Entrepreneuriat féminin : il est temps de comprendre les blocages 

GENILEM encourage l’entrepreneuriat, indépendamment du genre. Mais force est de constater que les entreprises fondées par des hommes sont plus nombreuses parmi nos jeunes mentoré·e·s.

Qu’est-ce qui empêche les femmes d’entreprendre ? 

Lors de nos réunions d’information, ou pour nos formations, elles sont surreprésentées. Les femmes représentent en effet 52% des personnes participant aux cours d’entrepreneuriat chez GENILEM. Une statistique qui s’inverse par la suite, lorsqu’il s’agit d’accompagner une entreprise effectivement fondée. 2/3 des entreprises accompagnées par GENILEM sont fondées et dirigées par des hommesseules 15% sont dirigées par des femmes. 

En chiffre, on compte 6 femmes entrepreneures pour dix hommes qui ont choisi la même voie, un chiffre qui a tendance à se réduire au fil des années mais montre tout de même une solide disparité.  

Evidemment, une telle chute ne manque pas de nous interpeller. Si les femmes nous consultent massivement pour pouvoir se lancer, pourquoi sont-elles si peu nombreuses ensuite, à rejoindre nos programmes ? Se lancent-elles sans aides, ou pas du tout ? La situation pose une série de questions. 

D’abord, bien évidemment, nos critères de sélection seraient-ils excluants Stricts, ces derniers concernent la nature de l’innovation, le modèle d’affaire et la vitesse de la croissance… A priori, ils n’ont rien à voir avec le genre. Est-ce que des secteurs d’innovations plus féminins nous échapperaient ? Plusieurs études ont en effet montré que les femmes sont plus nombreuses à créer des entreprises dans les secteurs de l’action sociale, les activités vétérinaires, l’habillement et les services à la personne. Mais l’innovation n’est pas exclue de ces secteurs. Et c’est l’innovation, avant tout, qui suscite le soutien de GENILEM 

Est-ce le discours sur l’entrepreneuriat, qui est à revoir ? En effet, dans l’idée commune, la condition des chef·fe·s d’entreprise reste souvent associée à la solitude et aux difficultésPourtant, depuis dix ans, cette réalité a changé : un véritable écosystème d’aide à l’innovation s’est enraciné. Les étudiant·e·s ont désormais accès à toute une série de cours, de structure de soutien managérial et financier. La figure de l’entrepreneur·e a même été glorifiée… Fonder sa propre structure est aujourd’hui une option comme une autre à la sortie des études. Reste que les motivations ne sont pas les mêmes entre les femmes et les hommes. 

Est-ce la spécificité de l’ « entrepreneuriat féminin » qui n’est pas comprise ? Il existe un « entrepreneuriat féminin », appuyé par plusieurs études. On sait ainsi que « le capital investi au démarrage est moindre chez les femmes que chez les hommes. Les femmes déclarent en général moins souvent vouloir croître, s’internationaliser ou créer des emplois. Enfin, elles investissent plus que les hommes le champ de l’entrepreneuriat social. » On sait aujourd’hui que cet entrepreneuriat spécifique est moins bien soutenu, par exemple que les investissements dans les start-ups féminines sont moins importants en raison de préjugés sexistes ancrés et persistantset ont d’ailleurs chuté dramatiquement en 2020. Peut-être y aurait-il ici un fonctionnement ou des valeurs spécifiques à creuser, pour mieux les accompagner, comme le fait par exemple SoftWays sur Genève et Lausanne. 

Est-ce le leadership féminin qui doit être adressé différemment ? Les femmes sont reconnues pour être de meilleures leaders, y compris en temps de crise. Mais cette connaissance est uniquement scientifique. Dans les faits, les biais de genre sont toujours solides. Ainsi, les femmes sont moins encouragées à développer des compétences managériales que leurs collègues masculins. De plus, comme le font remarquer certaines auteures, c’est peut-être la culture même du leadership qui est à questionner. A force de glorifier la confiance en soi comme qualité première de leader, on cantonne les personnes qui ne correspondent pas à ce modèle comme victimes du syndrome de l’imposteur. Et si au lieu de pointer ce qui « manque » aux femmes pour être entrepreneures, on développait une culture de travail qui leur corresponde ?  

Est-ce la culture de l’entrepreneuriat qui doit être repensée? Chez GENILEM, nous constatons bien qu’organiser un atelier le week-end où le soir à 18h aura pour conséquence que peu de femmes y participeront. On peut le déplorer, mais de fait, en Suisse, les femmes sont encore majoritairement chargées de la gestion du foyer et des enfants. On peut le déplorer. Mais on peut aussi s’interroger : l’idée reçue selon laquelle entreprendre est un métier « passion », à mener nuit et jour sans pause est-elle saine ? Quel·le professionnell·e peut décemment tenir ce rythme, consacrer ses soirées et ses weekends à son activité s’il veut tenir dans la durée ? Et si allier carrière & famille n’était pas un problème féminin, mais qu’il nous concernait toutes et tous, n’y gagnerions-nous pas chacun et chacune en qualité de vie ? Faire un burn-out n’a rien de glamour. 

Comment encourager l’entrepreneuriat féminin ? Les causes sont manifestement structurelles, aussi GENILEM ne choisit pas d’ « empowerer » les femmes, mais plutôt de soutenir des initiatives qui permettent une vraie réflexion sur l’entrepreneuriat au féminin, par exemple , participer à des programmes d’entrepreneuriat féminin ciblés comme les ateliers Etincelles de la HEIG-VD ou encourager des journées de promotion de l’entrepreneuriat féminin telles que Women Entrepreneurship Days. 

Comprendre ne coûte rien, mais se libérer de ces blocages est un apport crucial pour nous permettre d’avancer vers plus d’égalité et donc plus de richesse et de dynamismpour le tissu entrepreneurial romand. 

David Narr

David Narr

Economiste de formation, David Narr a commencé sa carrière en tant que créateur d’entreprise. Après avoir vendu sa startup active dans le domaine de l’advertgaming à une agence de communication, il prend la direction du pôle numérique de l’agence. Il rejoint ensuite GENILEM en tant que coach en création d’entreprise, pour en occuper le poste de directeur depuis 2018.

4 réponses à “Entrepreneuriat féminin : il est temps de comprendre les blocages 

  1. Bonjour David, Merci pour ta mention. Oui, nous constatons ces disparités et y travaillant avec d’autres partenaires dont la Fondetec et d’autres acteurs du financement sur Softways.ch. Nous travaillons ces jours sur la conception d’un module de préparation au financement (pour demander plus et plus souvent!) et à la digitalisation des projets. Est-ce que Genilem serait intéressé à se joindre à nos réflexions? Aurore

  2. Hello David,

    Chouette article! J’accompagne de nombreuses femmes dans leurs progressions professionnelles et tes lignes m’ont interpelée.

    Ton analyse est fine et j’ai apprécié que tu mentionnes les biais, notamment le “fixed mindset” sur les critères de réussite et de sélection, au GENILEM aussi.

    Des tas d’études montrent que les femmes reçoivent franchement moins de financement (genre 7 contre 70) dû aux biais, comme tu le mentionnes très bien dans ton article. Je pense que les mêmes phénomènes inconscients s’appliquent quand il s’agit pour les jurés d’apprécier la bonne idée ou pas, la bonne personne ou pas. Surtout quand les jurés sont composés à 80% de messieurs.

    L’entrepreneuriat au masculin est assez teinté d’ego, je trouve : je vois les difficultés qu’ont les PHD en sciences à collaborer avec d’autres et à lâcher prise, la logique hiérarchique ou statutaire étant un marqueur de réussite indéniable.

    Ce que je constate c’est qu’il y a une autre manière de voir le monde et de penser le monde chez les femmes. Elles ont tendance à partager pour co-créer, à discuter, à chercher et à tester.

    J’ai été choquée d’apprendre que parfois, on leur conseille de prendre un homme comme CEO pour faire meilleure figure et imposer de la puissance et de la crédibilité ! Parfois ce sont elles qui demandent à avoir une figure forte « devant » pour être reconnue.

    Bref, il y a encore du travail sur le plan du changement des mentalités et c’est ce que je tente de faire avec toutes ces femmes – et les hommes – extraordinaires. Je vois que toi aussi !

    1. Bonjour Dominique,
      Merci pour ce partage. Et oui, il reste du travail, personne ne fait tout juste, mais être conscient de la situation et agir en faisant son possible est une importante première étape.

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