque peu péjoratifs et mal perçus , c’est pourquoi le réseau français Cittaslow préfère employer le terme : « le temps de … ». Le temps de réfléchir, de faire, d’échanger, de ne rien faire aussi, le temps de vivre, de bien vivre surtout, c’est là tout le but du label.

Alors, à quand des (s)low cities partout dans le monde pour nous donner le temps de vivre la ville comme il se le doit ?

 

Nelia Franchina

Spécialiste durabilité