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« Voitures d’occasion : quelle retombée écologique ? »

Grâce à une offre augmentée, les voitures doccasion coûtent en moyenne 6% moins cher au premier semestre de 2023, selon le site d’étude des marchés Comparis. En France, lObservatoire La Centrale constate la même tendance, avec une baisse de 1,75% enregistrée en 2023 (-12,81% pour les électriques et les hybrides). Les autos deuxième main sont-elles lavenir ? Et si, pour économiser de l’énergie non renouvelable, on arrêtait de fabriquer des voitures neuves ? Le point avec Massimo Gonnella, porte-parole du Touring Club Suisse (TCS). 

 

L’essentiel en 3 points :  

  1. Il est possible d’économiser environ l’équivalent de 10 tonnes de CO2 pour chaque voiture produite en moins.
  2. Les voitures d’occasion électriques ou répondant à la norme antipollution Euro6d sont les modèles les moins polluants.
  3. La limite de 118 grammes de CO2 produit par la combustion de 4,5 litres de diesel ou de 4,9 litres d’essence ne peut être respectée aujourd’hui que grâce aux voitures électriques.

 

Les voitures d’occasion sont-elles plus écologiques que les neuves ? 

Cela dépend de nombreux paramètres différents. Les véhicules dotés des dernières technologies sont plus écologiques que les modèles plus anciens. Pour les véhicules du même type ou du même niveau de législation sur les gaz d’échappement, il importe peu que le véhicule soit neuf d’usine ou qu’il ait deux ou trois ans et soit d’occasion. 

Les voitures électriques – neuves ou doccasion – connaissent un succès exponentiel. Sommes-nous en route vers une démocratisation de la mobilité propre ? 

Oui et non. Le bilan écologique de la voiture électrique est avantageux par rapport à celui du véhicule à combustion à partir d’environ 20’000 à 50’000 km de distance parcourue. La plus-value du véhicule électrique réside dans son exploitation et dans la production d’électricité. Pour la Suisse, celle-ci se situe entre 7,5 et 15 tonnes, soit environ la moitié des émissions pour la production du véhicule. Néanmoins, la production de la batterie s’ajoute à la production du véhicule, ce qui réduit quelque peu l’avantage de cette technologie dans l’ensemble.   

Quelles sont les voitures doccasion les moins polluantes en 2024 ? 

Les voitures électriques sont complètement propres localement, à l’exception de l’usure des pneus et des freins (qu’elles soient anciennes ou neuves). Les voitures répondant à la norme antipollution Euro6d (obligatoire depuis le 1.1.2021 pour toutes les premières immatriculations) émettent en outre de faibles quantités de particules et doxydes dazote.  

Quelles sont les voitures à éviter ? 

Les voitures diesel sans système de post-traitement des gaz d’échappement pour les particules ou les oxydes d’azote et les voitures à essence sans catalyseur sont par exemple très mal placées, car elles rejettent des quantités considérables de gaz d’échappement (particules, NOX, CO) dans l’environnement. Le filtre à particules est devenu obligatoire pour le diesel en 2009 ; le catalyseur dès 1989. 

Donc toutes les voitures fabriquées après 2009 sont propres ? 

D’une manière générale, on peut dire que les voitures sont devenues beaucoup plus propres au cours des dernières décennies. La consommation normalisée a également été réduite. De ce point de vue, les voitures neuves sont donc généralement plus écologiques que les voitures d’occasion. Et les voitures électriques sont plus écologiques que les voitures conventionnelles. Les véhicules qui ne reçoivent pas d’éco-étiquette ont tendance à être considérés comme non écologiques. Cependant, il y a parmi eux de nombreux véhicules de collection à valeur culturelle qui ne roulent que rarement et sont surtout utilisés lors d’occasions spéciales. 

Quest-ce qui doit être amélioré ? 

Il est possible d’économiser environ l’équivalent de 10 tonnes de CO2 pour chaque voiture produite en moins. Si l’on considère le bilan climatique pour l’ensemble du cycle de vie, il faut y ajouter les émissions dues à la production et au recyclage. La production et le recyclage d’une voiture conventionnelle génèrent environ 50 grammes par km pour un kilométrage de 200’000 km. Les émissions dues à l’exploitation et à la production de carburant sont environ 3 à 8 fois plus élevées. Il apparaît clairement que, pour les voitures conventionnelles, la charge environnementale la plus importante provient de l’exploitation.   

Quelle est « la dose acceptable » de CO2 émise ? 

Une estimation grossière est possible en regardant les émissions de substances nocives et les prescriptions en matière de gaz d’échappement. En Allemagne, les voitures de tourisme à moteur à essence sans catalyseur régulé (construites avant 1987) et les voitures diesel sans filtre à particules régulées (construites avant 2001), ne reçoivent pas d’étiquette verte. En France, la gradation est légèrement différente. Il est judicieux d’acheter une voiture qui n’émet pas plus de CO2 que la moyenne de tous les véhicules vendus (voire lIndicateur d’environnement des émissions de CO2 des voitures de tourisme auprès de lOffice fédéral de la statistique). 

Comment savoir quelle quantité de CO2 on émet réellement en roulant ?  

Dune manière générale, les émissions de CO2 sont directement proportionnelles à la consommation de carburant. Pour une voiture qui consomme 5 litres de carburant aux 100 km, elle est d’environ 160 grammes par kilomètre. En 2020, la valeur cible du parc automobile suisse a été fixée à 118 grammes par kilomètre ; 118 grammes correspondent au CO2 produit par la combustion de 4,5 litres de diesel ou de 4,9 litres d’essence. Cette valeur s’applique à l’ensemble des voitures. Chaque importateur doit la garantir pour l’ensemble des voitures qu’il met en circulation. Des véhicules avec des valeurs plus élevées peuvent être compensées par des véhicules avec des valeurs plus faibles. Il convient de noter que la limite de 118 grammes ne peut être respectée aujourd’hui que grâce aux voitures électriques nouvellement mises en circulation, la valeur moyenne des voitures conventionnelles nouvellement mises en circulation étant supérieure à cette limite. 

 

Un rapport du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) dénonce la présence de vieilles voitures d’occasion sur les marchés de pays pauvres. LUnion européenne figure parmi les principaux exportateurs. Quen pensez-vous ? 

D’une manière générale, on peut dire que les interdictions d’importation sont liées à la politique menée dans les pays concernés. 

Les raisons principales suivantes sont mentionnées dans le rapport :

  • Pollutant and climate emissions of used vehicles”: comme mentionné ci-dessus, les émissions de gaz d’échappement des voitures neuves ont été fortement réduites au cours des dernières décennies. Les gaz d’échappement réglementés sont toxiques et entraînent des conséquences sur la santé de la population, et donc des coûts consécutifs pour le système de santé. C’est pourquoi des valeurs limites pour ces polluants ont été définies et imposées par la voie légale. Les vieilles voitures ne peuvent plus les respecter et contribuent à la pollution de l’air à chaque heure d’utilisation supplémentaire. 
  • The quality and safety of used vehicles”: les normes de sécurité et de qualité ont été massivement augmentées. Les ceintures de sécurité, l’ABS, les airbags, l’ESP, les assistants de freinage d’urgence, etc. réduisent le risque d’accident et augmentent considérablement la sécurité passive des occupants en cas de collision. Les vieilles voitures n’offrent pas cette sécurité, ce qui met en danger les occupants et les autres usagers de la route. 
  • Energy consumption”: la consommation d’énergie et donc les émissions de CO2 des moteurs à combustion ont été réduites. Les vieilles voitures consomment plus d’énergie et émettent plus de CO2. Le changement climatique s’en trouve accéléré et des ressources précieuses sont consommées avec une faible efficacité. 
  • The costs to operate used vehicles”: souvent, l’utilisation d’une vieille voiture est plus chère que celle d’une voiture neuve. 

Que conseille le TCS aux conducteurs suisses ? 

En l’état actuel de la technologie et à condition que l’électricité provienne de sources renouvelables, la propulsion électrique par batterie est la plus efficace sur le plan énergétique et celle qui produit le moins d’émissions de CO2 sur la durée de vie du véhicule. 

Les voitures électriques ont le grand avantage de ne pas produire d’émissions locales lorsqu’elles sont en service et, à partir de 20 000 à 50 000 km environ, de produire globalement moins de CO2 et de gaz à effet de serre. Pour répartir l’impact environnemental de la production d’une voiture sur le plus grand nombre de kilomètres possible, la devise est donc de parcourir le plus de kilomètres possibles avec cette voiture. Cela vaut également pour les voitures électriques, et une voiture électrique d’occasion est donc plus respectueuse de l’environnement qu’une voiture neuve, tout comme une voiture conventionnelle d’occasion est plus respectueuse de l’environnement qu’une voiture neuve, selon cette réflexion. Comme mentionné plus haut, une voiture conventionnelle émet à peu près autant de CO2 sur 20’000 à 50’000 km d’utilisation que la production d’une voiture électrique neuve. 

D’autres évolutions positives telles que la qualité, les gaz d’échappement, la sécurité, les coûts et la consommation d’énergie relativisent encore ces différentes considérations. 

 

Pour aller plus loin…

 

 

Sarah Zeines

Journaliste indépendante

En tant que source d’information, le blog de Romande Energie offre une diversité d’opinions sur des thèmes énergétiques variés. Rédigés en partie par des indépendants, les articles publiés ne représentent pas nécessairement la position de l’entreprise. Notre objectif consiste à diffuser des informations de natures différentes pour encourager une réflexion approfondie et promouvoir un dialogue ouvert au sein de notre communauté.

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Crise climatique et crise énergétique, même combat ?

Avec la crispation du contexte géopolitique, l’interdépendance des crises climatique et énergétique amène à des questions de fond sur les choix stratégiques à opérer. La sobriété tiendra probablement le rôle vedette dans cette équation à équilibrer.

 

L’essentiel en trois points

  • La crise climatique, imputable aux émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine, est étroitement liée à notre dépendance aux énergies fossiles, qui contribuent à plus de 80% aux émissions mondiales.
  • La transition vers les énergies renouvelables et l’électrification des activités humaines sont cruciales pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais elle est confrontée aux défis de la sécurité de l’approvisionnement énergétique dans un contexte géopolitique tendu.
  • Pour affronter simultanément la crise climatique et la crise énergétique, l’efficience énergétique et la sobriété joueront un rôle prépondérant pour équilibrer les besoins en énergie avec les moyens de production.

Le carbone au cœur de la crise climatique

La crise climatique que nous connaissons a démarré à l’ère industrielle et va en s’intensifiant en raison des émissions de gaz à effet de serre (GES) liées aux activités humaines (voir graphique ci-après). Parmi ceux-ci, les deux principaux sont le dioxyde de carbone (CO2) et le méthane (CH4), ce qui fait du carbone l’élément-clé de ces processus. En parallèle de l’augmentation des émissions, la destruction des puits de carbone à travers le monde, notamment par la déforestation et la dégradation des sols, empêche encore davantage d’absorber le carbone présent dans l’atmosphère. Cela renforce ainsi son accumulation et l’effet de serre associé.

 

 

Source: IPCC 6th Assessment report, WG1: The physical science basis, August 2021​

Les conséquences du changement climatique sont multiples et parfois irréversibles : perturbation du cycle de l’eau (sécheresses et inondations), fonte des glaciers et calottes glaciaires, disparition de milieux naturels, contribution à l’effondrement de la biodiversité, etc.

Quel rôle pour la Suisse dans la crise climatique ?

À l’échelle mondiale, malgré sa petite taille, la Suisse a une responsabilité et un pouvoir d’action important, comme le montre un rapport publié en 2022 par economiesuisse et le WWF (economiesuisse, 2022). Avec un peu moins de 50 Mt CO2-éq (équivalent CO2), les émissions domestiques suisses ne représentent que 0.1% des émissions mondiales. Pourtant, en tant que place économique et financière mondiale, la Suisse dispose d’un levier de décarbonisation plus de 25 fois supérieur à ses émissions nationales, par ses importations, ses activités commerciales à l’étranger, et les investissements de la place financière helvétique à l’étranger.

 

Levier de décarbonisation de la Suisse, economiesuisse – WWF – McKinsey, 2022
https://www.economiesuisse.ch/fr/articles/climat-la-suisse-un-acteur-qui-compte

Le défi de décarboner en temps de crise

Pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris fixés en 2015 et limiter le réchauffement mondial moyen à +1.5°C par rapport à l’ère préindustrielle, une réduction massive des émissions de gaz à effets de serre est nécessaire. Or, plus de 80% des émissions mondiales de GES proviennent du CO2 émis par la combustion de charbon, de pétrole et de gaz fossile (voir graphique ci-dessous). Ces énergies fossiles forment aujourd’hui encore une part considérable du mix énergétique mondial, et sont toujours au fondement des activités économiques humaines.

 

Tiré du site de Carbone 4

La décarbonisation de l’économie cache donc celle de la production d’énergie, qui passera par un développement massif des énergies renouvelables. Celui-ci pousse à son tour à une électrification à large échelle de la société et des activités humaines.

Or, le contexte géopolitique et économique actuel a rappelé la vulnérabilité du système énergétique, en Europe comme en Suisse. On citera notamment l’arrêt des importations de gaz russe associé à la guerre en Ukraine, l’arrêt en 2022-2023 de la moitié des réacteurs du parc nucléaire français, sans parler des sécheresses record qui affectent aussi la production hydroélectrique. La nécessaire transition du système énergétique se fait donc dans un contexte de forte pression sur l’approvisionnement en énergie, et la menace de pénurie est devenue bien réelle. La crise énergétique s’installe et demande d’agir avec une perspective globale de l’énergie, impliquant la production, mais aussi et surtout l’efficience et la sobriété.

Vers une Suisse neutre en carbone

Aujourd’hui, malgré le développement progressif des énergies renouvelables, la consommation d’énergie en Suisse est encore largement tributaire des sources fossiles. En 2022, environ 59% de la consommation d’énergie était couverte par des agents énergétiques fossiles (OFEN, 2023). Qui plus est, depuis le boom des trente glorieuses, la consommation d’énergie reste aujourd’hui à un niveau très élevé (voir le graphique ci-après).

 

OFEN / OFS : statistique globale de l’énergie

Pour répondre aux enjeux climatiques dans le domaine de l’énergie, la Suisse a voté en 2017 sa « Stratégie énergétique 2050 », qui vise une réduction progressive des émissions de CO2 pour arriver à 0 émission nette en 2050. Dans ce sens, les objectifs suivants ont été posés :

  • promouvoir le développement des énergies renouvelables en Suisse;
  • réduire la dépendance aux énergies fossiles importées ;
  • baisser la consommation d’énergie ;
  • augmenter l’efficacité énergétique.

Basées sur différents scénarios technologiques et sur cet objectif de 0 émission nette en 2050, les Perspectives énergétiques 2050+ de l’OFEN publiées en 2020 montrent que cette transformation est possible et économiquement viable. L’Association des entreprises électriques suisses (AES) a par ailleurs également publié une étude allant dans ce sens en 2022 (AES, 2022).

Développer massivement les énergies renouvelables

En termes de production, le développement des énergies renouvelables (hydraulique, solaire, éolien) doit donc être drastiquement renforcé pour s’affranchir des énergies fossiles, et assurer au maximum la sécurité de l’approvisionnement, compte tenu de l’arrêt progressif de la production nucléaire suisse.

En septembre dernier, le Parlement a fixé des objectifs plus ambitieux que le Conseil fédéral. Au moins 35 TWh d’électricité issue d’énergies renouvelables devront être produits en 2035 (hydraulique non compris), et 45 TWh en 2050, contre les 17 TWh et 39 TWh proposés par le Conseil fédéral.

Dans cet objectif, une étude menée par l’UNIGE et l’EPFL a récemment exploré les scénarios de développement de la production pour atteindre les 35 TWh renouvelables en 2035, soit cinq fois plus que la production actuelle (sweet-edge, 2024). Le scénario misant sur la diversité technologique aura le plus de chances d’aboutir. Avec l’hydroélectricité comme socle de la production, différentes sources complémentaires devront être développées : installations solaires sur les toits et façades des bâtiments, parcs éoliens dans le Jura et énergie issue de la biomasse.

Les défis de l’électrification

Ce développement des énergies renouvelables devra se faire en parallèle d’une électrification massive dans différents domaines, transports et bâtiment en tête. Selon une étude sur la production d’électricité en 2050 menée par le Swiss Competence Center for Energy Research (SSCER-SOE, 2021), la demande en électricité augmentera ainsi de 30 à 50 % d’ici à 2050, en raison notamment de l’électrification des domaines du chauffage des bâtiments et du transport.

Les défis concernent aussi le réseau électrique lui-même. Celui-ci devra être développé pour absorber et distribuer cette nouvelle production décentralisée, constituée des multiples unités de production (solaires et éoliennes notamment) réparties dans le territoire. À ce titre, l’OFEN a également étudié des scénarios sur les effets de l’électrification sur les réseaux de distribution (OFEN, 2022). Il en ressort notamment que les besoins d’extension du réseau dans le scénario d’une forte électrification du système énergétique (scénario ZERO base) sont 2 à 2,5 fois plus élevés que dans le scénario d’une poursuite de la politique actuelle (PPA). De même, la consommation serait de 70% plus élevée.

Finalement, le stockage de l’énergie électrique devra également être développé pour tenir compte de la variabilité saisonnière et journalière de la production des sources renouvelables (voir l’article du 8 août 2022).

Efficience et sobriété en avant dans un contexte incertain

La transformation à opérer pour atteindre les objectifs fixés est d’une très grande ampleur, et sera contrainte par la raréfaction des matériaux nécessaires à la fabrication des installations techniques. Aussi, malgré les gains d’efficience de l’électrification (un moteur électrique est plus efficient qu’un moteur thermique), la question de la sobriété et de la réduction de la consommation reste primordiale. Si la pénurie a pu être évitée lors des deux derniers hivers, le besoin de réduire la consommation d’énergie n’en reste pas moins nécessaire. À ce titre, les communes et les acteurs privés ont aussi un rôle à jouer pour accompagner ces changements de société et de modes de vie aux différentes échelles.

 

Mathieu Pochon

Ingénieur environnemental

 

En tant que source d’information, le blog de Romande Energie offre une diversité d’opinions sur des thèmes énergétiques variés. Rédigés en partie par des indépendants, les articles publiés ne représentent pas nécessairement la position de l’entreprise. Notre objectif consiste à diffuser des informations de natures différentes pour encourager une réflexion approfondie et promouvoir un dialogue ouvert au sein de notre communauté.

sobriété

« La sobriété ce n’est pas renoncer à tout, mais faire des choix »

La sobriété, c’est consommer moins, mais mieux. Elle questionne nos besoins réels et nous invite à reconsidérer notre rapport à la consommation. Ce n’est pas « retourner à la bougie » ou « rouler en char à bœufs », comme certains préviennent faussement. Loin de là : il s’agit de gestes faciles, qui invitent à (re)trouver une forme de liberté et d’autonomie, avec pour finalité la réalisation d’économies – notamment énergétiques – immédiates et directes.

La notion de sobriété est pleinement entrée dans notre vocabulaire l’hiver passé, portée par la crainte d’une pénurie énergétique. Ainsi, limiter la température intérieure à 19°C ou opter pour une douche plutôt qu’un bain sont des gestes qui, sans péjorer notre quotidien, sont assimilés à des actes de sobriété. Mais vous en connaissez, et en pratiquez sans doute d’autres : mutualiser (des véhicules, des espaces, des services, etc.), réduire sa vitesse sur l’autoroute, échanger des habits au lieu d’en acquérir des neufs, réduire sa consommation de viande, laver son linge à 30° au lieu de 60°, ou encore trier ses déchets. Non, les gestes de sobriété ne datent pas de l’hiver passé. Nombre d’entre nous se souviennent de cette phrase, entendue enfant, alors que nous quittions une pièce : « Éteins la lumière, je ne m’appelle pas Crésus ! ». A l’époque, j’ai alors appris deux choses : qui était ce richissime Crésus et que dépenser l’électricité avait un coût. Au final, on joue sur les mots : à l’époque on évoquait le bon sens, aujourd’hui on parle de sobriété, demain ces gestes seront indispensables. L’étude prospective publiée par le Canton de Vaud à la fin du mois de juin intitulée « Transition énergétique dans le canton de Vaud à l’horizon 2050 » ne fait d’ailleurs pas mystère sur ce nécessaire besoin de frugalité. « Les solutions juridiques ou techniques seules ne devraient pas suffire (à atteindre la neutralité carbone en 2050 dans le canton, ndlr), et l’objectif ne pourra vraisemblablement être atteint qu’avec des changements de pratiques et davantage de sobriété. »

C’est quoi la sobriété ?

Pour Barbara Nicoloso, directrice de l’association Virage Energie, les domaines qu’elle touche sont nombreux. Elle les détaille dans son excellent livre « Petit traité de sobriété énergétique ». Ainsi, la sobriété peut – entre autres – être matérielle (repenser notre utilisation des biens), structurelle (impact de l’aménagement du territoire sur notre organisation et nos modes de vie), d’usage (ce n’est pas parce qu’on a une voiture qu’il faut l’utiliser tout le temps), organisationnelle (repenser nos habitudes collectives), collaborative (pratiquer ensemble une activité permettant de réduire la consommation d’énergie, comme les Repair Cafés) ou encore énergétique (consommer la juste quantité d’énergie et éviter le gaspillage). L’Office fédéral de la culture en donne une définition universelle. « Les personnes ont un mode de vie sobre quand elles orientent consciemment leur comportement en fonction de ce qui est vraiment indispensable pour bien vivre et non du maximum imaginable. Elles ménagent ainsi l’environnement et améliorent leur qualité de vie. Elles se concentrent sur l’essentiel. Cela ne veut pas dire renoncer à tout, mais faire des choix, partager ou échanger. » Marlyne Sahakian, professeure associée au Département de sociologie à l’Université de Genève, apporte une autre vision éclairante. « L’idée centrale de la sobriété énergétique (…) est d’éviter une certaine partie de la demande tout en répondant aux besoins humains. Autrement dit : il s’agit de trouver une façon de consommer moins en prétéri­tant aussi peu que possible notre bien-être et notre qualité de vie. »

Non, ce n’est pas un retour en arrière !

Nous devons regarder la vérité en face et agir en conséquence, sortir la tête du sable. Premièrement, nous vivons dans un monde fini aux ressources naturelles limitées, où les émissions de gaz à effet de serre et la surexploitation des ressources ont de terribles conséquences sur nos écosystèmes. Deuxièmement, la surconsommation entraîne une surproduction, qui elle-même génère des déchets et de la pollution. Et enfin, nos choix de consommation ont un impact direct sur notre santé et notre bien-être. Dans son livre, Barbara Nicoloso épingle notre addiction à l’énergie, cette richesse essentielle mais quasi invisible, et rappelle qu’en l’espace de deux siècles, l’espèce humaine est devenue une force géologique à part entière responsable d’un dérèglement climatique planétaire. Au terme sobriété, elle oppose très justement celui d’ébriété. « Les sociétés occidentales vivent depuis la fin du XIXe siècle en état d’ébriété énergétique permanent, écrit-elle. Elles fonctionnent sous perfusion énergétique et peinent à s’en sevrer. » Elle précise par ailleurs qu’au vu de l’urgence climatique, notre rapport aux biens matériels s’apparente à du gaspillage et souligne que la transition énergétique vers un modèle de société soutenable doit être une démarche collective, démocratique et souhaitable. « Quand l’individualisme propre au capitalisme moderne a plutôt tendance à encourager le repli sur soi, la sobriété, au contraire, encourage à s’ouvrir aux autres pour collaborer, à multiplier les pratiques plutôt que de se spécialiser. » Elle précise que la sobriété diffère de l’efficacité énergétique qui, elle, fait appel exclusivement à des améliorations techniques permettant de réduire les consommations d’énergie à l’échelle d’un système donné (bâtiment, véhicule, etc.).

Attention à l’effet rebond

La sobriété va de pair avec un changement de comportements. Toucher à son écosystème personnel, c’est ajouter de la conscience dans nos actes. C’est une formidable opportunité de questionner nos habitudes et d’ouvrir les possibles. Une boucle vertueuse qui touche aussi – ou plutôt ne touche pas – à notre porte-monnaie, comme le souligne Fabien Lüthi de l’Office fédéral de l’énergie (OFEN). « L’énergie, les biens et les ressources non consommées ne nous coûtent rien. Plus on est sobre, plus on économise. Nous pouvons ensuite décider d’investir par exemple dans l’achat d’un appareil plus cher, mais plus efficace sur la durée. Et faire le choix de la sobriété, c’est également participer à l’effort collectif. » Il met toutefois en garde contre l’effet rebond, comparable à un su-sucre mental qui réduit à néant les efforts, voire les contrebalancent. « Si je me passe de la voiture toute l’année, alors je peux prendre l’avion plus souvent » est par exemple un très mauvais calcul. Il est un adage qui conseille de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler ; en matière de sobriété, questionner plusieurs fois ses besoins avant d’agir est également tout à fait pertinent.

« Moins c’est mieux »

Le Centre de compétences en durabilité de l’UNIL a lancé en début d’année, et en partenariat avec Romande Energie, le cycle « Moins c’est mieux ». La démarche a pour but d’ouvrir les discussions et d’apporter des éléments de cadrage sur la question de sobriété énergétique, ainsi que des manières concrètes de la mettre en œuvre. Le programme durera jusqu’à la fin de l’année 2023 et est ouvert au public. Il inclut conférences, films, tables rondes, théâtres d’improvisation et diverses autres opportunités de réfléchir ensemble aux futurs possibles pour nos sociétés et notre planète. Lors de la conférence du 9 mars dernier intitulé « La sobriété énergétique de la théorie à la pratique », Sascha Nick, chercheur en transformation sociétale à l’EPFL, a évoqué le potentiel évident de la sobriété en Suisse. « Si les approches basées sur l’efficacité permettent au mieux de réduire les besoins énergétiques de moitié, la sobriété permettrait de la diviser par six et c’est en combinant les deux que nous pourrons la diminuer par douze. » Le chercheur s’est par ailleurs demandé pourquoi la sobriété n’est pas déjà partout dans nos sociétés, si elle présente autant d’avantages ? Sa réponse est limpide : la sobriété est incompatible avec l’économie néo-classique et les structures de pouvoir existantes que nous avons créées. Il avance alors la nécessité de réinventer les institutions permettant l’engagement de la population autour de ces grandes questions sociétales, par exemple, avec les assemblées citoyennes.

En matière de sobriété, les changements doivent certes venir de l’individu. Mais si seul on va plus vite, à plusieurs on va plus loin : la sobriété doit véritablement être une démarche démocratique et solidaire. De plus, changer de comportement nécessite des conditions favorables au passage à l’acte et à son maintien. La mise en œuvre de la sobriété est donc avant tout collective, et donc politique. C’est à nos gouvernements de créer ces conditions favorables au changement de comportement, à travers une stratégie concertée et ambitieuse.

Sources utiles :

WWF sobriété

Moins c’est mieux

Barbara Nicoloso

Association Virage Energie

Livre « Petit traité de sobriété énergétique »

 

Joëlle Loretan

Rédactrice externe

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En tant que source d’information, le blog de Romande Energie offre une diversité d’opinions sur des thèmes énergétiques variés. Rédigés en partie par des indépendants, les articles publiés ne représentent pas nécessairement la position de l’entreprise. Notre objectif consiste à diffuser des informations de natures différentes pour encourager une réflexion approfondie et promouvoir un dialogue ouvert au sein de notre communauté.

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Pépites énergétiques, comment soutenir leur développement ?

Terre d’innovation par excellence, la Suisse voit de nombreuses idées entrepreneuriales se concrétiser. Dans le domaine de l’énergie, les start-up se multiplient avec, comme défi principal, de bénéficier des bonnes ressources aux bons moments pour pérenniser leur activité. Consciente de ces enjeux, Romande Energie s’implique également dans ce sens à travers sa division RE Ventures. Explications.

L’essentiel en 3 points : 

  1. L’urgence climatique et les défis en matière de durabilité contribuent à stimuler la croissance économique. En Suisse, 8% des start-up créées en 2021 sont actives dans le secteur des cleantechs.
  2. Romande Energie, à travers son programme RE Ventures, soutient les start-up prometteuses dans le domaine de l’innovation énergétique. Quatre entreprises ont déjà été soutenues par ce biais depuis le lancement de cette mesure il y a deux ans.
  3. De nombreux organismes et programmes de soutien peuvent être sollicités par les start-up et projets entrepreneuriaux durables, que ce soit à l’échelle cantonale ou fédérale.

C’est bien connu, la Suisse est un pays d’innovation. En témoignent les chiffres de l’Institut Fédéral de la Propriété Intellectuelle qui indiquent qu’en 2020, la Suisse a été une fois de plus le pays ayant déposé le plus de demandes de brevet européen par million d’habitants. Avec 966 demandes de brevet, elle enregistre un léger recul par rapport à 2019 (988 demandes). Pour donner un ordre d’idée, la moyenne dans l’UE était de 146 demandes par million d’habitants. Un esprit d’innovation qui, en termes économiques, se traduit également par la création de nombreuses entreprises et start-up. Et la tendance augmente puisqu’en 2022, les offices du registre du commerce ont enregistré 50’015 créations de nouvelles sociétés, ce qui représente une augmentation de 12,6% par rapport à la moyenne de ces dix dernières années.

Cet état d’esprit d’innovation et d’entrepreneuriat se retrouve d’ailleurs pleinement représenté dans le domaine de l’énergie et de la durabilité au sens large. Devant les impératifs liés à la crise environnementale et les besoins urgents en matière de solutions durables novatrices, les Helvètes se montrent des plus impliqués et créatifs. Pour donner un indicateur-clé, en se basant sur les statistiques et données de ces dernières années, on peut notamment mentionner le fait qu’environ 8% des start-up créées en 2021 sont actives dans le secteur des cleantechs, ce qui correspond par ailleurs à une croissance de 30% par rapport à 2017 et de 100% par rapport à 2011.

Si les défis à relever en matière de durabilité ont tendance à doper les idées et projets entrepreneuriaux, encore faut-il être en mesure de pouvoir les concrétiser sur le long terme. Et en matière de création de valeur et d’emplois, ce point constitue souvent l’un des obstacles majeurs à franchir pour espérer pérenniser son activité en restant en mains helvétiques. Une donne également due à la taille restreinte de la Suisse, et donc de ses marchés.

Investir, accompagner, faire croître

En Suisse, plusieurs mesures et programmes de soutien existent dans le but de favoriser l’éclosion des start-up et de permettre leur développement. Attentive à ces aspects et à ces enjeux, à travers un prisme à la fois économique, énergétique et durable, Romande Energie a lancé un programme dédié depuis deux ans. Baptisé RE Ventures, il a pour objectif de scanner le marché pour dénicher les pépites dans le secteur de l’innovation énergétique.

Exploitation des données énergétiques des bâtiments, émergence de nouveaux services immobiliers, déploiement de solutions et dispositifs de capture et séquestration du carbone ou encore développement de processus technologiques pour mieux exploiter l’énergie biomasse ; les segments ciblés s’avèrent aussi porteurs que variés. Objectif commun : identifier des projets dont la portée permet de conjuguer décarbonisation, innovation durable et rendement économique. Depuis le lancement du programme il y a deux ans, RE Ventures a déjà soutenu quatre entreprises.

Transmission d’expertise

« Notre approche consiste à identifier les projets entrepreneuriaux que nous estimons être les plus prometteurs dans l’optique de décarboner la Suisse romande », évoque Paolo Pizzolato, responsable de l’activité de venture capital. « Si la start-up à laquelle on s’intéresse passe le filtre de nos examens approfondis, nous mettons en place des plans d’investissement ciblés afin de soutenir son développement. »

Outre ce coup de boost sur le plan financier, RE Ventures entend également agir en tant qu’acteur de conseil et d’accompagnement. Par son expertise, l’idée consiste ainsi à apporter aux jeunes entreprises sa connaissance du marché pour les aider à se positionner de la manière la plus pertinente et judicieuse possible. En ligne, les start-up et autres jeunes projets entrepreneuriaux ont d’ailleurs la possibilité de solliciter l’équipe de RE Ventures pour soumettre leur projet et partager leurs ambitions.

Soutien au développement, quelques acteurs à connaître

En Suisse romande, différents acteurs opèrent par ailleurs dans le domaine du soutien au développement des start-up. Pour rester dans le vaste secteur lié à la crise environnementale, mentionnons par exemple la Fondation Suisse pour le Climat. Une entité dont l’objectif vise à accorder chaque année des aides financières – pouvant aller jusqu’à trois millions de francs – pour soutenir des projets économiques vertueux sur le plan climatique. Active depuis 2009, la fondation soutient de nombreuses PME suisses dont l’activité s’inscrit dans la protection du climat. Reconnue d’utilité publique, elle est ainsi placée sous la surveillance de la Confédération.

Plus spécifiquement dans le domaine immobilier, le Programme d’encouragement de la Confédération Habitat et logement durables a pour objectif, via les offices fédéraux du développement territorial et du logement, de soutenir et accompagner une quinzaine de projets novateurs consistant à promouvoir et déployer des solutions d’habitat durable. Dans la liste des projets soutenus, on trouve des innovations des plus variées, visant autant à lutter contre la pénurie de logements par des services d’échanges d’appartements que des initiatives associatives visant à favoriser des démarches circulaires et liées à la bonne gestion des déchets. Des projets centrés sur les facteurs humains pouvant bloquer les rénovations énergétiques font également partie des mesures encouragées par le biais de ce programme.

En région vaudoise, au sein du Service de la promotion de l’économie et de l’innovation – SPEI, en collaboration avec le Bureau de la durabilité, le Canton coordonne – par l’intermédiaire du Fonds de soutien à l’économie durable – la plateforme Viva. Parmi ses différentes mesures d’accompagnement, Viva permet d’accéder à du financement pour opérer la transition au sein de son entreprise. Une mesure qui peut également concerner le développement d’un projet durable nécessitant un investissement conséquent. Dans son approche, la plateforme favorise aussi les initiatives économiques collectives, entreprises par exemple par des groupements de trois entreprises ou plus. Une mesure qui permet autant de soutenir des sociétés en quête de partenaires pour concrétiser des objectifs durables, que de favoriser l’émergence de synergies porteuses entre des acteurs économiques pouvant être impliqués dans un but commun et dont l’activité s’avère complémentaire.

 

Thomas Pfefferlé

Journaliste innovation indépendant

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En tant que source d’information, le blog de Romande Energie offre une diversité d’opinions sur des thèmes énergétiques variés. Rédigés en partie par des indépendants, les articles publiés ne représentent pas nécessairement la position de l’entreprise. Notre objectif consiste à diffuser des informations de natures différentes pour encourager une réflexion approfondie et promouvoir un dialogue ouvert au sein de notre communauté.

Suisse

Une Suisse neutre et indépendante en 2050 ?

Des scientifiques de l’EPFL et de la HES-SO Valais ont démontré, au travers d’une étude publiée en juin 2023, qu’une Suisse neutre en carbone et indépendante sur le plan énergétique d’ici 2050 est réalisable en utilisant les ressources locales d’énergie renouvelable encore non exploitées. L’opération permettrait une réduction des coûts jusqu’à 30% et renforcerait la résilience énergétique de notre pays.

Qu’est-ce que la résilience énergétique ? Elle se réfère à notre capacité à réagir et nous adapter aux perturbations, qu’elles soient d’ordre naturel (comme les catastrophes naturelles), technologique (comme un blackout), économique (comme les fluctuations des prix de l’énergie) ou géopolitiques (lorsqu’on évoque les guerres et conflits).  Pour garantir cette résilience face aux perturbations externes, les chercheurs ont donc modélisé un système énergétique indépendant, dont les investissements financiers valorisent nos ressources durables.

Quels sont les principaux enjeux soulevés ? 

Neutralité carbone et indépendance énergétique :

L’étude explore la possibilité de rendre notre système énergétique neutre en carbone et indépendant, via les sources d’énergie renouvelable locales, afin de réduire les émissions de carbone du secteur de l’énergie et de limiter notre dépendance aux importations. Toutefois, si l’indépendance énergétique est théoriquement possible, ce n’est pas un objectif en soi, comme l’explique Jonas Schnidrig, doctorant à l’EPFL et à la HES-SO Valais et auteur principal de cette étude. « L’indépendance énergétique est plutôt une manière de concevoir un système qui garantit la sécurité de l’approvisionnement. Ce qui importe, c’est de parvenir à une combinaison équilibrée d’autosuffisance et de dépendance judicieuse vis-à-vis de nos partenaires, ce qui assure une plus grande résilience dans notre système énergétique. Il s’agit non seulement d’optimiser l’utilisation de nos propres ressources énergétiques, mais aussi de stimuler l’innovation et de créer des emplois dans le secteur de l’énergie. »

En une phrase : exploiter les sources d’énergie durables locales et limiter notre dépendance aux importations, pour réduire les émissions de carbone du secteur et assurer une plus grande résilience de notre système énergétique.

Utilisation des ressources locales :

L’étude met en évidence le potentiel inexploité de l’énergie solaire photovoltaïque et éolienne en Suisse. En optimisant les investissements dans ces sources d’énergie, notamment en couvrant une partie des toits du pays avec des panneaux solaires, il serait possible de produire localement une grande partie de l’électricité nécessaire. Les chercheuses et chercheurs du groupe Industrial Process and Energy Systems Engineering (IPESE) de la Faculté des Sciences et Techniques de l’Ingénieur de l’EPFL ont constaté que, pour atteindre ces objectifs, la Suisse devrait augmenter la production d’électricité photovoltaïque (PV) et éolienne. L’optimum économique pourrait ainsi être atteint en couvrant 60% de la surface des toits de la Suisse avec des systèmes photovoltaïques. « La prochaine étape consiste à déterminer quels sont les toits les plus appropriés », ajoute Jonas Schnidrig, principal auteur de l’étude.

En une phrase : atteindre un optimum économique en couvrant de panneaux photovoltaïques le 60% de la surface des toits de la Suisse.

Équilibrer production et stockage saisonnier :

Pour être en mesure de répondre à la demande tout au long de l’année, l’étude souligne par ailleurs l’importance de trouver un équilibre entre les différentes sources, compte tenu des variations saisonnières. « Étant donné que le soleil brille plus intensément en été et que le vent souffle plus intensément en hiver, il est essentiel de trouver le bon équilibre et de développer des capacités de stockage saisonnier » précise un communiqué de l’EPFL. Les chercheurs suggèrent ainsi d’équilibrer la production solaire estivale par un déploiement de capacité éolienne, combiné à l’utilisation de l’hydroélectricité et de la biomasse.

En une phrase : combiner les énergies issues du soleil (photovoltaïque), du vent (éolien), de l’eau (hydroélectrique) et des déchets organiques (bois et biomasse).

Transiter vers des investissements locaux :

Le modèle proposé par l’étude encourage des investissements locaux dans les énergies renouvelables, afin de s’affranchir des fluctuations des prix sur les marchés internationaux et de renforcer la sécurité énergétique à long terme. Les scientifiques concluent que « la principale différence réside dans la nature des coûts : le système énergétique suisse actuel repose principalement sur des importations (bon marché) plutôt que sur des investissements. Le consommateur paie donc et dépend de l’utilisation de ressources et de technologies qui sont effectivement investies et exploitées en dehors de la Suisse », explique François Maréchal. « En revanche, le futur système que nous avons modélisé est basé sur l’investissement local, l’utilisation de nos propres ressources, et semble être le choix le plus économique et le plus résilient à long terme. »

En une phrase : investir en Suisse dans les énergies renouvelables pour s’affranchir des fluctuations de prix et renforcer notre sécurité énergétique.

Source : communiqué EPFL

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« Le défi est de réorienter le budget consacré à l’achat de ressources énergétiques telles que le pétrole, vers des investissements nationaux dans les énergies propres. »

Trois questions à Jonas Schnidrig, doctorant à l’EPFL et à la HES-SO Valais et auteur principal de l’étude « Sur le rôle de l’infrastructure énergétique dans la transition énergétique. Étude de cas d’un système énergétique indépendant et neutre en CO2 pour la Suisse ».

Quelle est l’importance de l’écart entre la théorie de votre étude et la mise en pratique concrète sur le terrain ? 

Dans notre étude, nous avons modélisé un système énergétique idéal pour 2050, en supposant que les acteurs énergétiques suisses aient pris collectivement les décisions d’investissement sur base du coût minimum pour notre pays. Cette hypothèse se justifie, puisque d’ici là et à part pour les barrages et les infrastructures réseaux, toutes les technologies concernées auront atteint leur fin de vie et auront dû être remplacées. Cette approche vise dès lors à modéliser le processus de prise de décision et peut, de ce fait, ne pas représenter la réalité du comportement des acteurs confrontés au jour le jour à leur perception du marché. Cela permet d’expliquer l’écart possible entre un monde simulé et sa mise en œuvre.

Quelles sont les implications de cette étude pour les investissements dans les énergies durables en Suisse et quelles politiques pourraient être introduites pour encourager ces investissements ? 

Notre étude révèle un changement majeur dans la structure des dépenses énergétiques en Suisse. Aujourd’hui, selon nos calculs, les dépenses énergétiques annuelles correspondent à 16.2 milliards (dont 12.6 pour l’achat d’énergie à l’étranger). Le système envisagé pour 2050 est non seulement 30% moins coûteux, mais structuré différemment, avec le rapatriement des dépenses en Suisse. Le défi est ainsi de réorienter le budget actuellement consacré à l’achat de ressources énergétiques traditionnelles telles que le pétrole, vers des investissements nationaux dans les énergies propres. Cette transition implique une décentralisation qui ouvre la voie à une nouvelle génération d’acteurs, les prosumers, à la fois producteurs et consommateurs d’énergie. Il s’agit donc de développer de nouveaux modèles d’affaires. Ainsi, plutôt que de concentrer nos efforts sur la construction de grandes centrales électriques, nous envisageons une multiplication d’installations de petite taille, telles que les batteries et les piles à combustible. C’est un véritable changement de paradigme : il s’agit de mobiliser des investissements pour la gestion de l’énergie et la collecte d’énergie renouvelable, plutôt que de faire des achats sur les marchés et permettre à d’autres d’en tirer profit. Notre étude met également en évidence la nécessité de disposer d’une main-d’œuvre qualifiée pour implémenter la transition, ce qui implique un soutien à la formation continue. Nous avons besoin de politiques qui encouragent le développement des prosumers et des communautés d’autoconsommateurs, la formation et le développement des compétences, ainsi qu’une approche de l’investissement qui favorise la mobilisation de capitaux plutôt que l’achat d’énergie. C’est une transformation profonde nécessaire à une transition énergétique réussie.

Quelle est la suite donnée à cette étude ? 

Nous avons identifié plusieurs domaines nécessitant des recherches approfondies. Il s’agit par exemple d’avoir une meilleure compréhension du rôle des acteurs dans un système décentralisé, et d’étudier l’impact de l’efficacité, de la rénovation et du rôle des batteries des véhicules. Nous explorerons également la manière dont les gouvernements, les entreprises, les consommateurs, les chercheurs et les ONG contribuent à la transition énergétique, pour tenter de comprendre leurs intérêts et leurs motivations, tout comme les défis auxquels ils sont confrontés, les opportunités qui s’offrent à eux et les éventuelles collaborations. Nous allons également étudier les possibilités et les impacts d’une récupération et d’une distribution de la chaleur résiduelle dans les installations traditionnelles, les conséquences du réchauffement climatique sur l’énergie hydraulique dans le mix énergétique suisse, l’importance de la production future des données et l’adaptation du système énergétique à ces nouvelles demandes. L’impact de la décarbonisation de l’industrie sera par ailleurs intégrée à notre approche, alors que nous analyserons également comment la Suisse interagit avec les marchés de l’énergie des pays voisins, comment elle participe à la politique énergétique de l’UE et comment elle influence les tendances et les évolutions énergétiques régionales. Nous travaillons également sur le développement d’algorithmes de transfert de connaissance, en proposant par exemple la plateforme Energyscope, un système de réponse aux questions grâce aux modèles où nous explorons, en collaboration avec les autorités, le développement d’outils de « targeting-monitoring » (processus de surveillance et de suivi des objectifs fixés, ndlr) de la transition.

 

Joëlle Loretan

Rédactrice externe

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En tant que source d’information, le blog de Romande Energie offre une diversité d’opinions sur des thèmes énergétiques variés. Rédigés en partie par des indépendants, les articles publiés ne représentent pas nécessairement la position de l’entreprise. Notre objectif consiste à diffuser des informations de natures différentes pour encourager une réflexion approfondie et promouvoir un dialogue ouvert au sein de notre communauté.

solaire

Production photovoltaïque, comprendre le tarif de reprise

Pour les producteurs indépendants, le calcul du prix de reprise peut paraître opaque. Dans cet article, nous vous aiguillons afin de vous permettre de comprendre comment ce tarif est établi et à partir de quels éléments il est défini.

L’essentiel en trois points : 

  • Installer des panneaux solaires n’est pas une démarche à entreprendre dans l’optique de générer des rendements financiers, mais pour favoriser l’autoconsommation.
  • Le GRD ne peut légalement pas générer des bénéfices en reprenant le courant refoulé par les producteurs dans son réseau et calcule son prix de reprise en se basant sur ses coûts moyens d’approvisionnement. Il paie en outre uniquement la partie « énergie » aux producteurs indépendants, ces derniers n’ayant pas de frais liés à l’entretien du réseau.
  • À l’avenir, le prix de reprise devrait suivre une tendance baissière, notamment puisque les coûts d’approvisionnement baissent. Il devrait également être calculé sur une base trimestrielle dès 2027.

Alors que les prix de l’énergie solaire sont aujourd’hui à la baisse, de nombreux producteurs photovoltaïques indépendants se posent des questions quant aux tarifs de reprise pratiqués par les gestionnaires du réseau de distribution (GRD). Une donne qui peut avoir tendance à provoquer la grogne des particuliers et des entreprises ayant opté pour l’installation de panneaux photovoltaïques dans l’optique de générer des rendements financiers additionnels. Pour mieux comprendre les bases et la logique sur lesquelles est établie la tarification de la reprise, on vous propose de faire le tour de la problématique en cinq points-clés.

1. Des panneaux solaires pour favoriser l’autoconsommation, pas pour générer des rendements financiers

Dans un premier temps, il semble essentiel de rappeler un point fondamental. Celui de l’objectif principal visé lorsque l’on décide d’opter pour l’installation de panneaux photovoltaïques. Comme présidé dans le cadre de la Stratégie énergétique 2050, l’énergie solaire, et sa démocratisation par l’intermédiaire des nombreuses installations sur les toitures des particuliers et des entreprises, a pour but premier de favoriser l’autoconsommation. L’objectif n’est pas, et n’a jamais été, de proposer une source de revenus complémentaires aux personnes qui franchissent le pas en installant des panneaux. Le solaire ne doit donc pas être envisagé comme un investissement destiné à générer des rendements financiers. D’un point de vue économique, bénéficier de panneaux photovoltaïques au sein de son logement reste bien entendu synonyme d’économies réalisables dans le sens où, après les dix à vingt années nécessaires à l’amortissement de l’installation, l’électricité autoconsommée peut être considérée comme gratuite. Mais il ne s’agit pas de s’enrichir grâce au solaire en espérant revendre son courant à prix d’or.

2. Dynamique de l’offre et la demande, quelques notions de base

La production d’énergie solaire doit également être considérée dans le contexte de l’offre et de la demande. Forcément, on produit le plus d’électricité photovoltaïque durant les jours d’été, alors que l’offre est plus grande que la demande. On se retrouve donc avec beaucoup de courant issu de la filière solaire. Conséquence directe logique : les prix suivent une tendance baissière.

En ce qui concerne les garanties d’origine, à ce jour, l’équilibrage de l’offre et de la demande de ce marché se fait sur une base annuelle. Ce qui, dès 2027, devrait changer suite aux évolutions du cadre légal qui prévoient de suivre un marquage trimestriel. Notons par ailleurs que, pour produire davantage d’énergie solaire en hiver, période marquée par une plus faible production et une plus forte demande, il faudrait être en mesure d’installer des panneaux verticaux, notamment en façade. Ce qui implique des coûts élevés et, pour des particuliers, pose souvent problème puisque les surfaces disponibles en façade se prêtent peu à ce type d’exploitation photovoltaïque.

3. Contraintes et obligations du GRD

De son côté, le GRD est tenu légalement de reprendre le courant refoulé dans son réseau, et cela pour tous les producteurs indépendants d’une puissance inférieure à 3 MVA, ou 5 GWh de production, par année. Pour établir son prix de reprise, le GRD doit tenir compte de plusieurs facteurs, dont ses propres coûts moyens d’approvisionnement énergétique, soit l’énergie produite par l’intermédiaire de ses propres infrastructures et celle achetée sur le marché. L’électricité fournie par Romande Energie est constituée d’environ 40% d’énergie renouvelable suisse. Les 60% restant sont achetés sur le marché de l’énergie et, suite aux fluctuations du marché, peuvent impacter le tarif de reprise. Pour 2024, il est fixé à 17,60 centimes le kilowattheure avec les garanties d’origine, et à 16,80 sans. Il faut également préciser que le rôle du GRD consiste dans ce cadre à agir tel un simple relai entre les producteurs qui refoulent leur courant solaire, le réseau et les consommateurs finaux. Une opération pour laquelle le GRD n’a d’ailleurs pas le droit légalement de générer des bénéfices.

4. Comprendre les différences entre le prix de l’énergie acheminée par le GRD et le prix de reprise

Souvent remarquée et mise en avant, la différence de prix entre l’énergie acheminée par le GRD et ses tarifs de reprise peut sembler perturbante. Pour la comprendre, il faut réaliser que, lorsque l’on paie sa facture d’énergie, on ne paie pas que l’électricité. En effet, la facture se distingue en trois composantes essentielles, à savoir l’énergie, le transport et les taxes. Outre l’énergie, les consommateurs paient ainsi au GRD une partie liée à l’acheminement de l’électricité et à l’entretien du réseau, sans oublier le volet de taxes (fédérales, cantonales et communales, TVA). Les charges du GRD sont donc multiples, d’où leur répercussion dans ses factures en plus du coût de l’énergie. Ce qui n’est pas le cas du producteur qui revend uniquement son énergie, d’où un prix de reprise lié uniquement à la partie « énergie ». Même si physiquement l’énergie produite à un endroit est consommée par les consommateurs les plus proches du lieu de production, la Loi demande une équité de traitement au niveau du timbre, qui ne différencie donc pas la distance entre les lieux de productions et ceux de la consommation.

5. Quelles sont les prévisions générales pour l’avenir et quelles bonnes pratiques préconiser auprès des producteurs ?

S’il est difficile de prédire avec exactitude les prix de reprise de ces prochaines années, on sait déjà qu’ils devraient suivre une tendance baissière. Une dynamique qui s’explique notamment en raison des coûts d’approvisionnement qui baissent de manière globale et, plus particulièrement, de la stratégie de Romande Energie concernant la gestion de ses coûts d’achat sur le marché. De manière générale, rappelons encore qu’il reste dans tous les cas toujours plus avantageux pour un producteur indépendant de favoriser au maximum l’autoconsommation pour profiter pleinement de son installation solaire et ainsi l’amortir plus rapidement.

 

Thomas Pfefferlé

Journaliste innovation indépendant

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En tant que source d’information, le blog de Romande Energie offre une diversité d’opinions sur des thèmes énergétiques variés. Rédigés en partie par des indépendants, les articles publiés ne représentent pas nécessairement la position de l’entreprise. Notre objectif consiste à diffuser des informations de natures différentes pour encourager une réflexion approfondie et promouvoir un dialogue ouvert au sein de notre communauté.

Romande Energie

Forum Romande Energie, le récap

Organisé en mars dernier, le Forum Romande Energie a permis d’adresser des enjeux énergétiques pertinents pour les entreprises. L’occasion de faire le point sur les défis, les inputs et les solutions qui concernent les acteurs économiques dans le cadre de la transition.

L’essentiel en trois points :  

  • Toutes les entreprises sont concernées par le besoin de réduire notre empreinte carbone. La décarbonisation, en plus d’être une nécessité environnementale, suit aussi des incitations légales et réglementaires de plus en plus strictes.
  • De nombreuses solutions technologiques existent et continuent à se développer. Dans ce cadre, les dispositifs de stockage ont un rôle central à jouer. De même pour l’hydrogène qui, au-delà du stockage, doit permettre d’équilibrer le réseau.
  • Les programmes d’aide et les subventions sont nombreux. Il convient d’en profiter tant qu’ils sont encore disponibles et proposés par nos autorités. Des experts tels que Romande Energie proposent aux entreprises des services d’accompagnement, de suivi et de pilotage pour mettre en œuvre une stratégie permettant de tendre vers la neutralité carbone.

Décarbonisation, potentiel de l’hydrogène, solutions de stockage d’énergie photovoltaïque ou encore neutralité carbone constituent autant de thématiques abordées lors du Forum Romande Energie organisé en mars dernier. Un événement qui s’adressait aux entreprises pour leur permettre de mieux comprendre et identifier les enjeux et les solutions liés à la transition énergétique.

Dans ce cadre, différents axes ont été explorés avec un panel d’experts invités pour l’occasion. Pour en savoir davantage, nous vous proposons de revenir sur les conférences qui se sont tenues lors de l’événement en en rappelant les points et éléments-clés.

Décarbonisation, raisons et enjeux

Pour une entreprise, de multiples facteurs sont à prendre en compte lorsque l’on parle de décarbonisation. Rareté des ressources naturelles, détérioration de la biodiversité, pollution, phénomènes météorologiques extrêmes ou encore avantages économiques représentent tous des éléments à considérer attentivement.

Gregorio Bonadio, Responsable du segment entreprises chez Romande Energie, revient sur les aspects liés à cette thématique. « Pour une entreprise, il faut déjà savoir que la décarbonisation est une question de gestion des risques. Dans ce cadre, parmi les dix principaux risques auxquels sont confrontées les sociétés, le Forum économique mondial en identifie cinq qui sont directement liés à l’environnement. D’où l’importance, en tant qu’entreprise, de s’y intéresser de près. »

Lors du Forum, les invités ont en outre eu droit à un rappel des exigences légales et des réglementations qui, sur la scène européenne, se durcissent, en particulier pour les grands groupes. « Par effet ricochet, leurs partenaires et fournisseurs, dont de nombreuses sociétés suisses, sont tout aussi concernés par ces mesures. Parmi elles, on peut notamment mentionner l’obligation de réaliser des rapports de durabilité ou encore les sanctions qui peuvent s’appliquer en cas de greenwashing. »

Alban Bitz, Directeur Switzerland dss+

Autre élément abordé, la marche à suivre dans l’optique de mettre en place une politique de décarbonisation concrète au sein de son entreprise. Dans ce sens, il a été rappelé que les phases-clés à suivre sont : réalisation d’un diagnostic, établissement d’une feuille de route, mise en place du pilotage des opérations à entreprendre et détermination des mesures à adopter pour compenser le solde potentiel d’émissions restant. Autant d’aspects pour lesquels le Canton et la Confédération prévoient des mesures d’aides et de subventions qui, durant les prochaines années, pourraient devenir de moins en moins accessibles, voire disparaître.

Hydrogène, quels rôles dans la transition ?

L’hydrogène offre des solutions prometteuses dans le but de stocker le surplus d’énergie renouvelable sur le long terme. Il s’agit donc d’un vecteur-clé pour augmenter la résilience du système énergétique. Il peut d’ailleurs être produit à partir d’énergies renouvelables, ce qui en fait un atout des plus pertinents pour décarboner certaines filières.

Chez Romande Energie, Jérémie Brillet, en charge du développement hydrogène, rappelle les éléments-clés concernant ce vecteur et son potentiel pour les entreprises. « Après un retour sur les fondamentaux de l’hydrogène, notamment concernant sa fabrication et son stockage, il s’agissait en grande partie de mettre en avant les différentes utilisations que l’on peut en faire dans divers secteurs d’activité tels que les transports, l’industrie ou encore le bâtiment. Avec Alexandre Closset comme invité, multi-entrepreneur dans le domaine de l’hydrogène, l’accent a été mis sur le fait que l’hydrogène doit jouer un rôle qui va au-delà de sa simple utilisation en tant que vecteur énergétique de substitution par rapport aux hydrocarbures. En effet, il présente également un intérêt certain pour équilibrer le réseau électrique de demain, par exemple avec une pile à combustible réversible, permettant ainsi de convertir le courant excédentaire en gaz et vice-versa. »


Alexandre Closset, Managing Director Ellee Motion SA, Co-lead Industrial Partners CGES – EPFL

L’hydrogène représente aussi un élément stratégique, notamment dans l’optique de combler le gap saisonnier inhérent à la production d’électricité d’origine solaire. Et pour cela, il ne doit pas être considéré seul, mais en complémentarité au biogaz et aux gaz issus de la valorisation des déchets. Le principe : profiter du processus d’élimination des déchets pour les gazéifier afin de récupérer de l’hydrogène et l’utiliser dans une pile à combustible.

Photovoltaïque, comment le stocker ?

Le stockage de l’énergie solaire s’avère crucial, surtout en raison de la saisonnalité de la filière photovoltaïque. Différentes options sont à envisager, telles que le stockage dans des batteries Li-Ion, sous forme d’hydrogène ou encore de chaleur, en tenant compte des fluctuations de production et de consommation saisonnières.

Pedro Andrade, Solar Business Development Manager chez Romande Energie, revient sur ce type de solutions et sur les enjeux de stocker l’énergie solaire pour les entreprises.  « De manière générale, j’aime rappeler que l’un des principaux enjeux du stockage de l’énergie solaire concerne la problématique du renforcement du réseau. Dans l’idéal, il faudrait éviter d’avoir à le faire, car la démarche s’avère coûteuse. » Le renforcement du réseau ? Une opération qui consiste à augmenter la puissance de l’onduleur au point d’injection pour que le surplus d’énergie puisse être redistribué dans le réseau.

Autrement, la démarche à effectuer consiste à brider les onduleurs pour limiter la quantité d’électricité générée, qu’elle soit injectée dans le réseau électrique ou autoconsommée. Ce qui revient à diminuer leur capacité maximale. Disposer d’une batterie permettrait justement de l’éviter. Être en mesure de stocker cette énergie constituerait aussi une solution pour ne pas subir la diminution des tarifs de reprise, voire les prix négatifs lors d’importants pics de production photovoltaïque.


Prof. Mauro Carpita, Directeur de l’institut des énergies – HEIG-VD

Reste encore à lever deux obstacles majeurs aujourd’hui pour étendre l’utilisation des batteries, leur coût élevé et les possibilités limitées – bien qu’existantes – concernant leur revalorisation et leur recyclage.

Neutralité carbone, comment l’atteindre ? 

Souvent absorbées dans leurs affaires, les petites et moyennes entreprises n’ont parfois que peu de temps, et de ressources, à allouer aux problématiques liées à la neutralité carbone. Pourtant, plusieurs leviers techniques et financiers sont à leur disposition pour tendre vers une réduction des émissions de CO2, comme le rappelle Bryan Grangier, Product Manager chez Romande Energie.

« Plusieurs mesures sont en effet prévues pour soutenir les PME dans ce type de démarches. Dans un premier temps, il s’agit de procéder à un audit énergétique afin de dresser un premier bilan et d’identifier les potentiels d’économies. Un processus d’ailleurs encouragé et soutenu par des subventions. Suite à cela, il s’agit d’élaborer une feuille de route et de piloter la mise en œuvre des mesures prévues. Autant de points pour lesquels nous proposons des services d’accompagnement et de suivi aux acteurs économiques intéressés à aller de l’avant. »


Cynthia Cavin, Directrice P+P Project Solutions SA

Romande Energie offre en effet une gamme de services allant du conseil en maîtrise énergétique à la mise en œuvre de solutions clés en main pour la rénovation énergétique, l’optimisation des équipements et l’accompagnement des collectivités et des particuliers vers des choix énergétiques durables. En outre, des programmes de sensibilisation et d’éducation sont mis en place pour informer et mobiliser la communauté sur les enjeux de la transition énergétique et les solutions disponibles.

 

Thomas Pfefferlé

Journaliste innovation indépendant

***

En tant que source d’information, le blog de Romande Energie offre une diversité d’opinions sur des thèmes énergétiques variés. Rédigés en partie par des indépendants, les articles publiés ne représentent pas nécessairement la position de l’entreprise. Notre objectif consiste à diffuser des informations de natures différentes pour encourager une réflexion approfondie et promouvoir un dialogue ouvert au sein de notre communauté.

peurie

Pénurie : pourquoi faut-il continuer d’économiser l’énergie ?

En Suisse, les réserves en énergie sont désormais suffisantes, mais la vigilance reste de mise. Stéphane Dätwyler Duarte, ingénieur d’exploitation chez Romande Energie, explique pourquoi.

 

L’essentiel en 3 points :

  1. Le stockage et réserve d’eau sont dans la moyenne haute des 5 dernières années
  2. Néanmoins, une pression politique croissante s’exerce sur le marché de la production d’électricité
  3. Une sobriété énergétique reste de mise au sein de la population et des entreprises

 

Pour arriver à la salle de dispatching, il faut passer par un dédale de couloirs aux grandes baies vitrées. Plusieurs virages plus tard, on atterrit dans une salle où un autre labyrinthe est à l’honneur : celui du réseau électrique.

Dans cette grande pièce clé de Romande Energie, une vingtaine de dispatchers, ingénieurs d’exploitation et assistantes administratives tiennent les manettes de l’exploitation du réseau électrique régional. Leur territoire d’opération s’étend de La Côte, au Gros-de-Vaud, en passant par le Nord-vaudois, La Riviera ou encore le Bas-Valais. Sur leurs écrans, les ramifications électriques se superposent à la géographie régionale. Les lignes sont codées selon un système de couleurs ; du rouge, du vert ou du bleu pour indiquer les différents niveaux de tension. Ces valeurs varient au fil du temps.

« Avec la décision d’arrêter les centrales nucléaires en Suisse, la raréfaction de certaines ressources et les variations météorologiques, nous nous retrouverons à l’avenir face à un nouveau défi d’approvisionnement », souligne Stéphane Dätwyler Duartequi note néanmoins que la situation reste gérable pour l’heure.

« Cet hiver, le stockage et réserve d’eau en Suisse sont dans la moyenne haute des 5 dernières années. Un répit que nous devons essentiellement aux températures clémentes en 2022 et en 2023, tout comme à la bonne disponibilité des parcs de production en Suisse et dans les pays voisins. »

 

Marché sous tension

L’optimisme du spécialiste n’enlève rien à la pression politique qui s’exerce sur le marché de la production d’électricité. L’approvisionnement se fragilise. La guerre en Ukraine a interrompu pour une durée indéterminée le flux de gaz russe vers l’Allemagne, un des pays qui exporte vers la Suisse pendant la saison froide. La négociation des accords sur l’électricité entre la Suisse et l’Union européenne (2007-2018), actuellement au point mort, empêche notre pays de bénéficier d’une sécurité énergétique en hiver. Enfin, l’entrée en vigueur de la loi sur le climat va de pair avec une désaffection des installations nucléaires de la Confédération, augmentant son besoin de s’appuyer sur les pays voisins.

« Le mot d’ordre dès l’automne est de préserver les réserves hydrauliques du pays, en anticipation d’une éventuelle vague de froid tardive », détaille l’ingénieur.

Aux mesures d’économie nationales s’ajoutent d’importantes importations d’énergie depuis les pays voisins en hiver – notamment la France et l’Allemagne :

« Seuls, nous ne produisons pas suffisamment d’énergie pour subvenir aux besoins de toute la population durant les périodes critiques. Avec la décision de sortir des énergies fossiles d’ici 2050, la fin de la production d’énergie nucléaire en Suisse et l’absence d’accord sur l’énergie avec l’Europe, nous devrons augmenter notre production d’électricité, avec une part drastiquement plus importante du marché accordée aux énergies renouvelables. »

En plus du risque de pénurie, le risque d’un blackout reste toujours d’actualité. La principale raison ? Les réseaux électriques des pays européens sont interconnectés.

« La coupure de 2003 en Italie – pays qui compte largement sur ses voisins pour ses provisions en électricité – est un exemple qui démontre bien la co-dépendance entre les pays, raconte Stéphane Dätwyler Duarte. L’embrasement d’un arbre en Suisse a privé une partie de l’Italie de courant durant plusieurs heures. »

Il précise :

« Généralement, les incidents ne sont pas graves, mais nous ne sommes jamais à l’abri d’une cascade d’évènements pouvant générer une coupure locale ou généralisée. Nous sommes dépendants les uns des autres. »

 

Éviter le plan OSTRAL

De nature climatiques ou géopolitiques, les risques d’une éventuelle crise énergétique sont multiples.  En cas de pénurie généralisée, le plan OSTRAL serait alors enclenché.

« Ce protocole a été conçu pour anticiper un risque de pénurie, précise le spécialiste. En situation de crise, la première mesure contraignante serait un contingentement. Concrètement, cela signifierait que tous les consommateurs de plus de 100’000 kilowattheures par année ou qui se trouvent sur le marché libre pour l’achat de l’énergie devraient se limiter à des quantités d’électricité beaucoup plus modestes. Puis, en dernier recours des délestages pourraient être imposés à la population, soit des coupures de courant plusieurs heures par jour sur une durée déterminée. »

Avant les mesures de contingentements et de délestage, les autorités compétentes peuvent également demander une série de mesures à la population sur une base facultative ou contraignante. Une sobriété énergétique est donc préconisée par le spécialiste à tous les niveaux et pour une durée indéterminée :

« Cela passe par une multitude de gestes au quotidien, conseille Stéphane Dätwyler Duarte. Par exemple, on peut baisser le chauffage à 19°C, moins ouvrir la fenêtre si on a le chauffage allumé ou encore limiter l’utilisation de l’eau chaude. Une certaine autonomie énergétique peut aussi être atteinte à l’échelle individuelle grâce à l’installation de pompes à chaleur et de panneaux solaires. »

Et de conclure :

« À plus grande échelle, on pourra aussi augmenter l’autonomie énergétique de la Suisse, par exemple en isolant mieux les bâtiments—Et donc réduire nos besoins en énergie. La Suisse devra aussi augmenter ses sources d’approvisionnement en énergies solaire, éolienne et hydraulique et nouer un partenariat solide avec l’Europe. » À bon entendeur.

 

L’électricité circule comme le trafic

« Un réseau électrique est comme une autoroute pour le transport d’énergie, explique Stéphane Dätwyler Duarte. Il est assorti de routes secondaires pour alimenter les consommateurs raccordés au réseau régional. Parfois, il peut y avoir des embouteillages, par exemple quand il y a trop d’électricité à un endroit. »

La fluidité des flux électrique repose sur les épaules du personnel de dispatching, dont les rôles sont notamment de :

  • distribuer et de suivre l’électricité en temps réel.
  • planifier les travaux de manière cohérente pour la sécurité du réseau
  • prévoir les congestions
  • prendre des mesures de sauvegarde du réseau en temps réel si besoin, en étroite collaboration avec les autres partenaires du réseau
  • dévier le flux par des manipulations à distance, en cas de problème sur le réseau

 

 

Sarah Zeines

Journaliste indépendante

 

En tant que source d’information, le blog de Romande Energie offre une diversité d’opinions sur des thèmes énergétiques variés. Rédigés en partie par des indépendants, les articles publiés ne représentent pas nécessairement la position de l’entreprise. Notre objectif consiste à diffuser des informations de natures différentes pour encourager une réflexion approfondie et promouvoir un dialogue ouvert au sein de notre communauté.

 

PV

Panneaux solaires : quelles étapes une fois installés ?

Installer des panneaux solaires constitue une étape décisive pour un propriétaire. Une fois cette démarche effectuée, comment s’articule la suite ? À quel tarif est repris le courant réinjecté dans le réseau ? Sur quelle base se calcule-t-il ? Peut-on partager sa production avec ses voisins ? On vous explique tout.

L’installation de panneaux solaires constitue un grand pas pour tout propriétaire immobilier. Première étape d’une chaîne d’actions menant à un type de production durable décentralisée, l’installation des infrastructures photovoltaïques est suivie de plusieurs démarches à effectuer, que ce soit pour obtenir des subventions ou encore pour réinjecter son courant à une échelle locale quand cela s’avère faisable. Pour en savoir davantage, mais aussi pour comprendre comment sont calculés les tarifs de reprise et de quelle manière favoriser l’autoconsommation, on vous propose un question-réponse avec Damien Délitroz, conseiller technique clientèle chez Romande Energie.

De manière générale, quels sont les rôles du gestionnaire du réseau de distribution d’énergie dans le cadre de l’installation de panneaux solaires ?

Outre les services et prestations d’installation de panneaux solaires que peuvent proposer les GRD, ces derniers sont ensuite tenus de de reprendre et rétribuer le courant produit en excédent. Cela est d’ailleurs défini par une obligation légale.

Quel est le prix de reprise de courant photovoltaïque excédentaire et sur quelle base est-il calculé ?

Ce tarif de reprise est redéfini chaque année. Il est calculé par rapport au coût moyen d’approvisionnement énergétique des GRD, soit l’énergie qu’ils produisent par l’intermédiaire de leurs propres infrastructures et celle qu’ils achètent sur le marché. Chez Romande Energie, nous produisons environ 40% de notre énergie pour les clients du marché régulé via nos différentes infrastructures de production. Cette part se traduit donc par des prévisions de tarification relativement stables. Les 60% restant sont achetés sur le marché de l’énergie. C’est donc cette part qui, par sa dépendance aux fluctuations du marché, est susceptible d’impacter le tarif de reprise. Pour 2024, il est fixé à 17,60 centimes le kilowattheure avec les garanties d’origine, et à 16,80 sans.

Avec ou sans garanties d’origine, de quoi parle-t-on ?

Les garanties d’origine sont en fait des certificats qui permettent de garantir et valoriser l’origine de l’énergie produite. Pour un producteur qui dispose de panneaux solaires et qui réinjecte une partie de son électricité sur le réseau, c’est en quelque sorte un label qui lui permet de certifier l’origine renouvelable de son énergie. Cela permet donc de la valoriser pour la revendre à un tarif légèrement plus élevé.

Comment faire pour certifier mon installation ?

Pour obtenir les garanties d’origine de votre production, il faut solliciter Pronovo, l’entité fédérale en charge de l’octroi des subventions destinées aux propriétaires qui souhaitent installer des panneaux solaires sur leur logement. Votre installateur ou vous-mêmes allez devoir mandater un auditeur agréé par Pronovo pour certifier l’installation. La démarche vous permet ainsi de bénéficier d’une subvention, sous forme de rétribution unique s’élevant à maximum 30% du coût de l’installation, et de profiter ensuite de produire du courant dont l’origine est garantie pour le valoriser à la revente sur le réseau.

Cette démarche prend-elle du temps et, en attendant ses garanties d’origine, un propriétaire peut-il déjà revendre son courant labellisé en tant que tel ?

Oui, la démarche peut en effet prendre un peu de temps, notamment en raison des délais d’attente liés à l’obtention de ces garanties d’origine. Cependant, pour ne pas léser le propriétaire, Romande Energie s’engage à appliquer le tarif de reprise avec garanties d’origine dès la mise en service de son installation. Cela permet donc de bénéficier du meilleur tarif de reprise quels que soient les délais d’attente nécessaires pour pouvoir certifier son énergie photovoltaïque.

Pourquoi ce prix de reprise reste-t-il tout de même intérieur au tarif de l’électricité acheminée par le GRD ?

En réalité, les consommateurs ne paient pas seulement l’électricité auprès de leur GRD. Le prix comprend non seulement cette partie liée à l’énergie, mais aussi une partie liée à son acheminement et à l’entretien du réseau, et une troisième partie liée aux taxes (fédérales, cantonales et communales, TVA). Le GRD a donc des frais et charges multiples qu’il doit répercuter dans ses factures en plus du coût de l’énergie. Ce qui n’est pas le cas du producteur qui revend uniquement son énergie, d’où un prix de reprise lié uniquement à la partie « énergie ». De manière générale, il reste dans tous les cas toujours plus avantageux pour un propriétaire de favoriser au maximum l’autoconsommation pour profiter pleinement de son installation solaire et ainsi amortir plus rapidement son installation. À noter également que les tarifs de reprise des années à venir pourraient suivre une tendance baissière.

Comment faire pour optimiser l’autoconsommation ?

Il s’agit pour cela d’essayer d’utiliser le plus possible l’électricité aux moments des pics de production de ses panneaux solaires, soit la journée. Qu’il s’agisse de faire tourner ses appareils électroménagers, de recharger son smartphone et son ordinateur ou encore de faire fonctionner son chauffe-eau, il faut profiter de l’énergie directement produite lorsque le soleil nous fait bénéficier de ses rayons pour autoconsommer au mieux. Il est également possible de synchroniser la recharge de son véhicule électrique avec la production solaire et aussi d’investir dans une batterie de stockage.

Quels sont les différents modèles d’autoconsommation en dehors de son propre foyer ?

Les possibilités en la matière se développent de plus en plus et Romande Energie soutient d’ailleurs ces dynamiques, notamment par l’intermédiaire d’un livre blanc dédié à cette thématique. La première possibilité concerne ce que l’on appelle les communautés d’autoconsommateurs. Une configuration qui permet par exemple, au sein d’un même immeuble, à un producteur photovoltaïque de revendre son électricité excédentaire directement à ses voisins. Pour cela, il est nécessaire que tous soient raccordés à la même introduction électrique, c’est à dire l’élément qui délimite le réseau privé et le réseau du GRD. Des regroupements d’autoconsommateurs entre bâtiments d’un même quartier s’avèrent également envisageables. À nouveau, il est nécessaire que tous les immeubles soient rattachés au même raccordement. Ce qui est plus facile à faire dans le cadre d’une nouvelle construction et qui nécessite, pour les propriétaires, de passer par un électricien privé.

 

Thomas Pfefferlé

Journaliste innovation indépendant

 

En tant que source d’information, le blog de Romande Energie offre une diversité d’opinions sur des thèmes énergétiques variés. Rédigés en partie par des indépendants, les articles publiés ne représentent pas nécessairement la position de l’entreprise. Notre objectif consiste à diffuser des informations de natures différentes pour encourager une réflexion approfondie et promouvoir un dialogue ouvert au sein de notre communauté.

 

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Décarbonisation : quand contracting solaire rime avec valorisation immobilière

En Suisse, le parc immobilier représente près de 40% de la consommation d’énergie et produit un tiers des émissions de CO2. Une lourde empreinte carbone due à l’état vieillissant de nos bâtiments. Si l’enjeu est durable, il est aussi financier pour les investisseurs et les groupes actifs dans la branche puisque, sous l’impulsion de nouvelles réglementations, un bien non rénové va rapidement perdre en valeur, en rendement et en attractivité.

Le secteur immobilier est directement confronté aux enjeux de la transition énergétique. Pourquoi ? Car en Suisse, comme dans de nombreux pays d’ailleurs, notre parc bâti s’avère des plus énergivores. Relativement vieux, nos bâtiments consomment pas loin de 40% de l’énergie utilisée en Suisse et sont responsables de près d’un tiers des émissions de carbone. Autant dire que la branche immobilière pèse très lourd dans la balance durable.

Suite à ce constat de base, et en le considérant dans le contexte de la transition énergétique, on s’aperçoit que les enjeux sont doubles. En termes écologiques, il est évidemment urgent d’agir. Une action qui, en même temps, se traduit par des effets financiers des plus significatifs. Dans un secteur d’activité de plus en plus régi par une réglementation stricte en matière de performances durables, un bien non rénové risque de ne plus valoir grand-chose sur le marché d’ici quelques années. L’heure est donc aux rénovations (urgentes) énergétiques. Et les experts de la branche s’accordent sur un point en particulier : plus on attend pour entreprendre ces travaux de rénovation et d’assainissement, plus la facture sera salée.

Plus de solaire, encore plus de solaire, toujours plus de solaire

Énergie-clé de la transition, l’énergie solaire doit être massivement déployée au sein de notre parc bâti. Pour rappel, le photovoltaïque a un potentiel considérable puisque chaque heure, le soleil délivre à la terre l’équivalent de la consommation d’énergie annuelle de la population mondiale. Bien sûr, il faudrait pour cela être capable d’absorber, stocker puis utiliser cette énergie dans sa totalité. Si l’on est évidemment loin de cet idéal théorique, il reste cependant possible de tendre un maximum vers un déploiement plus prononcé, et plus judicieux, d’infrastructures photovoltaïques.

À titre indicatif, notons encore qu’en 2019, le soleil a fourni 4% du courant consommé en Suisse, soit un peu plus du double qu’en 2015. L’objectif étant de couvrir 20% de nos besoins actuels en électricité grâce au photovoltaïque à l’horizon 2050. Peut mieux faire donc, d’autant que le potentiel est conséquent. La superficie de la Suisse reçoit en effet 200 fois plus d’énergie sous la forme de rayonnement solaire que ce qu’il faut pour couvrir la consommation totale du pays ! Et, selon des estimations de la plateforme Swiss-Energyscope, si nous décidions d’équiper de panneaux photovoltaïques 80% de la surface totale des toitures et façades bien exposées de Suisse, nous pourrions couvrir entre 35 et 45% de nos besoins en électricité escomptés en 2050.

Contracting Énergie Solaire, ce modèle gagnant

Consciente de ces enjeux majeurs, Romande Energie ne cesse de développer sa gamme de prestations destinées aux acteurs immobiliers. Objectif principal, accompagner les groupes d’investissement et les propriétaires dans le processus d’assainissement. Une démarche en deux temps, qui commence par I’identification des potentiels de rénovation énergétique et des actions à mener suite à un audit. Vient ensuite la phase de rénovation avec des solutions clés en main pour piloter toutes les étapes pratiques et administratives pouvant intervenir lors de travaux d’assainissement énergétique.

En matière d’installation de panneaux photovoltaïques, le contracting solaire constitue l’une des solutions les plus porteuses pour des surfaces de minimum 1000 m2 en toiture ou 2000 m2 en parking. Comment ça fonctionne ? Il s’agit d’une approche qui vise, une fois un bâtiment équipé de modules photovoltaïques, à prioriser l’autoconsommation de l’électricité produite localement pour ses occupants. L’excédent d’énergie étant injecté dans le réseau. Avantage notable : ce modèle ne nécessite pas d’investissement au départ, l’idée étant de devenir propriétaire de l’installation une fois arrivé au terme du contrat, pour bénéficier ensuite gratuitement de la production solaire. Il est aussi possible de renouveler l’installation ou le contrat avec Romande Energie qui, durant toute la période contractuelle, assure à ses frais son fonctionnement et son entretien. Pour les groupes immobiliers et les propriétaires, cette solution permet de payer son énergie moins cher que sur le marché, de bénéficier d’un contrat d’énergie à prix fixe pendant 25 ans et de n’engager aucune dépense pour l’installation des panneaux solaires. Le contracting permet également de générer des rendements supplémentaires en exploitant les surfaces disponibles sur des parcs de bâtiments existants.

Une solution pour laquelle a opté le groupe Stoneweg, actif dans l’investissement immobilier, avec l’accompagnement de Romande Energie. Pour en savoir plus sur les atouts de la démarche, on en parle avec Frédéric Noirot, Directeur Asset Management pour la Suisse. Interview.

Romande Energie : En matière de durabilité et de décarbonisation, quels sont les enjeux, défis et objectifs qui caractérisent le parc immobilier que vous gérez ?

Aujourd’hui, notre parc immobilier est constitué en partie de bâtiments industriels d’un certain âge. L’isolation de ces bâtiments est souvent obsolète. Il en est de même pour la production de chaleur. L’enjeu pour notre société est de rendre nos bâtiments le plus propre possible, et ainsi offrir à nos locataires des environnements de travail efficients et respectueux de l’environnement. Pour cela nous mettons en œuvre des plans de rénovations très ambitieux qui consistent à refaire les enveloppes de nos bâtiments avant de changer le système de chauffage et d’installer un système de production d’énergie. En ce qui concerne les nouveaux développements, nous prenons bien sûr en considération les 3 axes que sont l’isolation, le chauffage, et la production d’énergie dès le début du projet et les développons la plupart du temps au-delà même des exigences cantonales. Là aussi, le contracting pour les panneaux photovoltaïques s’impose désormais comme une excellente solution.

Quels sont les axes que vous priorisez en matière de rénovations énergétiques, et pourquoi ?

La priorité en matière de rénovation est d’améliorer l’isolation de nos bâtiments. Une fois le travail sur l’enveloppe réalisé, nous portons nos efforts sur les besoins en énergie du bâtiment. Nous voulons sortir au plus vite de la dépendance des énergies fossiles. Le troisième axe est la réduction des charges pour nos locataires. C’est pour cela que nous optons pour des solutions de contracting avec des producteurs d’électricité.

En quoi le modèle économique du contracting solaire s’avère-t-il pertinent pour vous ?

Ce modèle nous permet de pouvoir très rapidement et sans gros investissement de notre part déployer des panneaux photovoltaïques sur l’ensemble de nos toitures. Cela nous permet d’investir plus sur d’autres éléments essentiels de la rénovation de notre parc immobilier.

Quels facteurs vous ont motivés à sauter le pas maintenant ?

Nous nous sommes fixés comme objectifs d’équiper la totalité de nos toitures de panneaux photovoltaïques dans les 5 prochaines années. La hausse du prix de l’électricité nous a également poussé à trouver des solutions pour limiter son impact sur les charges du bâtiment. Nous voulions également pouvoir offrir à nos locataires un accès à de l’énergie verte à un tarif intéressant pour eux.

Quels conseils donneriez-vous à d’autres entreprises qui désirent sauter le pas ?

Je leurs dirais que le contracting est une solution qui a de nombreux avantages. Elle permet de limiter les investissements, de réduire les frais d’entretien et de mise à jour des installations tout en bénéficiant de l’expertise de professionnels de l’énergie. C’est vraiment du win-win.

 

Découvrez le témoignage de Stoneweg en vidéo :

 

Thomas Pfefferlé

Journaliste innovation

 

En tant que source d’information, le blog de Romande Energie offre une diversité d’opinions sur des thèmes énergétiques variés. Rédigés en partie par des indépendants, les articles publiés ne représentent pas nécessairement la position de l’entreprise. Notre objectif consiste à diffuser des informations de natures différentes pour encourager une réflexion approfondie et promouvoir un dialogue ouvert au sein de notre communauté.