Sobriété numérique

La sobriété numérique au service de l’efficience énergétique

Le numérique s’impose aujourd’hui comme un élément central de nos vies, avec la promesse d’une communication instantanée, d’une amélioration des échanges et d’un partage d’informations facilité. Les organisations n’y échappent pas, loin de là, et l’utilisation des emails, de serveurs partagés, le e-marketing ou encore le commerce en ligne, sont autant de déclinaisons du numérique qui sont souvent vues comme une réponse aux enjeux climatiques et environnementaux. De prime abord en effet, le numérique dématérialise les flux physiques et rend les organisations plus agiles en réduisant les déplacements ou l’usage de ressources telles que le papier.

Les impacts du numérique

Les impacts du numérique sont toutefois bien réels. Aujourd’hui, ce secteur représente 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (soit l’équivalent de celles de l’Inde). Et la consommation énergétique du numérique augmente de 9 % chaque année ! Ces technologies de l’information et de la communication n’ont donc rien d’immatériel. Il y a tout d’abord les équipements (ordinateurs, tablettes, smartphones, etc.) qui représentent en quelque sorte la face visible du numérique. Mais pour échanger un email par exemple, il faut également des infrastructures réseaux (câbles terrestres et sous-marins, antennes de réseaux mobiles, fibre optique, etc.) et il faut compter avec les centres de données dans lesquels sont abrités des milliers de serveurs où sont stockées et traitées nos données.

En Suisse, les centres de données absorbaient en 2015 à eux seuls près de 3 % de la consommation totale d’électricité. Cette consommation se situerait aujourd’hui autour des 7 % à 8 %, soit autant que la consommation électrique du Canton de Vaud (4’565 GWh en 2018). Elle pourrait même atteindre 50 % en Suisse d’ici à 2035 si aucune mesure n’est prise rapidement, selon Monica Gille, directrice de Hewlett Packard Enterprise pour la Suisse romande. Outre l’énergie nécessaire au fonctionnement de ces équipements et infrastructures, il faut également prendre en compte un impact environnemental important lié à leur production (extraction minière des matières premières, processus industriels, notamment) et leur élimination.

On estime que chaque email stocké pendant un an émet en moyenne 10 grammes de CO2. Mais pour peu que l’on y ajoute des pièces jointes, ou que l’on augmente le nombre de destinataires, ce chiffre peut vite grimper (275 grammes de CO2 pour un e-mail de 1 Mo selon l’ADEME, Agence française de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). Quand on sait que ce sont environ 240 millions d’emails qui sont échangés chaque minute à travers le monde, on prend rapidement la mesure de l’enjeu. En une heure, c’est l’équivalent de 4000 vols Paris New-York que l’on émet en CO2.

Il ne s’agit là toutefois que de broutilles par rapport aux contenus vidéos qui représentent aujourd’hui 80 % des flux mondiaux de données selon Cisco. Pas étonnant, puisque la vidéo est omniprésente, que cela soit sur les réseaux sociaux ou via les plateformes comme YouTube ou Netflix. De plus, pour maximiser la diffusion de ces contenus, les plateformes de diffusion rivalisent d’ingéniosité et développent des techniques de design addictif, comme l’autoplay, qui lance le contenu vidéo sans même que l’on en fasse la demande, les vidéos incrustées ou les mécanismes de recommandations et de notifications. En 2018, le visionnage de vidéos en ligne représentait ainsi une empreinte carbone comparable aux émissions annuelles de l’Espagne (env. 1% des émissions mondiales de CO2).

Il est donc aujourd’hui plus qu’urgent de repenser notre rapport au numérique, alors que se développe l’Internet des objets et que la 5G se déploie en Suisse, une technologie qui promet d’augmenter considérablement les échanges de données.

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Toute la question est de savoir comment les technologies de l’information et de la communication sont utilisées. S’agit-il de faciliter le télétravail et d’éviter ainsi des déplacements en voiture ou bien plutôt d’en profiter pour regarder une vidéo en ultra haute définition en streaming sur son smartphone pendant la pause de midi… Selon le scénario, l’utilisation du numérique peut autant être bénéfique que très mauvaise pour l’environnement.

Comment agir ?

Pour tendre à plus de « sobriété numérique », les entreprises sont invitées à participer activement à la réduction du poids environnemental des technologies de l’information et de la communication. Cela commence bien sûr par une prise de conscience sur l’étendue des outils numériques qu’une organisation utilise ou développe pour ses activités. The Shift Project, laboratoire d’idées français qui œuvre en faveur d’une économie post-carbone, propose une méthodologie à mettre en place pour accélérer la mesure et la réduction de l’empreinte environnementale du numérique au sein d’une organisation.

Et sinon, par où commencer, là tout de suite ?

Peut-être tout simplement par trier ses emails ! Voici ci-dessous quelques bonnes pratiques à adopter sans délai pour réduire son impact environnemental lié au numérique :

  • Prendre conscience de la consommation électrique et des émissions de gaz à effet de serre (GES) associées à sa navigation Internet en installant l’extension de navigateur Carbonalyser ;
  • Garder ses équipements (ordinateurs, tablettes, téléphones) le plus longtemps possible et les faire réparer ou acheter des équipements d’occasion, par exemple via la Coopérative itopie basée à Genève ou La Bonne Combine à Lausanne ;
  • Nettoyer régulièrement sa boîte email en supprimant ou en archivant localement (sur son ordinateur) les messages après les avoir lus et en se désabonnant des newsletters que l’on ne lit pas régulièrement (l’application Cleanfox permet de repérer et de se désinscrire facilement de toutes les newsletters inutiles) ;
  • Stocker ses données sur son ordinateur ou un disque dur externe plutôt qu’en ligne. Si le stockage en ligne s’impose, veiller à choisir un hébergeur « écologique » comme Infomaniak, qui utilise 100 % d’électricité renouvelable et qui refroidit ses centres de données sans climatisation.
  • Opter pour un moteur de recherche comme Ecosia ou Lilo dont les revenus publicitaires liés aux recherches Internet servent à financer des projets sociaux et environnementaux ;
  • Sélectionner les destinataires de ses emails (éviter de mettre en copie ou de répondre à dix personnes non concernées), et éviter les pièces jointes inutiles ;
  • Diminuer sa consommation de vidéos en ligne en sélectionnant d’avantage ce que l’on regarde et choisir la résolution la plus faible qui permette de profiter du contenu ;
  • Taper directement l’adresse Internet souhaitée dans le navigateur plutôt qu’utiliser un moteur de recherche.

Viser la sobriété numérique, c’est prioriser les usages, c’est se libérer du superflu et c’est retrouver du temps et de l’espace pour se concentrer sur l’essentiel. Mais surtout, ce n’est pas sorcier. Alors on s’y met ?

 

Hervé Henchoz

Rédacteur

Sport et entreprises, pourquoi ne développerions-nous pas des infrastructures qui allient activité physique, production d’énergie et sensibilisation ?

Les acteurs de la promotion de la santé sont unanimes : pratiquer une activité physique 2h30 par semaine a un impact très favorable sur la santé. Cette pratique améliore l’espérance de vie, le sommeil, le bien-être psychique, la productivité et la qualité de vie. Elle réduit le stress, les maladies cardiovasculaires, le diabète de type 2, le cancer du côlon, le cancer du sein, la dépression et le taux d’absentéisme des salariés. Les entreprises qui le peuvent ont donc tout intérêt à proposer des infrastructures sportives au sein de leurs locaux. Mais là n’est pas notre propos.

 

Des infrastructures sportives qui produisent de l’énergie

Imaginez que 100 employés d’une entreprise suivent ces recommandations et pratiquent 2h30 de sport chaque semaine sur des vélos d’intérieur ou dans le fitness de leur entreprise. Imaginez aussi que les infrastructures permettent de produire de l’énergie destinée aux besoins de l’entreprise. Selon nos calculs, ces 100 employés produiraient ainsi l’énergie nécessaire à une utilisation quotidienne du quart de leurs ordinateurs, soit 25 laptops. Nos calculs sont les suivants : en faisant l’hypothèse qu’une personne sans entraînement particulier produirait 200W pendant les 2.5 heures de sport hebdomadaire (soit 500 Wh sans perte), 100 personnes produiraient donc 50 kWh par semaine, soit 10 kWh par jour ouvrable en moyenne. Un laptop moyen consommant 50 W pendant huit heures (soit 400 Wh), les 10 kWh générés couvriraient la consommation quotidienne de 25 laptops.

Ça peut paraître dérisoire, mais c’est déjà quelque chose. Et ça apporte d’autres avantages.

 

 

3 projets existants qui pourraient être adaptés aux entreprises

1. Une entreprise belge permet à des milliers de personnes de pédaler pour recharger leur téléphone portable

Lancée il y a près de 10 ans, l’entreprise WeWatt a créé plusieurs prototypes de vélos fixes et design qui produisent l’énergie nécessaire à remplir complètement la petit « icône batterie » de son téléphone portable. Le projet est un succès : aujourd’hui, plus de 1’000 vélos sont placés dans des centaines de gares, aéroports, écoles, espaces publics et autres endroits insolites partout dans le monde. Plus d’un million de Wh ont été produits à ce jour grâce à ces vélos nouvelle génération. WeWatt réfléchit à utiliser encore mieux ce produit pour sensibiliser ses utilisateurs aux questions énergétiques. C’est dans ce même but de sensibilisation que Romande Energie met à disposition des vélos WeWatt aux festivaliers du Paléo Festival Nyon depuis 2018. Résultats : une file d’attente de gens prêts à patienter pour pédaler et recharger leur portable et une opportunité d’en faire des cyclistes curieux et intéressés aux enjeux énergétiques.

 

 

2. Une salle de fitness londonienne produit une partie de l’énergie dont elle a besoin grâce aux mouvements de ses utilisateurs

Ouverte en 2017, la salle Terra Halevous propose à ses utilisateurs de compter à la fois les calories brûlées et l’énergie qu’ils sont en train de produire et qui alimente en électricité l’éclairage et l’eau chaude de la salle de sport.

3. Des pistes de danse hollandaises permettent à leurs utilisateurs de produire de l’électricité

La piste de danse « The Dancer » a été développée en 2008 pour que les clubbers du « Club Watt » puissent transformer leurs mouvements en électricité. Depuis, les nombreuses pistes créées, fixes ou temporaires, ont fait danser 1 million de danseurs-producteurs qui ont pu voir instantanément la quantité d’énergie générée par leurs pas de danse.

Imaginons une entreprise où les chaises de bureau seraient convertibles en vélos sur lesquels nous pourrions pédaler entre deux séances. Une entreprise où les marches d’escaliers deviendraient un véritable « energy floor ». Une entreprise mettant à disposition des balançoires dans les lieux de pause. Et que toutes ces infrastructures produisent de l’énergie générée par nos mouvements. Imaginons maintenant que l’énergie produite par chacun soit visible de tous. Lequel d’entre nous sera le premier à se lancer dans l’aventure ?

 

Hélène Monod

Rédactrice

À quoi faut-il faire attention avant de considérer la réalisation d’une installation photovoltaïque ?

L’énergie photovoltaïque est actuellement en plein essor. Cette technologie possède beaucoup d’avantages. Parmi ceux-ci, on peut citer son caractère renouvelable, sa capacité à s’intégrer facilement dans l’environnement bâti ainsi que sa proximité avec les lieux de consommation. Mais sa principale spécificité est probablement le fait qu’elle permette à des acteurs privés, ménages comme entreprises, de produire leur propre énergie.

Dans ce contexte, la réalisation d’une installation photovoltaïque peut s’avérer être un projet tout à fait rentable, ceci à condition d’éviter quelques pièges. Cet article décrit les principaux points auxquels faire attention avant de se lancer dans un tel projet.

Le premier de ces points concerne bien sûr la production potentielle. Celle-ci est fortement liée aux caractéristiques du toit destiné à accueillir l’installation. Une orientation au Sud permettra d’optimiser la production annuelle alors que des pans orientés à l’Est et à l’Ouest permettront plutôt de maximiser l’autoconsommation (voir un peu plus bas). Par opposition aux toits en pente, les toits plats des usines ou des entrepôts ont l’avantage de permettre de maîtriser pleinement l’orientation et l’inclinaison des panneaux.

La présence d’éléments susceptibles de produire des ombres sur la centrale photovoltaïque est également un facteur important. En fonction de leur emplacement, les cheminées, les éléments de ventilation ou encore les arbres peuvent ainsi péjorer significativement la production d’électricité.

Mais dans le cadre d’une installation solaire privée, produire l’énergie n’est pas tout. Encore faut-il la consommer. Avec la fin programmée de la reprise à prix coûtant (RPC) et son remplacement par la rétribution unique (RU), les propriétaires d’installations photovoltaïques sont encouragés à autoconsommer un maximum de leur production. Ils rentabilisent ainsi majoritairement l’investissement consenti lors de la construction de l’installation grâce aux économies qu’ils réalisent sur leur facture d’électricité. L’injection sur le réseau de la production excédentaire reste bien sûr rétribuée, mais à un niveau trop faible pour permettre à elle seule de rentabiliser l’installation.

Comparativement à la rétribution de l’injection dans le réseau de la production photovoltaïque à un tarif préférentiel, la rentabilisation par l’autoconsommation implique quelques conditions supplémentaires. La première est la présence d’une consommation suffisante sur le lieu de la production. Par exemple, la situation d’un toit d’un entrepôt susceptible d’accueillir une installation photovoltaïque importante pourrait paraître idéale. Mais l’absence quasi totale d’une quelconque consommation électrique rendrait toute possibilité d’autoconsommation impossible et réduirait ainsi grandement l’intérêt économique de cette installation. Il est néanmoins possible, sous certaines conditions, de consommer la production d’une installation dans un bâtiment proche, telle qu’une usine ou un bâtiment administratif.

Néanmoins, la seule présence d’une consommation électrique à proximité d’une potentielle installation n’est pas suffisante pour garantir un taux d’autoconsommation permettant d’en assurer la viabilité économique. Encore faut-il que consommation et production photovoltaïques soient simultanées.

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Une usine dont la consommation se concentre pendant la journée et est fortement réduite la nuit possèdent un potentiel d’autoconsommation bien plus élevé qu’une entreprise avec une consommation quasi constante. Bien sûr, il est possible de pallier un manque de simultanéité grâce à un stockage local par batterie. Mais il s’agit d’un investissement supplémentaire qui devra être rentabilisé en plus de celui lié à l’installation photovoltaïque elle-même. Le supplément d’autoconsommation rendu possible par un tel système de stockage doit donc être conséquent.

Des éléments externes, souvent négligés, peuvent aussi entrer en ligne de compte. L’état et la nature du toit sont par exemple des éléments capitaux. La durée de vie typique d’une installation photovoltaïque est de 25 ans. Si des travaux concernant le toit, tels que la réfection de l’étanchéité, sont prévisibles durant cette période, la présence de l’installation photovoltaïque entraînera des surcoûts. De même, des éventuels travaux de renforcement de la statique du toit sont également susceptibles d’alourdir fortement la facture. N’étant pas de leur ressort, ce genre de dépenses figure rarement sur les offres des installeurs.

La réalisation d’une installation photovoltaïque peut s’avérer complexe. Pour éviter les mauvaises surprises, il est nécessaire de s’entourer de professionnels expérimentés. Afin de faciliter le choix d’un prestataire, l’association faîtière Swissolar a ainsi créé le label de qualité « PROS DU SOLAIRE® ». Il est également indispensable de demander plusieurs offres. En effet, les différences peuvent être très importantes. Finalement, il peut s’avérer bénéfique de passer par un prestataire intermédiaire neutre. Celui-ci se chargera de l’étude et du dimensionnement de l’installation ainsi que de l’appel d’offre pour sa réalisation. Son expérience permettra d’éviter au maître d’œuvre d’éventuels pièges, de sélectionner le meilleur prestataire et de dimensionner l’installation au plus juste.

 

Christian Rod

Expert indépendant

La finance au service de la transition énergétique

Chaque jour, plus de 5’000 milliards de dollars sont échangés dans le monde. Autant d’argent qui peut servir tant à financer les énergies fossiles que les énergies renouvelables. Nos choix d’investissements ont donc un impact colossal sur les émissions de gaz à effet de serre.

Chaque franc que nous confions à une banque ou à une institution de prévoyance a un impact sur la société et l’environnement. En fonction des investissement réalisés, l’argent peut donc être nuisible au climat et à l’environnement, ou au contraire favoriser la transition énergétique et la protection de l’environnement.

Des investissements peu durables en Suisse

En Suisse, le secteur bancaire contribue encore largement aux changements climatiques : la quantité de gaz à effet de serre attribuée aux fonds de placement en actions équivaut aux émissions annuelles de la Suisse ! La Banque nationale suisse (BNS) n’est pas en reste, puisque 60% de ses placements émettent à eux seuls l’équivalent de 48,5 millions de tonnes de CO2, soit plus que les émissions totales de la Suisse. En 2017, la BNS investissait par exemple deux milliards de francs dans les centrales à charbon, filière électrique la plus polluante qui soit.

Ces investissements ne sont pas sans conséquence selon l’Office fédéral de l’environnement. Le comportement actuel des investisseurs suisses favoriserait en effet un réchauffement mondial de 4°C à 6°C, largement supérieurs aux 1,5°C à 2°C visés par l’Accord de Paris. Des efforts massifs doivent donc être entrepris dans ce secteur pour limiter l’impact sur le climat.

La nouvelle tendance : le désinvestissement des énergies fossiles

Depuis plusieurs années, des campagnes de désinvestissement des énergies fossiles demandent l’élimination des placements dans les entreprises investissant dans les énergies fossiles, et tout particulièrement dans le charbon, afin de limiter les changements climatiques. Le constat qui se cache derrière cette campagne est le suivant : les 83 plus grands producteurs d’énergies fossiles et les sept plus grands cimentiers du monde ont généré près de 65% des émissions d’origine fossiles émises depuis deux siècles et demi. Il paraît donc plus efficace de limiter la production d’énergie fossile de quelques dizaines de gros producteurs, plutôt que d’inciter des milliards d’individus à réduire leur consommation énergétique. Il y a ainsi dans cette campagne un changement de paradigme : le problème est abordé du point de vue de la production, et non plus de la consommation, comme cela est souvent le cas. Certaines institutions, comme Publica, la caisse de pension de la Confédération, l’Université de Lausanne, ou encore la Ville de Genève, se sont engagées à désinvestir. Le mouvement commence donc à porter ses fruits.

En réorientant leurs investissements dans des placements durables, les institutions financières peuvent être des acteurs majeurs de la transition énergétique. La Banque Alternative Suisse (BAS) est par exemple pionnière en la matière. La BAS a défini de nombreux critères d’exclusion, qui précisent les domaines dans lesquels la banque n’investit pas. Les activités à forte émission de gaz à effet de serre en font bien entendu partie. Grâce à cette politique restrictive, la banque possède un portefeuille d’investissement générant 50% de CO2 en moins qu’un indice de référence comparable.

Le rôle majeur des caisses de pension

Les quelque 2’000 caisses de pension suisses gèrent 910 milliards de francs, ce qui en fait la première fortune du pays et représente l’équivalent de 133% du PIB national. Le rôle à jouer par les caisses de pension pour rendre l’économie plus durable et pour lutter contre les changements climatiques est donc grand. Mais ce rôle est encore trop peu pris en considération par les entreprises qui sont en effet nombreuses à ne pas savoir exactement ce qu’il advient des fonds déposés auprès des caisses de pension.

De plus en plus de caisses de pension sont toutefois séduites par l’investissement durable. Depuis quelques années, le WWF réalise un classement des vingt plus grandes caisses de pension suisses et analyse dans ce cadre dans quelle mesure ces institutions placent leur argent dans le respect des critères de durabilité. La dernière étude menée par le WWF, en 2019, montre que près de la moitié des institutions examinées se sont améliorées depuis l’étude précédente, réalisée trois ans plus tôt. Il n’en reste pas moins que les questions climatiques préoccupent encore trop peu les caisses de pension aux yeux du WWF. Ainsi, seules quatre des vingt plus grandes caisses de pension du pays publient une stratégie détaillée sur la gestion des risques climatiques dans leurs activités de placement.

Certaines caisses de pension ont toutefois intégré une démarche de durabilité depuis de nombreuses années déjà. C’est le cas de la Fondation Nest qui, depuis sa création il y a plus de 35 ans, s’engage pour une prévoyance écologique et éthique. La caisse de pension Nest gère 2,9 milliards de francs, et un nombre d’affiliés en constante augmentation. En 2020, ce sont 3’547 entreprises qui sont affiliées à cette caisse de pension (+56 entreprises par rapport à l’année précédente) et 24’470 personnes assurées (+308 personnes). Depuis 2006, le rendement annuel moyen de Nest est de 3,9%, chiffre supérieur à l’indice Crédit Suisse des caisses de pension (permettant de mesurer rapidement la performance des caisses de pension suisses), qui se situe à 2,8%. La preuve que la finance durable rapporte aussi et même plus que les investissements traditionnels.

De nombreuses PME cherchent à réduire leur impact environnemental, que ce soit par l’instauration du télétravail, la réduction des voyages d’affaires ou l’approvisionnement en énergie renouvelable. Dans une telle démarche, la question des caisses de pension est souvent oubliée. Or, placer l’argent du deuxième pilier des collaborateurs dans une caisse de pension écologique et éthique représente un moyen efficace de limiter l’empreinte écologique de son entreprise. Alors, pourquoi ne pas franchir le pas ?

 

Juliette Lerch

Rédactrice

Entreprises en transition

La transition énergétique, c’est l’affaire de tous ! Gouvernements, citoyens, associations, mais aussi acteurs privés. Et elles sont nombreuses, les entreprises, à s’engager dans cette direction.

L’application du développement durable dans le monde du travail peut se traduire par le concept de « responsabilité sociétale des entreprises » (RSE). La RSE consiste à s’intéresser aux effets des activités des entreprises sur la société et l’environnement. Elle englobe entre autres les conditions de travail, les droits de l’homme, la protection de l’environnement, la prévention de la corruption, la concurrence équitable, les intérêts des consommateurs, la fiscalité et la transparence.

Des labels pour renforcer son engagement

Sur le plan purement énergétique les entreprises peuvent (ou doivent, selon leur niveau de consommation d’énergie) s’engager dans des programmes de réduction des consommations énergétiques . C’est par exemple possible par le biais du programme PEIK qui, grâce à l’appui d’un conseiller professionnel en énergie, vous permet de déceler les économies potentielles au sein de votre entreprise, de planifier les mesures à mettre en œuvre, et enfin de réaliser des économies d’énergie substantielles. Le modèle PME de l’AEnEc (Agence de l’énergie pour l’économie) offre lui aussi une gestion énergétique aux petites et moyennes entreprises.

Certaines entreprises choisissent d’aller encore plus loin dans leur démarche de durabilité et d’avoir recourt à un label certifiant leur engagement en la matière.

Le Programme suisse EcoEntreprise accompagne les organismes souhaitant initier, développer ou améliorer leur démarche de développement durable – responsabilité sociétale. Il remet des certifications aux entreprises respectant certaines exigences.

Reconnue internationalement, la certification B Corp se fait une place en Suisse. B Corp certifie des entreprises qui répondent à des normes élevées en matière de performance sociale et environnementale, de transparence et de responsabilité légale.

D’autres entreprises décident de s’engager sur la voie de l’économie sociale et solidaire qui regroupe une multitude d’acteurs économiques partageant des valeurs communes et qui agissent concrètement pour la transition écologique et sociale. Leur but commun est de maximiser leur impact positif sur la société.

Une entreprise romande engagée

Donnons la parole à une entreprise romande engagée pour le développement durable. GÉO SOLUTIONS ingénieurs SA, bureau d’ingénieurs géomètres basé à Vevey, Château-d’Oex, Aigle et les Diablerets et qui compte 36 employés. Sindo Alonso, membre de la direction et ingénieur a répondu à nos questions.

Pourquoi s’engager en tant que PME pour le développement durable?

Notre engagement pour le développement durable a commencé dans les années 2000. Notre voiture d’entreprise était tombée en panne, et après réflexion, nous avons décidé de la remplacer par une voiture Mobility. Une prise de conscience a ainsi débuté. Par la suite, en 2010, l’État de Vaud a inclus des critères de développement durable dans ses appels d’offre. Pour pouvoir y répondre, notre bureau a décidé de s’engager dans une véritable démarche de durabilité via le label EcoEntreprise. Nous avons été certifiés en 2013.

Concrètement, qu’avez-vous mis en place pour atteindre les critères de la labellisation EcoEntreprise du point de vue social et environnemental?

Pour recevoir le label EcoEntreprise, un état des lieux doit être réalisé et un plan d’actions défini. EcoEntreprise est un processus évolutif, nous avons donc mis en place de nombreuses mesures. Dans un premier temps, une charte a été rédigée, le suivi de la consommation d’électricité et de papier a été mis en place, les serveurs – qui consommaient énormément d’électricité – ont été virtualisés, ce qui a par exemple permis de diminuer leur consommation de 90% et de faire chuter la température de 6°C dans la salle des serveurs. Nous avons également rallongé à 7 ans (au lieu de 4 ans) notre contrat pour le renouvellement des postes de travail afin d’utiliser nos ordinateurs le plus longtemps possible. De manière générale, nous essayons de faire durer nos véhicules, et nous avons aussi acheté deux véhicules au gaz et contracté un abonnement Mobility (avec 3 cartes).

Par ailleurs, nous avons mis sur pied un système permettant d’évaluer nos projets de génie civil sous les angles économiques, environnementaux et de la responsabilité sociétale, cela nous permet de proposer différentes variantes aux clients. Nous avons également mis sur pied un plan de mobilité pour les collaborateurs, les places de parc sont désormais payantes, mais nous subventionnons les abonnements de transports publics et permettons le télétravail sous certaines conditions.

Quelles plus-values vous apportent ces changements mis en place?

Cela nous permet d’avoir une bonne réflexion sur l’organisation des tâches, et donc une meilleure gestion de celles-ci.

Cette démarche représente-t-elle un coût supplémentaire pour l’entreprise?

Oui. Tout d’abord parce que la certification a un coût, et puis cela implique aussi des heures de travail pour le suivi de la démarche. Mais c’est également un investissement qui nous ouvre des portes.

Vos collaborateurs vous soutiennent-ils dans cette démarche ou a-t-il fallu les convaincre?

Au début, nos collaborateurs craignaient parfois que cela leurs fasse perdre du temps. Mais notre direction soutient cette démarche et est prête à investir du temps pour la durabilité. Les employés ont maintenant complètement intégré cette notion de durabilité, et des réflexions sur le sujet sont menées par l’ensemble de l’équipe, qui nous fait parfois part de demandes spécifiques, notamment pour l’archivage des documents.

Comment communiquez-vous cet engagement auprès de vos clients? Et comment est-il perçu par ceux-ci?

Nous mettons en avant notre démarche, qui est bien perçue par les acteurs cantonaux et fédéraux, puisqu’ils intègrent explicitement des critères de durabilité dans leurs appels d’offre. Malheureusement, les communes ne le font pas encore. Mais nous espérons qu’elles intègrent davantage les aspects de durabilité dans leurs critères de sélection à l’avenir. Pour les communes et les privés, c’est encore majoritairement le critère financier qui est prépondérant.

Quels sont vos prochains objectifs en termes de durabilité?

Nous souhaitons continuer à nous améliorer ! Et également à mieux maîtriser le suivi de notre démarche et la transmission des bonnes pratiques à tous nos collaborateurs. Une réflexion sur l’archivage des documents est ainsi en cours, afin de réduire les impressions au strict nécessaire et de favoriser le travail avec le moins de papier dans le futur.

Pourquoi, à votre avis, les autres PME devraient aussi s’engager pour le développement durable?

Il s’agit d’une question de conscience et d’engagement. Il faut d’abord mettre en place de petites actions, car chaque geste compte, et s’engager petit à petit dans une démarche de durabilité.

L’engagement des entreprises : une nécessité

Les entreprises non seulement peuvent, mais doivent faire partie de la solution en matière de transition énergétique et plus largement en matière de transition écologique et sociale. Le témoignage de l’entreprise GÉO SOLUTIONS nous montre que cela est possible et que cela vaut la peine de saisir les opportunités de changement pour concrétiser une société durable.

 

Juliette Lerch

Rédactrice

Programme entreprises

Les programmes d’encouragement à l’efficacité énergétique

En Suisse en 2016, la consommation des entreprises représentait presque 35% de la consommation totale d’énergie, répartie presque équitablement entre les industries et les services. En comparaison, la part des ménages s’élève à un peu plus de 28% (OFS/OFEN).

 

L’énergie, sous ses multiples formes, représente donc une part importante du quotidien de nombreuses entreprises. Néanmoins, celle-ci n’est pas toujours utilisée de manière optimale et d’importants gaspillages sont parfois constatés. Pour cette raison, la Confédération et les Cantons ont fait figurer dans leurs différentes législations en bonne place l’efficacité énergétique.

 

Qu’est-ce que l’efficacité, ou efficience, énergétique ?

Il s’agit d’une démarche visant à minimiser l’énergie consommée pour accomplir une tâche sans en affecter le résultat. Pour une entreprise, cela revient à réduire sa consommation d’énergie, et donc ses coûts, sans perturber son activité ou réduire sa production. Il s’agit donc clairement d’une opération pouvant s’avérer rentable sur le long terme. Néanmoins, les entreprises ne sont pas toujours bien armées pour identifier et évaluer les potentiels d’économies d’énergie. De plus, dans certains cas, ces économies ne peuvent être réalisées qu’au travers d’investissements parfois conséquents.

 

Pour ces différentes raisons, des mesures d’encouragement à l’efficacité énergétique ont été lancées par la Confédération et les cantons. Celles-ci visent à aider les entreprises dans leurs démarches d’économies d’énergie en subventionnant les investissements nécessaires et en finançant les prestations préalables d’analyses et de conseils. Parmi ces mesures, on peut notamment citer ProKilowatt, qui regroupe différents programmes liés au secteur de l’électricité. Ces programmes proposent des subventions dont les montants sont directement liés aux économies d’énergies réalisées. Plus la mesure d’économie est efficace, plus elle sera subventionnée.

 

Comme mentionné précédemment, il existe un grand nombre de programmes de subventions regroupés sous l’étiquette ProKilowatt. Chacun de ces programmes concerne un type de consommateur électrique bien précis. Parmi ceux-ci, on peut citer OTIC, dédié aux transformateurs et aux liaisons câblées, OptiSpital dédié aux machines médicales ou encore SPEED qui concerne les différents entraînements électriques. La liste complète des programmes ProKilowatt peut être consultée ici. Pour chacun des programmes, une courte description ainsi que l’adresse d’une personne de contact sont données. Mais les programmes ProKilowatt ne sont pas les seuls à encourager l’efficacité énergétique. Des cantons, des communes ainsi que des fournisseurs d’énergie proposent également des solutions. Le site energie-experten.ch permet de rechercher, à l’aide du numéro postal du projet considéré, les différentes possibilités de subventions.

Cependant, il n’est pas toujours facile pour les entreprises de cibler le programme de subventions le plus adapté à leur situation. La réalisation d’un audit énergétique permet généralement de mieux identifier les secteurs de l’entreprise présentant les plus grands potentiels d’économies. Ces prestations sont proposées par de nombreuses entreprises actives dans le domaine. Prendre contact avec l’une d’entre elles peut s’avérer être le premier pas vers des économies énergétiques et financières.

 

Christian Rod

Expert indépendant

récupération chaleur

Récupérer la chaleur produite par des machines pour chauffer ses locaux ?

Fours, frigos, climatisations, serveurs informatiques ou encore machines de production : nombreuses sont les installations produisant des grandes quantités de chaleur, généralement perdue. Or, il existe aujourd’hui des solutions permettant de récupérer cette chaleur résiduelle pour lui donner une seconde vie.

 

Le potentiel de la récupération de chaleur est énorme et touche de nombreux secteurs : l’agroalimentaire, l’imprimerie, la chimie, l’industrie pharmaceutique, l’informatique, la métallurgie et bien d’autres.

Particulièrement représentative, la boulangerie démontre bien ce phénomène. En effet, l’allumage des fours vers 5h du matin engendre un appel de puissance et un dégagement de chaleur considérables. Dès lors, si cette chaleur pouvait être récupérée et canalisée, il serait alors possible de l’exploiter à de nouvelles fins.

 

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Un exemple mis en œuvre chez l’artisan confiseur Christian Boillat, dont le système de récupération capitalise sur la chaleur issue des fours lancés à pleine puissance le matin pour chauffer ensuite les locaux administratifs adjacents à l’atelier de création. Un système écologique, mais également très rentable si l’on tient compte que le chauffage représente une part importante des frais d’une entreprise.

 

Les chauffages à distance

Démonstration parfaite de l’intérêt de cette nouvelle tendance, les chauffages à distance récupèrent la chaleur – ou le froid – produite à un endroit pour en alimenter un autre situé à proximité. Cette chaleur est récupérée, puis transportée via des conduites souterraines grâce à des liquides « caloporteurs » qui permettent de maintenir la température extraite le temps de cet échange.

L’exemple de la STEP de Morges est, à ce titre, très démonstratif du potentiel de récupération d’une énergie « latente ». L’installation exploite la chaleur générée par le traitement des eaux usées de la ville pour chauffer le siège de Romande Energie ainsi que tout le quartier des Résidences du Lac, soit plus de 50 appartements, des surfaces administratives et près de 840m2 d’arcades commerciales.

 

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Techniquement, les eaux traitées sont d’abord prélevées à l’exutoire de la STEP pour être acheminées vers un échangeur. La température de ces eaux (20°C en été et 10°C en hiver) est transférée dans le réseau de chauffage à distance jusqu’aux bâtiments raccordés, sur une distance d’un kilomètre. Équipés d’une pompe à chaleur, ces bâtiments profitent ainsi d’une énergie de qualité issue d’une source à la fois renouvelable et locale.

 

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Le projet de la STEP de Morges consiste à valoriser les rejets thermiques de la STEP afin de produire de la chaleur et du froid de confort pour alimenter des bâtiments voisins.

 

La production annuelle de 1.4 GWh de chaleur, de 0.4 GWh de froid et les 334 tonnes de CO2 économisées chaque année sont autant d’énergies qui auraient été perdues sans cet ingénieux système de récupération et de valorisation.

 

Un bénéfice écologique et économique

La récupération de chaleur s’inscrit dans une logique d’économie circulaire, soit la volonté de limiter les circuits en utilisant au mieux l’ensemble des ressources à disposition. Un système de valorisation des déchets donc, qui témoigne d’une démarche écologique ET économique.

Réfrigérateurs, climatiseurs, moteurs, systèmes d’éclairage, centrales thermiques, fumées d’usine, incinérateurs, serveurs de données : les sources d’énergie pouvant être récupérées sont nombreuses et démontrent que toute entreprise ou commune trouvera un domaine d’application exploitable.

Et bien que l’objectif « 0 perte » ne soit pas encore atteignable, les systèmes de récupération ont largement démontré leurs avantages. Fin du gaspillage et des pertes, recyclage, efficience énergétique, utilisation d’une énergie hyper locale et renouvelable, et enfin réduction des gaz à effets de serre.